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128.46 Amour

« L’amour est conçu pour le Toi : rencontre, qui est véritable, mais n’est jamais que rencontre qui laisse l’aimé être ce qu’il est […] et souhaite qu’il monte vers “la beauté suprême, la grâce”. »

Balthasar (Hans Urs, von), La gloire et la croix. Les aspects esthétiques de la Révélation. 2. Styles ** De Jean de la Croix à Péguy, traduit de l’allemand par Robert Givord et Hélène Bourboulon, Paris, Aubier, collection « Théologie », 1972 (édition 1983), p. 263.

« Les séducteurs à petits motifs ne comprennent jamais les grandes âmes. »

Balzac (Honoré, de), La cousine Bette (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1993, p. 21).

« L’amour vrai, l’amour saint et dévoué d’une femme a d’autres plaisirs que ceux qui s’achètent au marché de la prostitution. »

Balzac (Honoré, de), La cousine Bette (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1993, p. 290).

« L’amour n’est-il pas la lumière du cœur ? »

Balzac (Honoré, de), Eugénie Grandet (Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 70).

« L’amour n’est-il pas dans les espaces infinis de l’âme comme est dans une belle vallée le grand fleuve où se rendent les pluies, les ruisseaux et les torrents, où tombent les arbres et les fleurs, les graviers du bord et les plus élevés quartiers de roc ; il s’agrandit aussi bien par les orages que par le lent tribut des claires fontaines. Oui, quand on aime, tout arrive à l’amour. »

Balzac (Honoré, de), Le lys dans la vallée, II (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1993, p. 181).

« L’homme est composé de matière et d’esprit ; l’animalité vient aboutir en lui, et l’ange commence à lui. De là cette lutte que nous éprouvons tous entre une destinée future que nous pressentons et les souvenirs de nos instincts antérieurs dont nous ne sommes pas entièrement détachés : un amour charnel et un amour divin. Tel homme les résout en un seul, tel autre s’abstient ; celui-ci fouille le sexe entier pour y chercher la satisfaction de ses appétits antérieurs, celui-là l’idéalise en une seule femme dans laquelle se résume l’univers ; les uns flottent indécis entre les voluptés de la matière et celles de l’esprit, les autres spiritualisent la chair en lui demandant ce qu’elle ne saurait donner. […] L’amour que [satisfait] la maîtresse a des bornes, la matière est finie, ses propriétés ont des forces calculées, elle est soumise à d’inévitables saturations […]. L’infini est le domaine du cœur. »

Balzac (Honoré, de), Le lys dans la vallée, III (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1993, pp. 199-200).

« Aimer une jeune fille ou se laisser aimer par elle constitue un vrai contrat dont les conditions doivent être bien entendues. Nous sommes maîtres d’abandonner la femme qui se vend, mais non pas la jeune fille qui se donne : elle ignore l’étendue de son sacrifice. »

Balzac (Honoré, de), La peau de chagrin (Paris, Flammarion, s.d., p. 102).

« L’amour est une source naïve, partie de son lit de cresson, de fleurs, de gravier, qui rivière, qui fleuve, change de nature et d’aspect à chaque flot, et se jette dans un incommensurable océan où les esprits incomplets voient la monotonie, où les grandes âmes s’abîment en de perpétuelles contemplations. Comment oser décrire ces teintes transitoires du sentiment, ces riens qui ont tant de prix, ces mots dont l’accent épuise les trésors du langage, ces regards plus féconds que les plus riches poèmes ? Dans chacune des scènes mystiques par lesquelles nous nous éprenons insensiblement d’une femme, s’ouvre un abîme à engloutir toutes les poésies humaines. »

Balzac (Honoré, de), La peau de chagrin (Paris, Flammarion, s.d., p. 115).

« Il y a toute une vie dans une heure d’amour. »

Balzac (Honoré, de), La peau de chagrin (Paris, Flammarion, s.d., p. 197).

« En amour, le cœur n’est pas difficile sur les productions de l’esprit. »

Beaumarchais (Pierre-Augustin Caron, de), Le barbier de Séville, I, 6 (Paris, Larousse, collection « Nouveaux classiques Larousse », 1959 [édition 1965], p. 66).

« Les plus beaux poèmes ne valent pas, pour un être vraiment épris, le balbutiement d’un aveu maladroit. »

Bernanos (Georges), Journal d’un curé de campagne, Paris, Plon, 1936 (édition 1951), p. 318.

« L’amour de l’amour est un amour de soi. »

Boutang (Pierre), Maurras, la destinée et l’œuvre, Paris, La Différence, 1993 (édition revue), p. 251.

« Nous courons à l’amour parce que nous en venons. »

Boutang (Pierre), Maurras, la destinée et l’œuvre, Paris, La Différence, 1993 (édition revue), p. 454.

« Si l’amour vit d’espoir, il périt avec lui »
« C’est un feu qui s’éteint, faute de nourriture. »

Corneille (Pierre), Le Cid, I, 2, vv. 108-109 (Paris, Larousse, collection « Nouveaux classiques Larousse », 1970, p. 39).

« L’amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel ; et il cesse de vivre dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre. »

La Rochefoucauld (François, de), Maximes, I, 75 (Paris, Flammarion, collection « Les meilleurs auteurs classiques français et étrangers », 1937, p. 89).

« Nous n’avons qu’un honneur, il est tant de maîtresses !
« L’amour n’est qu’un plaisir, l’honneur est un devoir. »

Corneille (Pierre), Le Cid, III, 6, vv. 1058-1059 (Paris, Larousse, collection « Nouveaux classiques Larousse », 1970, p. 96).

« L’amour est un je ne sais quoi,
« Qui vient je ne sais d’où,
« Qui entre je ne sais par où,
« Et donne la mort je ne sais comment. »

S. Jean de la Croix, Définition de l’amour (Œuvres spirituelles, traduction du R.P. Grégoire de Saint-Joseph, Paris, Seuil, 1947, p. 1152).

« L’amour sans la vérité : du flirt.
« La vérité sans l’amour : du bluff. »

Daniel-Ange, Ton corps fait pour l’amour, Paris, Fayard, collection « Lumière », 1988 (2e édition), p. 39.

« L’héroïsme est la vraie réponse à l’érotisme. »

Daniel-Ange, Ton corps fait pour l’amour, Paris, Fayard, collection « Lumière », 1988 (2e édition), p. 47.

« Je soupçonne vaguement que l’on est godiche et bécasson dans tous les siècles. Quand on aime… »

Gaxotte (Pierre), Les autres et moi, Paris, Flammarion, 1975, p. 245.

« Si verum excutias, facies, non uxor amatur.
« Tres rugae subeant et se cutis arida laxet,
« fiant obscuri dentes oculique minores :
« “Collige sarcinulas”, dicet libertus, “et exi.
« Iam gravis es nobis, et sæpe emungeris. Exi
« ocius et propera, sicco venit altera naso.” »

(Va au fond des choses : c’est la figure de sa femme qu’il aime, non sa femme elle-même. Que trois rides se dessinent, que la peau desséchée se distende, que ses dents noircissent et que ses yeux deviennent plus petits : « Faites votre paquet, lui notifiera un affranchi, et partez. Vous nous assommez, vous vous mouchez tout le temps. Allons, dehors ! et plus vite que cela ! Une autre arrive, qui a le nez sec, elle ! »)

Juvénal, Satires, VI, 143-148 (traduction par Pierre de Labriolle et François Villeneuve, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1921, p. 64).

« Il n’y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l’amour où il est, ni le feindre où il n’est pas. »

La Rochefoucauld (François, de), Maximes, I, 70 (Paris, Flammarion, collection « Les meilleurs auteurs classiques français et étrangers », 1937, p. 87).

« L’amour n’est pas un feu qu’on renferme en une âme ;
« Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux ;
« Et les feux mal couverts n’en éclatent que mieux. »

Racine (Jean), Andromaque, II, 2 (Théâtre complet de Racine, Paris, Garnier, 1953, p. 136).

« Aimer est la condition de comprendre ; agir, la condition d’aimer. »

Maurras (Charles), Maîtres et témoins de ma vie d’esprit, Paris, Flammarion, 1954, p. 66.

« L’amour pour l’ordinaire, est peu fait à ces lois,
« Et l’on voit les amants vanter toujours leur choix ;
« Jamais leur passion n’y voit rien de blâmable,
« Et dans l’objet aimé tout leur devient aimable ;
« Ils comptent les défauts pour des perfections,
« Et savent y donner de favorables noms.
« La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ;
« La noire à faire peur, une brune adorable ;
« La maigre a de la taille et de la liberté ;
« La grasse est dans son port pleine de majesté ;
« La malpropre sur soi, de peu d’attraits chargée,
« Est mise sous le nom de beauté négligée ;
« La géante paraît une déesse aux yeux ;
« La naine, un abrégé des merveilles des cieux ;
« L’orgueilleuse a le cœur digne d’une couronne ;
« La fourbe a de l’esprit, la sotte est toute bonne ;
« La trop grande parleuse est d’agréable humeur,
« Et la muette garde une honnête pudeur.
« C’est ainsi qu’un amant dont l’ardeur est extrême
« Aime jusqu’aux défauts des personnes qu’il aime. »

Molière, Le Misanthrope, II, 4, vv. 711-730 (Paris, Larousse, collection « Classiques Larousse », 1990, pp. 74-75).

Tirade inspirée de Platon :

« Un homme expert en amour devrait savoir que tout ce qui est dans la fleur de la jeunesse mord le cœur, si je puis dire, et trouble l’esprit d’un homme qui aime ou qui est porté à l’amour, et lui semble digne de ses soins et de sa tendresse. N’est-ce pas ainsi que vous en usez à l’égard des beaux garçons ? Que l’un d’eux soit camus, vous l’en louerez en l’appelant gracieux ; d’un nez crochu, vous dites qu’il est royal ; d’un nez qui tient le milieu entre l’un et l’autre, qu’il est parfaitement proportionné ; pour vous, les enfants au teint noir ont l’air martial, les enfants au teint blanc sont les enfants des dieux ; on parle aussi de teint de miel, expression qui ne peut venir, n’est-ce pas ? que d’un amant qui déguise un défaut sous un terme de louange et s’accommode facilement de la pâleur de l’objet aimé, pourvu qu’il soit en sa fleur. »

Platon, La République, V (traduction d’Émile Chambry, Paris, Gonthier, collection « Bibliothèque Médiations », 1971, p. 175).

Dans le même esprit, cet autre dialogue de Molière :

« Cléonte. – Donne la main à mon dépit, et soutiens ma résolution contre tous les restes d’amour qui me pourraient parler pour elle. Dis-m’en, je t’en conjure, tout le mal que tu pourras. Fais-moi de sa personne une peinture qui me la rende méprisable ; et marque-moi bien, pour m’en dégoûter, tous les défauts que tu peux voir en elle.
« Covielle. – Elle, monsieur ? Voilà une belle mijaurée, une pimpesouée bien bâtie, pour vous donner tant d’amour ! Je ne lui vois rien que de très médiocre, et vous trouverez cent personnes qui seront plus digne de vous. Premièrement, elle a les yeux petits.
« Cléonte. – Cela est vrai, elle a les yeux petits, mais elle les a pleins de feu, les plus brillants, les plus perçants du monde, les plus touchants qu’on puisse voir.
« Covielle. – Elle a la bouche grande.
« Cléonte. – Oui ; mais on y voit des grâces qu’on ne voit point aux autres bouches ; et cette bouche, en la voyant, inspire des désirs, est la plus attrayante, la plus amoureuse du monde.
« Covielle. – Pour sa taille, elle n’est pas grande.
« Cléonte. – Non ; mais elle est aisée et bien prise.
« Covielle. – Elle affecte une nonchalance dans son parler et dans ses actions.
« Cléonte. – Il est vrai ; mais elle a grâce à tout cela, et ses manières sont engageantes, ont je ne sais quel charme à s’insinuer dans les cœurs.
« Covielle. – Pour de l’esprit…
« Cléonte. – Ah ! elle en a, Covielle, du plus fin, du plus délicat.
« Covielle. – Sa conversation…
« Cléonte. – Sa conversation est charmante.
« Covielle. – Elle est toujours sérieuse…
« Cléonte. – Veux-tu de ces enjouements épanouis, de ces joies toujours ouvertes ? et vois-tu rien de plus impertinent que des femmes qui rient à tout propos ?
« Covielle. – Mais enfin elle est capricieuse autant que personne au monde.
« Cléonte. – Oui, elle est capricieuse, j’en demeure d’accord, mais tout sied bien aux belles, on souffre tout des belles. »

Molière, Le bourgeois gentilhomme, III, 9 (Paris, Larousse, collection « Nouveaux classiques Larousse », 1970 [édition 1979], pp. 76-77).

« Un amour qui a échoué est la chose la plus effroyable que l’homme puisse endurer. »

Moltmann (Jürgen), L’Esprit qui donne la vie. Une pneumatologie intégrale, traduit de l’allemand par Joseph Hoffmann, Paris, Cerf, collection « Cogitatio Fidei » (n° 212), 1999, p. 272.

« La scolastique parviendra à la juste définition de l’amour, qui n’est point idolâtrie, de soi ni de quiconque, mais qui est amour du bien pur et simple, où se retrouvent associés merveilleusement toutes les composantes de la nature et de la grâce, l’amour de soi et des autres et de Dieu. »

Nantes (Georges, de), « Le conflit de la raison, de la passion et de la grâce », La Contre-Réforme catholique au XXe siècle, n. 93, juin 1975, p. 12.

« La sensualité croit souvent plus vite que l’amour, de sorte que sa racine reste faible et s’arrache facilement. »

Nietzsche (Friedrich), Par-delà bien et mal. Prélude d’une philosophie de l’avenir, n. 120 (traduit de l’allemand par Cornélius Heim, Paris, Gallimard, collection « Folio/Essais », 1971 [édition 1992], p. 87).

« Si le désir va vite et n’importe où, l’amour est lent et difficile. »

Rougemont (Denis, de), L’Amour et l’Occident, Paris, Plon, collection « 10/18 », 1972 (édition 1979), p. 339.

« L’amour met en lumière les qualités supérieures et cachées de celui qui aime, ce qui est rare en lui, exceptionnel. C’est pourquoi il leurre aisément sur ce qui est ordinaire en lui. »

Nietzsche (Friedrich), Par-delà bien et mal. Prélude d’une philosophie de l’avenir, n. 163 (traduit de l’allemand par Cornélius Heim, Paris, Gallimard, collection « Folio/Essais », 1971 [édition 1992], p. 94).

« Qu’est-ce que le moi ?

« Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je dire qu’il s’est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier. Mais celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté, l’aime-t-il ? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu’il ne l’aimera plus.

« Et si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on, moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s’il n’est ni dans le corps, ni dans l’âme ? et comment aimer le corps ou l’âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu’elles sont périssables ? car aimerait-on la substance de l’âme d’une personne abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n’aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.

« Qu’on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n’aime personne que pour des qualités empruntées. »

Pascal (Blaise), Pensées, n. 323 (édition Léon Brunschvicg, Paris, Librairie générale française, collection « Le livre de poche », n. 823, 1972, édition 1994, pp. 152-153).

« Le Mariage, vainqueur de l’amour. »

Proudhon (Pierre-Joseph), De la justice dans la Révolution et dans l’Église, t. III, 9e étude, ch. VIII, liv (réédition : Paris, Fayard, collection « Corpus des œuvres de philosophie en langue française », 1990, p. 1740).

« On avait deux yeux qui nous suffisaient à aimer et à admirer le monde ; à rendre nos jours variés, imprévus, sans redites ; à nous consoler, par tout ce que nous apprenions de nouveau, des maux semblables et anciens ; et voici qu’une fois ces yeux ne nous suffisent plus ; nous croyons rendre notre vision plus heureuse en l’unissant à une autre ; un instant le monde nous apparaît plus beau, glorifié par un double désir. Le miracle est accompli ! Pour longtemps, pour toujours peut-être, il nous sera impossible de considérer le monde autrement ; et, si l’auteur du miracle, la magicienne complaisante, la dispensatrice de beauté s’éloigne, non seulement nous ne verrons plus ce qu’elle nous faisait voir, mais nous ne verrons plus ce que nous apercevions de nous-même, avant sa venue. Nous n’avons plus nos yeux puisqu’elle est absente ; nous sommes des aveugles, nous sommes des mutilés ! »

Rebell (Hugues), La câlineuse, XIII (Paris, Union générale d’éditions, collection « 10/18 », 1978, p. 232).

« La souffrance de l’amour est de ne pas aimer assez. »

Ricœur (Paul), Lectures 3. Aux frontières de la philosophie, Paris, Seuil, collection « Points Essais » (n. 541), 1994 (édition 2006), p. 361.

« L’amour est dans l’âme le lien du sensible avec l’intelligible. »

Robin (Léon), notice de : Platon, Phèdre, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1983, p. VIII.

« Être amoureux n’est pas nécessairement aimer. Être amoureux est un état, aimer, un acte. On subit un état, mais on décide un acte. »

Rougemont (Denis, de), L’Amour et l’Occident, Paris, Plon, collection « 10/18 », 1972 (édition 1979), p. 335.

Amour et argent

« N’est-il pas naturel de tout partager avec l’être auquel nous devons notre bonheur ? Quand on s’est tout donné, qui pourrait s’inquiéter d’une parcelle de ce tout ? L’argent ne devient quelque chose qu’au moment où le sentiment n’est plus. N’est-on pas lié pour la vie ? Qui de nous prévoit une séparation en se croyant bien aimée ? Vous nous jurez un amour éternel, comment avoir alors des intérêts distincts ? »

Balzac (Honoré, de), Le père Goriot, II (Paris, Gallimard, collection « Folio Classique », 1971 [édition 1995], p. 198).

Amour et don

« Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis. »

Jn 15 13

« [La femme qu’on aime] vous appartient, elle est devenue vous ; désormais la trahir, c’est se blesser soi-même. »

Balzac (Honoré, de), La peau de chagrin, III (Paris, Flammarion, s.d., p. 233).

Réminiscence possible de saint Paul :

« Les maris doivent aimer leurs propres femmes comme leurs propres corps ; celui qui aime sa propre femme s’aime lui-même. Car personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la chérit »

Ép 5 28-29

« Le Comte – Crois-tu qu’elle se donne à moi, Figaro ?
« Figaro – Elle passera plutôt à travers cette jalousie que d’y manquer.
« Le Comte – C’en est fait, je suis à ma Rosine… pour la vie. »

Beaumarchais (Pierre-Augustin Caron, de), Le barbier de Séville, I, 6 (Paris, Larousse, collection « Nouveaux classiques Larousse », 1959 [édition 1965], p. 68).

« Votre père à l’autel vous destine un époux :
« Venez y recevoir un cœur qui vous adore. »

Racine (Jean), Iphigénie, III, 4, vv. 852-853 (Théâtre complet de Racine, Paris, Garnier, 1953, p. 504).

« Content et glorieux du nom de votre époux,
« Je ne lui demandais que l’honneur d’être à vous. »

Racine (Jean), Iphigénie, III, 6, vv. 971-972 (Théâtre complet de Racine, Paris, Garnier, 1953, p. 509).

« On prend, on donne en même temps. Une égalité parfaite règne entre les amants : l’Amour seul est maître. »

Rebell (Hugues), La câlineuse, XI (Paris, Union générale d’éditions, collection « 10/18 », 1978, p. 192).

« Sa jalousie, c’était l’orgueil du propriétaire qui tient à user de ses privilèges, mais se soucie peu de ce qu’il possède. »

Rebell (Hugues), La femme qui a connu l’Empereur, IV (Paris, Union générale d’éditions, collection « 10/18 », 1979, p. 51).

Amour et haine

« On hait de plus en plus, comme on aime tous les jours d’avantage, quand on aime. L’amour et la haine sont des sentiments qui s’alimentent par eux-mêmes ; mais des deux, la haine a la vie la plus longue. L’amour a pour borne des forces limitées, il tient ses pouvoirs de la vie et de la prodigalité ; la haine ressemble à la mort, à l’avarice. »

Balzac (Honoré, de), La cousine Bette (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1993, p. 160).

« Pour la première fois peut-être, dans un cœur d’homme, l’amour et la vengeance se mêlèrent si également, qu’il était impossible à Montriveau lui-même de savoir qui de l’amour, qui de la vengeance l’emporterait. »

Balzac (Honoré, de), La duchesse de Langeais (s.l., Au Sans Pareil, collection « La Bibliothèque des chefs-d’œuvre », 1996, p. 110).

« L’on veut faire tout le bonheur, ou si cela ne se peut ainsi, tout le malheur de ce qu’on aime. »

La Bruyère (Jean, de), Les caractères, IV, 39 (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1993, p. 121).

« Plus on aime une maîtresse, et plus on est prêt de la haïr. »

La Rochefoucauld (François, de), Maximes, I, 111 (Paris, Flammarion, collection « Les meilleurs auteurs classiques français et étrangers », 1937, p. 98).

« Il faut vous oublier, ou plutôt vous haïr. »

Racine (Jean), Andromaque, I, 4 (Théâtre complet de Racine, Paris, Garnier, 1953, p. 129).

« Ah ! je l’ai trop aimé pour ne le point haïr. »

Racine (Jean), Andromaque, II, 1 (Théâtre complet de Racine, Paris, Garnier, 1953, p. 131).

Amour et pardon

« À ne rien pardonner le pur amour éclate. »

Molière, Le Misanthrope, II, 4, v. 702 (Paris, Larousse, collection « Classiques Larousse », 1990 [édition 1995], p. 74).

Amour et passion

« L’amour et la passion sont deux différents états de l’âme que poètes et gens du monde, philosophes et niais confondent continuellement. L’amour comporte une mutualité de sentiments, une certitude de jouissances que rien n’altère, et un trop constant échange de plaisirs, une trop complète adhérence entre les cœurs pour ne pas exclure la jalousie. La possession est alors un moyen et non un but ; une infidélité fait souffrir, mais ne détache pas ; l’âme n’est ni plus ni moins ardente ou troublée, elle est incessamment heureuse ; enfin le désir étendu par un souffle divin d’un bout à l’autre sur l’immensité du temps nous le teint d’une même couleur : la vie est bleue comme l’est un ciel pur. La passion est le pressentiment de l’amour et de son infini auquel aspirent toutes les âmes souffrantes. La passion est un espoir qui peut-être sera trompé. Passion signifie à la fois souffrance et transition ; la passion cesse quand l’espérance est morte. Hommes et femmes peuvent, sans se déshonorer, concevoir plusieurs passions ; il est si naturel de s’élancer vers le bonheur ! Mais il n’est dans la vie qu’un seul amour. Toutes les discussions, écrites ou verbales, faites sur les sentiments, peuvent donc être résumées par ces deux questions : Est-ce une passion ? Est-ce l’amour ? »

Balzac (Honoré, de), La duchesse de Langeais (s.l., Au Sans Pareil, collection « La Bibliothèque des chefs-d’œuvre », 1996, p. 131).

« Votre passion d’un jour… […] De quel nom appeler un amour qui n’est pas éternel, qui ne nous unit pas, jusque dans l’avenir du chrétien, avec celui que nous aimons ? »

Balzac (Honoré, de), Splendeurs et misères des courtisanes (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1993, p. 42).

« Nam faciunt homines plerumque cupidine caeci,
« et tribuunt ea quæ non sunt his commoda vere. »

(C’est le défaut le plus fréquent chez tous les hommes aveuglés par la passion, d’attribuer à celles qu’ils aiment des mérites qu’elles n’ont pas.)

Lucrèce, De la nature, IV, 1153-1154 (traduction par Alfred Ernout, Paris, Les Belles Lettres, collection des Universités de France, 1964, p. 45).

Amour contre raison

« Se donner à un sot, n’est-ce pas avouer clairement que l’on a que des sens ? »

Balzac (Honoré, de), La duchesse de Langeais (s.l., Au Sans Pareil, collection « La Bibliothèque des chefs-d’œuvre », 1996, p. 134).

« L’amour est destructeur au lieu d’être fécond, s’il n’est pas éclairé par la raison. »

Clavière (Maurice), Charles Maurras ou la restauration des valeurs humaines, Paris, Jean Lesfauries, 1939, p. 58.

« Ah ! qu’avec peu d’effet on entend la raison,
« Quand le cœur est atteint d’un si charmant poison ! »

Corneille (Pierre), Le Cid, II, 5, vv. 523-524 (Paris, Larousse, collection « Nouveaux classiques Larousse », 1970, p. 66).

« Vous ne connaissez point l’amour ni ses traits :
« On peut lui résister quand il commence à naître,
« Mais non pas le bannir quand il s’est rendu maître,
[…]
« Et quand l’âme une fois a goûté son amorce,
« Vouloir ne plus aimer, c’est ce qu’elle ne peut,
« Puisqu’elle ne peut plus vouloir que ce qu’il veut. »

Corneille (Pierre), Horace, III, 4, vv. 918-926 (Paris, Hachette, collection « Nouveaux Classiques illustrés », 1976 [édition 1980], p. 89).

« L’on n’est pas plus maître de toujours aimer qu’on l’a été de ne pas aimer. »

La Bruyère (Jean, de), Les caractères, IV, 31 (Paris, Bookking International, collection « Classiques français », 1993, p. 120).

« La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles. »

La Rochefoucauld (François, de), Maximes, I, 6 (Paris, Flammarion, collection « Les meilleurs auteurs classiques français et étrangers », 1937, p. 70).

« Ô puissance de l’amour qui, dans quelques occasions, fait d’une bête un homme, et dans quelques autres fait de l’homme une bête ! »

Shakespeare (William), Les joyeuses bourgeoises de Windsor, V, 5 (Œuvres complètes de Shakespeare, t. VI, traduction de François Guizot, Paris, Garnier, collection « Classiques Garnier », 1928, p. 187).

« L’esprit est toujours la dupe du cœur. »

La Rochefoucauld (François, de), Maximes, I, 102 (Paris, Flammarion, collection « Les meilleurs auteurs classiques français et étrangers », 1937, p. 96).

« On est aisément dupé par ce qu’on aime. »

Molière, Tartuffe, IV, 3, v. 1357 (Paris, Diderot, collection « Classiques français et étrangers », s.d., p. 91).

« La plus juste comparaison qu’on puisse faire de l’amour, c’est celle de la fièvre ; nous n’avons non plus de pouvoir sur l’une que sur l’autre, soit pour sa violence ou pour sa durée. »

La Rochefoucauld (François, de), Maximes, II, 305 (Paris, Flammarion, collection « Les meilleurs auteurs classiques français et étrangers », 1937, p. 220).

« L’amour ne se commande pas, il ne naît pas à point nommé. »

Maurras (Charles), L’étang de Berre, Paris, Édouard Champion, 1924, p. 261.

« Qu’avec facilité on se laisse persuader par les personnes que l’on aime. »

Molière, L’Avare, I, 1 (Paris, Larousse, collection « Classiques Larousse », 1933, p. 12).

« Que facilement on se laisse persuader aux personnes qu’on aime. »

Molière, Le bourgeois gentilhomme, III, 10 (Paris, Larousse, collection « Nouveaux classiques Larousse », 1970 [édition 1979], p. 82).

« Cette amoureuse ardeur qui dans les cœurs s’excite
« N’est point, comme l’on sait, un effet du mérite ;
« Le caprice y prend part, et quand quelqu’un nous plaît,
« Souvent nous avons peine à dire pourquoi c’est.
« Si l’on aimait, monsieur, par choix et par sagesse,
« Vous auriez tout mon cœur et toute ma tendresse ;
« Mais on voit que l’amour se gouverne autrement.
« Laissez-moi, je vous prie, à mon aveuglement. »

Molière, Les femmes savantes, V, 1, vv. 1497-1504 (Paris, Larousse, collection « Nouveaux classiques Larousse », 1971 [édition 1976], p. 129).

« La raison n’est pas ce qui règle l’amour. »

Molière, Le Misanthrope, I, 1, v. 248 (Paris, Larousse, collection « Classiques Larousse », 1990 [édition 1995], p. 38).

« L’amour toujours n’attend pas la raison. »

Racine (Jean), Britannicus, II, 2, v. 430 (Théâtre complet de Racine, Paris, Garnier, collection « Classiques Garnier », 1953, p. 251).

« Ne me demandez point raison de l’amour que je sens pour vous ; car, quoique l’amour puisse appeler la raison pour son directeur, il ne la prend jamais pour son conseil. »

Shakespeare (William), Les joyeuses bourgeoises de Windsor, II, 1 (Œuvres complètes de Shakespeare, t. VI, traduction de François Guizot, Paris, Garnier, collection « Classiques Garnier », 1928, p. 120).

Amour et raison

« L’homme aime, comme l’homme connaît. »

Ste Angèle de Foligno, Visions et instructions, LXV (traduction par Ernest Hello, Stein am Rhein, Christiana, 1976 [7e édition], p. 193).

« La volonté ne peut aimer que ce qui est perçu par l’entendement. […] La volonté n’aime que ce que l’entendement connaît d’une manière distincte. »

S. Jean de la Croix, La vive flamme d’amour, st. 3 (Œuvres spirituelles, traduction du R.P. Grégoire de Saint-Joseph, Paris, Seuil, 1947, p. 1008).

« Le parfait amour de Dieu ne peut exister sans la connaissance de Dieu et de soi-même. »

S. Jean de la Croix, Avis et maximes, n. 154 (Œuvres spirituelles, traduction du R.P. Grégoire de Saint-Joseph, Paris, Seuil, 1947, p. 1201).

« Il n’y a point de cœur selon la vertu qui soit insensé ni déraisonnable. »

Aristote, Éthique à Nicomaque, IV, 3, § 2 (traduction de Jules Barthélemy Saint-Hilaire, Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1992 [édition 1994], p. 166).

« La vie est tout bonnement une complication d’intérêts et de sentiments […] ; et, pour être heureux […], il faut tâcher d’accorder ses sentiments avec ses intérêts. »

Balzac (Honoré, de), La duchesse de Langeais (s.l., Au Sans Pareil, collection « La Bibliothèque des chefs-d’œuvre », 1996, p. 151).

« Nos beaux sentiments ne sont-ils pas les poésies de la volonté ? »

Balzac (Honoré, de), Le père Goriot (Paris, Gallimard, collection « Folio classique », 1971 [édition 1995], p. 182).

« L’amour s’adresse à un toi bien précis. C’est ce toi qu’il veut et non un autre. Il regarde avec plaisir le toi aimé, sans être du tout aveugle. Il faut dire au contraire : ubi amor, ibi oculus [Richard de Saint-Victor, De praeparatione animi ad contemplationem (Benjamin Minor), cap. 13, MPL 196, 10 ; cf. Thomas d'Aquin, In III Sent., dist. 35 q. 1 a. 2 qa. 1 sol. (n. 32)]. »

Jüngel (Eberhard), Dieu mystère du monde. Fondement de la théologie du Crucifié dans le débat entre théisme et athéisme, t. II, Paris, Cerf, collection « Cogitatio Fidei » (n° 117), 1983 (édition 1997), p. 152.

« L’amour dans un cœur veut de la fermeté. »

Molière, Tartuffe, II, 3, v. 624 (Paris, Diderot, collection « Classiques français et étrangers », s.d., p. 54).

« On n’aime point […] si l’on ne veut aimer. »

Racine (Jean), Britannicus, III, 1, v. 790 (Théâtre complet de Racine, Paris, Garnier, collection « Classiques Garnier », 1953, p. 263).

« Il existe un amour qui, loin de se tromper, est seul capable de découvrir dans l’être aimé les qualités réelles qui s’y cachent. »

Rougemont (Denis, de), L’Amour et l’Occident, Paris, Plon, collection « 10/18 », 1972 (édition 1979), p. 247.

Amour et sexualité

« L’amour d’un homme pour une femme – et d’une femme pour un homme – se passe difficilement de la sexualité. Mais la sexualité, elle, se passe très facilement de l’amour. Autre remarque, sans cesse vérifiée : le désir est expert à se faire prendre pour le cœur ; il n’a pas son pareil pour cette mascarade. Tant de “je t’aime” qui sont seulement la transposition inconsciente et lyrique d’une convoitise ! Sous les romances, le grondement du rut. »

Guillemin (Henri), L’affaire Jésus, Paris, Seuil, 1982, p. 107.

« Vous dites que vous aimez cette femme parce qu’elle est belle. Mais la beauté n’est qu’une forme dont l’être chéri est, pour le moment, revêtu ; que cette forme se flétrisse, disparaisse, et l’amour s’en va. Ce corps que vous caressez, pénétrez, est-ce bien celui de telle femme, ou le corps féminin, anonyme ? Anonyme et multiple ; d’où l’attrait que d’autres corps suscitent avec leur promesse de voluptés inédites. »

Guillemin (Henri), L’affaire Jésus, Paris, Seuil, 1982, p. 108.

Amour et temps

« L’amour ne cesse de se sauver par aimer encore mieux ce qu’il aime. »

Alain, Propos sur l’éducation, LVIII, Paris, Presses Universitaires de France, 1932 (15e édition : 1972), p. 148.

« Il n’aime plus cette personne qu’il aimait il y a dix ans. Je crois bien : elle n’est plus la même, ni lui non plus. Il était jeune et elle aussi ; elle est tout autre. Il l’aimerait peut-être encore, telle qu’elle était alors. »

Pascal (Blaise), Pensées, n. 123 (Paris, Librairie Générale Française, collection « Le Livre de poche », 1972 [édition 1994], p. 63).