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141.5 Personnalisme (Emmanuel Mounier, Charles Renouvier, Max Scheler)

« Ce peuple gronde : regardez ses feuilles de paye avant de dénoncer le matérialisme. Et si vous lui désirez plus de vertus, donnez-lui d’abord cette sécurité matérielle dont vous oubliez que si vous n’en disposiez de père en fils, votre modération sociale serait peut-être troublée. »

Mounier (Emmanuel), Le personnalisme, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? » (n. 395), 1949 (9e édition : 1965), p. 27.

« Un homme, même différent, même avili, reste un homme à qui nous devons permettre de poursuivre une vie d’homme. »

Mounier (Emmanuel), Le personnalisme, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? » (n. 395), 1949 (9e édition : 1965), p. 48.

« La pudeur, c’est le sentiment qu’a la personne de n’être pas épuisée dans ses expressions et d’être menacée dans son être par celui qui prendrait son existence manifeste pour son existence totale. La pudeur physique ne signifie pas que le corps est impur, mais que je suis infiniment plus que ce corps regardé ou saisi. La pudeur des sentiments, que chacun d’eux me limite et me trahit. L’une et l’autre que je ne suis le jouet ni de la nature, ni d’autrui. Je ne suis pas confus d’être cette nudité, ou ce personnage, mais de paraître n’être que cela. Le contraire de la pudeur est la vulgarité, le consentement à n’être que ce qu’offre l’apparence immédiate, à s’étaler sous le regard public. »

Mounier (Emmanuel), Le personnalisme, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? » (n. 395), 1949 (9e édition : 1965), p. 54.

« Le mal du siècle est un mal de déracinés ou d’oisifs. L’homme occidental, depuis le XVe siècle, a continuellement glissé sur cette pente. Toute valeur a été entraînée vers ce théâtre sophistiqué de Narcisse : la sainteté et l’héroïsme à la gloire et au succès, la force spirituelle au goût de l’inquiétude, l’amour à l’érotisme, l’intelligence à l’“esprit”, la dialectique à l’astuce, la méditation à l’introspection, et la passion du vrai aux plus fourbes “sincérités”. »

Mounier (Emmanuel), Le personnalisme, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? » (n. 395), 1949 (9e édition : 1965), pp. 61-62.

« Toutes les dimensions de la personne se soutiennent et se composent. La pression qu’exerce sur nous la nature, le travail qui lui répond, ne sont pas seulement des facteurs de production, ils sont une force de rupture de l’égocentrisme, et par là même des facteurs de culture et de spiritualité, tout autant et plus sans doute que de puissance et de richesse. Il ne faut pas tant mépriser la vie extérieure : sans elle la vie intérieure devient folle, aussi bien que sans vie intérieure, elle délire de son côté. »

Mounier (Emmanuel), Le personnalisme, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? » (n. 395), 1949 (9e édition : 1965), p. 62.

« Une mentalité infantile survit chez ces individualités trop abondantes qui ne veulent rien exclure ni peiner personne, qui appellent compréhension leur incapacité de trier, et ouverture la confusion qui en résulte. Édifier, c’est sacrifier. »

Mounier (Emmanuel), Le personnalisme, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? » (n. 395), 1949 (9e édition : 1965), p. 70.

« Quand les hommes ne rêvent plus de cathédrales, ils ne savent plus faire de belles mansardes. »

Mounier (Emmanuel), Le personnalisme, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? » (n. 395), 1949 (9e édition : 1965), p. 80.

« Comme la bicyclette ou l’avion n’ont leur équilibre qu’en mouvement et au-delà d’une certaine force vive, l’homme ne tient debout qu’avec un minimum de force ascensionnelle. En perte de hauteur, il ne retombe pas sur quelque humanité modérée, ou, comme on dit, sur l’animal, mais très en dessous de l’animal : aucun être vivant sauf l’homme n’a inventé les cruautés et les bassesses où il se complaît encore. »

Mounier (Emmanuel), Le personnalisme, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? » (n. 395), 1949 (9e édition : 1965), p. 86.

« Physiologiquement, déjà, les deux organismes [de l’homme et de la femme] ont une allure très différente. L’organisme masculin est une machine puissante, à grand rendement moteur, depuis le spermatozoïde qui, a-t-on dit par figure, n’a que la peau sur les os, jusqu’à l’important dispositif musculaire de l’homme adulte servi par une forte capacité pulmonaire et un plus grand nombre de globules rouges, qui lui donnent l’avantage sur des viscères plus petits. L’organisme féminin apparaît en opposition, depuis l’ovule, comme un organisme de réserves, avec moins de muscles et plus de graisse, une capacité pulmonaire inférieure, plus d’eau dans le sang. Le premier de ces organismes est fait pour le travail, la mobilité, la lutte ; le second, plus proche de l’organisme enfantin, pour l’accumulation et la génération […]. L’homme est tourné vers la puissance, la femme vers la sécurité. »

Mounier (Emmanuel), Traité du caractère, Paris, Seuil, collection « Esprit », 1947 (édition revue et augmentée), p. 159.

« La peur de la philosophie conduit à l’histoire de la philosophie. »

Mounier (Emmanuel), Traité du caractère, Paris, Seuil, collection « Esprit », 1947 (édition revue et augmentée), p. 657.

« Dans les époques débiles, la vanité et l’exhibitionnisme deviennent presque un signalement de l’intellectuel. Nous connaissons l’étroite parenté qui relie l’égocentrisme au besoin spectaculaire ou, comme on dit, le narcissisme à l’exhibitionnisme. Intérêt éperdu pour les jeux superficiels de la personnalité, goût de la singularité et des extravagances, besoin d’étonner, d’irriter, de scandaliser ou de mystifier, se marient communément à la passion des confidences publiques et à la recherche susceptible de l’effet et du succès. […] Chez les plus vils, la vocation d’écrire n’est qu’une démangeaison de se montrer sur la foire aux vanités, où l’exhibition directe de leur personne, de son image, de ses faits et gestes, joue un rôle plus évident que leur œuvre. »

Mounier (Emmanuel), Traité du caractère, Paris, Seuil, collection « Esprit », 1947 (édition revue et augmentée), p. 679.

« L’amour de la vérité est diffusif de soi. Une foi non missionnaire est une foi morte. »

Mounier (Emmanuel), Traité du caractère, Paris, Seuil, collection « Esprit », 1947 (édition revue et augmentée), p. 683.

« Quand un croyant déconsidère l’intelligence, il faut chercher s’il ne liquide pas ainsi quelque échec personnel dans l’intelligence de sa foi, ou s’il n’entretient pas, pour échapper aux combats qu’elle sollicite de lui, une atmosphère de croyance puérile et irréfléchie dans les chauds refuges des fixations infantiles. Le phénomène est assez fréquent, surtout chez la femme, pour qu’on ait parfois confondu le sentiment religieux et la mentalité prélogique, ou le goût de l’obscurcissement intellectuel. Le goût de l’intelligence est cependant le signe d’une foi robuste, fides quærens intellectum, une foi qui recherche l’intelligence, qui a soif de lumière plus encore que de chaleur, sachant qu’il n’est de chaleur durable que celle qu’entretient la lumière. »

Mounier (Emmanuel), Traité du caractère, Paris, Seuil, collection « Esprit », 1947 (édition revue et augmentée), p. 769.