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De la pudeur et de l’amour

Avec les beaux jours, nous allons à nouveau avoir droit au déballage, chaque année un peu plus explicite dirait-on, de l’anatomie féminine sur la voie publique. Ce qui m’afflige le plus en cette affaire, ce n’est pas tant le choc que peuvent produire sur ma pauvre âme de tels tableaux, que l’avilissement de sa propre dignité auquel condescend ainsi la gente féminine. La décadence des mères entraînant celle de leurs enfants, ceux-ci se promènent aujourd’hui le pantalon baissé, laissant voir à travers leur slip à découvert la raie de leur cul. Une chose m’apparaît aussi évidente : la mode est certainement faite pour reconnaître les cons.

Tout n’est pas qu’innocence sous le soleil. Le péché originel est toujours à l’œuvre. À preuve la contraception, les grossesses hors-mariage, l’avortement, etc., qui n’ont pas disparus d’une société se croyant pourtant libérée désormais des névroses produites soi-disant par l’éducation morale…

Il faut se rappeler que l’homme est composé d’esprit et de matière, d’une âme et d’un corps. L’âme humaine, en s’incorporant dans la matière, la transfigure, et c’est pourquoi le corps humain est toujours chargé d’allusions à une vie intérieure, un monde personnel, une intimité.

La pudeur est la vertu naturelle qui cache à la curiosité ce qui appartient à l’intimité de la personne. Plus une personnalité est riche, plus elle donne de valeur à sa vie intérieure, et plus sa pudeur est grande. La preuve par le contraire est vraie : une personne frivole, n’ayant pas de profondeur, n’a pas non plus grand-chose à perdre en livrant son intimité, et c’est pourquoi elle le fait si facilement…

Un sourire n’est pas simplement un plissement du visage. C’est avant tout un événement spirituel. Dans le corps humain, le visage est ce qu’il y a de plus personnel, parce qu’avec le regard, il révèle l’âme au plus haut degré. Tandis que le pied, ou le genou, ou d’autres parties du corps, n’expriment rien de personnel. Ce sont des zones du corps très impersonnelles. Et parmi celles-ci, certaines suggèrent seulement le plaisir sexuel.

[4] « Suggèrent » parce que la vue, comme l’intelligence dont elle est le sens le plus apparenté, désire voir la totalité. La partie d’un objet plaisant les invite à rechercher le tout de celui-ci. C’est ainsi que montrer des parties du corps ne parlant que de plaisir sensuel est une invitation pour l’homme, soumis au péché originel, à voir davantage… Et il arrive donc un moment où un centimètre de plus ou de moins acquiert une réelle importance : soit la personnalité affirme sa dignité, soit elle accepte de se réduire à n’être qu’un objet impersonnel. L’amour est personnel et personnalisant : il s’adresse à quelqu’un d’unique, à un toi, une personne, et non à un corps anonyme, susceptible d’être remplacé par d’autres corps.

Le plaisir sexuel est un cadeau merveilleux de Dieu, mais il ne l’est que reçu dans la Volonté de Dieu, c’est-à-dire dans le cadre de l’amour conjugal ouvert à la transmission de la vie. C’est justement parce que la finalité du sexe est de coopérer avec Dieu à la création de nouvelles vies humaines, images de Dieu, que la sexualité est une réalité si noble et digne, qui mérite grand respect et délicatesse. Aussi, rechercher le plaisir sexuel en dehors de cet amour véritable qu’authentifie le mariage, est une offense grave à Dieu, à autrui, à soi-même, un péché mortel. Or, en découvrant des parties du corps qui en elles-mêmes ne suggèrent rien d’autre que le plaisir sexuel, on risque de provoquer le désir de ce plaisir en dehors du mariage. C’est pourquoi Jésus affirme que regarder une femme pour la désirer est déjà commettre le péché avec elle, et donc se damner… d’où son conseil d’arracher son œil plutôt que de s’avilir par un désir déshumanisant, déshumanisant parce que réduisant l’autre à ce qu’il a d’impersonnel [1]. Et s’il en est ainsi pour celui qui se damne en regardant de cette façon, qu’en sera t-il pour celle qui provoque ce regard ?…

Certaines manifestations de la pudeur sont relatives au temps et aux lieux, certes, mais il existe cependant de véritables lois de la pudeur qui obligent moralement. Il y a une frontière réelle entre le décent et l’indécent. Je me souviens d’un jour d’été où je faisais la queue dans une boulangerie, et devant moi se trouvaient un garçon de peut-être huit ans, avec sa maman, dont l’une des bretelles du soutien-gorge était tombée sur le bras. Ce spectacle était choquant pour tout le monde, tant et si bien que le fils, n’y tenant plus, a lui-même délicatement remonté cette bretelle sur l’épaule de sa mère… J’ai été frappé par le sentiment naturel de pudeur qui habitait le cœur de cet enfant, et la souffrance que lui infligeait l’indécence. Que de châtiments nous nous préparons par les mauvais exemples que nous donnons aux enfants !

Habitués à cultiver ce qui est impersonnel, comment se promettre un amour éternel ? Quand le corps est extrait du champ de la dignité personnelle, avec la perte du contrôle de la pudeur sur les impulsions sexuelles, disparaissent aussi les valeurs spirituelles et le sens de Dieu. Les proxénètes se moquent bien de la vie intérieure des femmes qu’ils exploitent comme du bétail. Pour eux, elles ne sont que des corps, des choses, des instruments du simple plaisir sexuel. Or, comment s’habillent les prostituées ? Si donc de nos jours les femmes en sont venues à être vêtues, ou plutôt dévêtues, comme le sont les prostituées, qu’est-ce que cela nous dévoile, sinon le degré de déshumanisation de notre société ?

Le livre de la Genèse nous dit qu’« après leur péché, les yeux d’Adam et Ève s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus. » Que firent-ils alors ? Eh bien, « ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes [2] » ! Autrement dit, Adam et Ève demandent à la nature de leur prêter ce que par eux-mêmes ils ne peuvent plus s’offrir : un aspect humain, personnel, de leur corps. Le vêtement devient ainsi le complément nécessaire d’un corps qui a perdu sa transparence naturelle et qui, pour laisser transparaître la personne, doit se cacher en partie, détourner l’attention afin que le regard ne s’appesantisse pas sur lui mais puisse atteindre à ce qui est spécifiquement humain, le domaine de l’esprit. Depuis le péché, le vêtement est devenu un accessoire nécessaire pour que l’être humain soit traité de manière personnelle, et non comme un animal. Dieu Lui-même va renforcer cette protection en remplaçant aussitôt les pagnes d’Adam et Ève par des tuniques de peau qu’Il fit Lui-même et dont Il les vêtit [3]. Est-ce étonnant que les couturiers à la mode aujourd’hui déshabillent les femmes plutôt qu’ils ne les habillent, puisque, ne faisant souvent pas mystère de leur homosexualité, ils n’aiment pas les femmes ?

La pudeur est un anticorps, une défense contre la concupiscence, qui n’a pas toujours besoin de stimulants extraordinaires pour se manifester et altérer la pureté du corps et de l’âme. Le pape Pie XII disait :

« On peut justement appeler [la pudeur chrétienne] la prudence de la chasteté… La pudeur [5] prévient le péril qui menace, empêche de s’exposer au danger et conseille d’éviter les occasions auxquelles s’exposent ceux qui sont moins prudents. Elle n’aime pas les paroles déshonnêtes et vulgaires, et elle a horreur de l’immodestie, même très légère, elle se garde avec soin d’une familiarité suspecte avec les personnes de l’autre sexe, elle porte fermement à donner au corps le respect qui lui est dû comme membre du Christ, et comme temple du Saint-Esprit [4]. »

Et comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église catholique :

« La pudeur protège le mystère des personnes et de leur amour. [Elle est] le pressentiment d’une dignité spirituelle propre à l’homme. Elle naît par l’éveil de la conscience du sujet. Enseigner la pudeur à des enfants et des adolescents, c’est les éveiller au respect de la personne humaine [5]. »

Sachons honorer le mystère sacré de la personne que nous a révélé la divine Personne du Christ !

N.B. : on pourra (re)lire avec profit Delclós (Antonio Orozco), La pudeur, Paris, Le Laurier, Collection du Laurier (n. 155), 1996.

1. Cf. Mt 5 27-30.

2. Gn 3 7.

3. Cf. Gn 3 21.

4. Lettre encyclique Sacra Virginitas, 25 mars 1954, n. 56 (La Documentation catholique, n. 1173, 16 mai 1954, col. 596-597).

5. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 2522, 2524.