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220.6 Exégèse, herméneutique, interprétation de la Bible

« La lecture des textes de base, comme loi de l’enseignement dans les écoles, avait amené [les auteurs du douzième siècle], à partir de la multiplication des gloses (glossatio) à distinguer dans l’épaisseur intelligible des mots trois couches dont la détection était requise pour comprendre un texte. Hugues de Saint-Victor, chez les théologiens, en avait fixé le contenu dans une formule célèbre : littera, sensus, sententia : le pivot de l’opération est la détermination de la signification immédiate des mots (sensus), à partir de leur dispositif littéral (littera), et qui commande toute interprétation du contenu doctrinal (sententia). »

Chenu (Marie-Dominique), La théologie au douzième siècle, Paris, Vrin, collection « Études de philosophie médiévale » (n. XLV), 1976 (3e édition), p. 367.

« Le mot “herméneutique” (du grec hermenéia, interprétation) désigne l’art, la technique de l’interprétation (ars interpretandi) et les règles connexes (regulae interpretandi), qui servent de guides à l’art d’interpréter les textes classiques (herméneutique littéraire), les textes bibliques (herméneutique biblique), les canons et textes législatifs (herméneutique juridique). Le terme grec “herméneutique” apparaît assez tard, aux XVIIe et XVIIIe siècles, à la place du mot latin interpretatio, mais la théorie patristique du sens littéral et du sens allégorique de l’Écriture, la théorie médiévale des quatre sens de l’Écriture, la théorie de la Réforme de la Scriptura sui ipsus interpres (l’Écriture est sa propre interprète) sont de véritables théories herméneutiques. Dans le domaine biblique, on affirme alors la distinction entre exégèse et herméneutique, même si les deux termes sont sémantiquement équivalents ; par exégèse, on entend la pratique de l’interprétation, l’interprétation pratique d’un texte biblique ; par herméneutique, on entend au contraire la théorie, l’ensemble des règles qui président à l’interprétation du texte biblique : l’herméneutique est la théorie de l’exégèse. »

Gibellini (Rosino), Panorama de la théologie au XXe siècle, traduction par Jacques Mignon, Paris, Cerf, collection « Théologies », 1994, pp. 63-64.

Scriptura sacra […] aliquo modo cum legentibus crescit.

« L’Écriture sainte […], d’une certaine manière, croît avec ceux qui la lisent. »

S. Grégoire le Grand, Moralium libri, XX, i, 1 (PL 76, 135C).

« Si on m’objectait quelque écriture […] qui renfermât quelque semblant de contradiction, comme je suis persuadé absolument qu’aucune Écriture n’en contredit une autre, j’aimerais mieux avouer que je n’en comprends pas moi-même le sens, et à ceux qui penseraient que ces écritures sont contradictoires, je m’efforcerais de persuader d’avoir plutôt le même sentiment que moi. »

S. Justin, Dialogue avec le juif Tryphon, n. 65 (Œuvres complètes, traduction de Georges Archambault, Paris, Migne, collection « Bibliothèque », 1994, p. 203).

« La lecture des Écritures requiert un ample savoir, car “Celui qui est ignorant en matière scientifique restera ignorant dans les sciences de la Torah” [in Henri Minczeles, thèse présentée à l’EHSS, Vilna, la Jérusalem du Nord, tome 1, p. 169]. Loin d’endiguer l’activité interprétative, cette approche la stimule. Le piétisme hassid prêchait de s’en tenir à l’émotion personnelle suscitée par la lecture des textes, en vertu d’une relation de compréhension supposée immédiate entre la créature et son Créateur. Certains adeptes d’un rituel établi ne retenaient des Écritures qu’un enseignement d’ordre cultuel et répétitif. Ces lectures d’ordre dogmatique, personnel ou émotionnel, liées à une tradition ou à une personnalité, figent les textes dans leur passé ou limitent leur validité à une réception particulière. L’approche rationaliste et herméneutique des textes restitue leur richesse et leur fécondité et, partant, démontre leur validité persistante au fil des âges. À la manière de l’herméneutique originelle, il s’agit de chercher le sens caché sous le sens obvie, mais suivant la conviction que le sens découvert n’est jamais le dernier, car il résonnera encore d’autres rapprochements au fil des lectures incessantes, des questionnements qui se renouvellent, avec les contextes historiques qui les suscitent. Et quand bien même le lecteur se satisferait d’une lecture, sa tâche est encore et toujours de solliciter le texte. L’échappée ouverte par le Livre s’approfondit donc des lectures innombrables qu’il appelle, à la recherche d’un sens toujours à découvrir en raison des résonnances des textes et dans le corpus sacré et dans le corpus scientifique, et dans les circonstances d’une époque après l’autre. »

Lescourret (Marie-Anne), Emmanuel Levinas, Paris, Flammarion, collection « Grandes biographies », 1994 (2e édition : 2006), pp. 375-376.

« La mise à jour de la structure littéraire resterait lettre morte si elle ne conduisait pas à l’interprétation du texte. Nous n’aurions pas la témérité de prétendre que la structure d’un texte peut rendre compte à elle seule de son interprétation. Nous pensons néanmoins qu’elle en constitue le fondement puisqu’elle préside à l’organisation des idées et donc à l’articulation du contenu. »

Létourneau (Pierre), Jésus, Fils de l’homme et Fils de Dieu. Jean 2,23 – 3,36 et la double christologie johannique, Montréal/Paris, Bellarmin/Cerf, collection « Recherches nouvelle série » (n. 27), 1993, p. 220.

« Que vous preniez le Christ d’Adolf Harnack, type même de l’homme libéral, ou celui de Bultmann, qui reflète la philosophie existentielle de l’auteur, toutes ces constructions reposent sur la même idée de base : Dieu ne peut pas être homme. Les événements qui présupposeraient cela ne peuvent donc pas être historiques. Cela signifie qu’on part d’une idée préconçue et que, au fond, on enlève par là toute sa force à l’événement, tout ce qui constitue son intérêt et son épaisseur. »

Ratzinger (Joseph), Voici quel est notre Dieu. Croire et vivre aujourd’hui, traduit de l’allemand par Joseph Burckel, Paris, Plon/Mame, 2001, p. 144.