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234.23 Foi

« La foi n’est pas donnée à tous. »

2 Th 3 2

« L’obéissance de la foi est obéissance ecclésiale ; nous croyons dans l’Église ; la foi est un acte personnel, mais par lequel on s’associe à la foi de l’Église. C’est d’abord elle qui croit, et à elle s’associe l’individu. L’Église n’est pas un objet de foi au sens fort du mot, on croit dans l’Église, mais pas en elle ; on croit en Dieu dans l’Église. »

Bouillard (Henri), Le mystère chrétien à l’épreuve de la raison et de la foi, Paris, Téqui, collection « Croire et Savoir », 2001, p. 386.

« La foi, dit-on, doit se mettre à l’écoute du monde… Mais comment la foi pourrait-elle être accueillie par un monde où la question religieuse est privée de sens ? »

Del Noce (Augusto), L’époque de la sécularisation, traduit de l’italien par Philippe Baillet, Paris, Éditions des Syrtes, 2001, pp. 209-210.

« L’homme moderne est très désavantagé par rapport à ses ancêtres. À une époque encore récente, la foi était censée fournir la vérité dernière d’à peu près toute chose. Peu à peu les liens entre la foi et la connaissance scientifique se sont rompus. Or de nombreux croyants n’arrivent plus à discerner le vrai domaine de la foi. Ils ont l’impression que la science se referme sur le contenu de la foi et pourrait bientôt emporter ses derniers retranchements. Il y a aussi le fait que l’homme, réfléchissant davantage, doute plus et est moins incliné à s’abandonner. Ses engagements tendent à devenir tièdes et anémiques. La plupart de ses expériences sont indirectes : il y accède par la réflexion, la lecture, leur représentation par le film ou sur la scène, et non spontanément par un engagement personnel direct. Pour croire il faut avoir appris à faire confiance, car la foi est un abandon confiant. »

Dupré (Louis), L’autre dimension. Essai de philosophie de la religion, traduit de l’anglais par Marcelle Jossua, Paris, Cerf, collection « Cogitatio Fidei » (n. 90), 1977, p. 56.

« L’affirmation moderne d’un “devoir chrétien d’inquiétude”, d’une remise en question de toute certitude, n’a sans doute rien de chrétien. Jésus demande une foi ferme. L’inquiétude paulinienne est un élan, qu’on ne prend pas à partir d’un sol mouvant. Paul est plein “d’assurance”. L’inquiétude au sens moderne du mot renonce à évangéliser, preuve qu’elle n’est pas chrétienne. Paul dit : “Je crois, c’est pourquoi je parle” (2 Co 4, 13). »

Durrwell (François-Xavier), La résurrection de Jésus mystère de salut, Paris, Cerf, 1976 (10e édition), pp. 205-206, note 12.

« Le christianisme n’est pas affaire de sentiment, mais de foi, c’est-à-dire de vouloir et d’esprit. Toutes les tempêtes peuvent gronder dans le pathètikón, le blasphème venir aux lèvres ou l’ennui nous désoler, n’importe, si le noûs maintient héroïquement son orientation vers Dieu, son adhésion au Christ. »

Festugières (André-Jean), L’idéal religieux des Grecs et l’Évangile, Paris, Gabalda, collection « Études bibliques », 1932, p. 218.

« Une foi ferme dédaigne les questions captieuses et inutiles de la philosophie et la vérité ne succombe pas aux charmes trompeurs des sottises humaines, elle ne se laisse point traîner en captivité par l’erreur. Elle ne limite point Dieu d’après le sentiment qu’en a l’intelligence vulgaire et ne juge point du Christ selon les éléments du monde. »

S. Hilaire de Poitiers, La Trinité, I, 13 (traduction par Georges-Matthieu de Durand, Charles Morel et Gilles Pelland, Paris, Cerf, collection « Sources chrétiennes », n. 443, 1999, p. 231).

« La formule fondamentale de la foi ne s’énonce pas : “je crois que”, “je crois quelque chose”, mais “je te crois”, “je crois en toi”. Cela implique, comme l’ont montré Augustin et Thomas d’Aquin, trois choses : credere deum, croire que Dieu existe – credere deo, croire en Dieu, au sens de faire confiance à Dieu – credere in deum, se diriger vers Dieu, s’engager envers lui et adhérer à lui. La foi n’est donc pas un simple acte de l’entendement (tenir pour vrai), de la volonté (confiance) ou de l’affectivité, elle est plutôt un projet vital, qui embrasse et qui implique toutes ces facultés humaines et une forme totale d’existence. »

Kasper (Walter), Le Dieu des Chrétiens, traduit de l’allemand par Morand Kleiber, Paris, Cerf, collection « Cogitatio Fidei » (n. 128), 1985, p. 187.

« Aujourd’hui on ne conserve la foi que si on la défend. »

Luciani (Albino), Humblement vôtre, traduit de l’italien par Michel Pochet, Paris, Nouvelle cité, 1978, p. 99.

« L’amour de la vérité est diffusif de soi. Une foi non missionnaire est une foi morte. »

Mounier (Emmanuel), Traité du caractère, Paris, Seuil, collection « Esprit », 1947 (édition revue et augmentée), p. 683.

« Si Nous désirons que monte vers Dieu la commune supplication de tout le Corps mystique afin que toutes les brebis errantes rejoignent au plus tôt l’unique bercail de Jésus-Christ, Nous déclarons pourtant qu’il est absolument nécessaire que cela se fasse librement et de plein gré, puisque personne ne croit sans le vouloir. C’est pourquoi, s’il en est qui, sans croire, sont en réalité contraints à entrer dans l’édifice de l’Église, à s’approcher de l’autel et à recevoir les sacrements, ceux-là sans aucun doute ne deviennent pas de vrais chrétiens ; car la foi sans laquelle on ne peut plaire à Dieu doit être un libre hommage de l’intelligence et de la volonté. Si donc il arrive parfois que, contrairement à la doctrine constante du Siège apostolique, quelqu’un soit amené malgré lui à embrasser la foi catholique, Nous ne pouvons Nous empêcher, conscient de Notre devoir, de réprouver un tel procédé. »

Pie XII, Lettre encyclique Mystici Corporis, 29 juin 1943, n. 54 (Actes de S.S. Pie XII. Documents pontificaux et Actes des dicastères romains. Textes originaux et traduction française, t. V, années 1942-1943, Paris, Bonne Presse, 1953, pp. 184-185).

« La foi qui n’agit point, est-ce une foi sincère ? »

Racine (Jean), Athalie, I, 1, v. 71.

« Quand un enfant dit qu’il croit en Dieu, ce n’est pas en Dieu qu’il croit, c’est à Pierre ou à Jacques qui lui disent qu’il y a quelque chose qu’on appelle Dieu. »

Rousseau (Jean-Jacques), Émile ou de l’éducation, IV (Paris, Garnier-Flammarion, 1966, édition 2000, p. 336).

« Supposons que vous vouliez apprendre à nager à un enfant de 7 ou 8 ans. Vous lui expliquez d’abord ce que c’est que l’eau, ce que c’est que la densité de l’eau. Vous lui donnez une brève explication du principe d’Archimède. Et vous lui dites que, compte tenu de la densité de son corps et de la densité de l’eau, il lui suffit de se coucher sur l’eau comme sur son lit, bien détendu, et, bien allongé, il nagera. En réalité il ne peut pas descendre au fond de l’eau ; il est extrêmement difficile de descendre au fond de l’eau, il faut, pour y parvenir, déployer des efforts considérables et l’eau de mer, finalement, vous fait resurgir et rejaillir à la surface.

« L’enfant peut vous croire ou ne pas vous croire ; il peut croire ce que vous lui avez dit, ou non. Il peut se fier en vous, en votre parole ou non. S’il vous croit, s’il s’en remet à vous, alors il s’étendra doucement sur l’eau, bien détendu, et il constatera, par expérience, qu’il repose en effet sur l’eau comme sur son lit. Il vérifiera par expérience la vérité de ce que vous lui avez dit. S’il ne vous croit pas, s’il doute de vous et de ce que vous lui avez expliqué, il va s’agiter, se contracter, boire de l’eau, pleurer et crier. L’expérience sera manquée. Mais qu’il vous croie ou qu’il ne vous croie pas, en tout cas sa foi ou sa méfiance ne portera pas sur votre existence. Elle portera sur ce que vous avez dit, sur la vérité de ce que vous lui avez dit. »

Tresmontant (Claude), L’histoire de l’Univers et le sens de la Création. Sept conférences, Paris, O.E.I.L., 1985, pp. 52-53.

« – Pour beaucoup la foi est une conviction importante mais parmi toutes celles qui marquent l’existence ; on y revient à certains moments, on aimerait effectivement ne pas être trompé sur un aspect aussi important de la vie. Mais que toute la vie soit portée, orientée par la foi, est-ce la condition commune des chrétiens ?

« – Cela revient à dire que les chrétiens sont médiocres et ne connaissent pas les fondements de l’existence chrétienne. C’est précisément là-dessus qu’il faut les éduquer. Si l’acte de foi n’engage pas le fond de l’être, peut-on encore parler de foi ? Alors on confond foi et croyances ; et la foi sera définie comme un ensemble de croyances, c’est-à-dire un ensemble de convictions sur l’autorité de l’Église. »

Varillon (François), Beauté du monde et souffrance des hommes. Entretiens avec Charles Ehlinger, Paris, Le Centurion, collection « Les interviews », 1980, p. 139.


Foi et raison

« S’ils étaient sages, certes ils aboutiraient, ils sauraient discerner leur avenir. »

Dt 32 29

« Connaissez que Moi Je suis Dieu. »

Ps 45 11

« En toutes tes démarches, reconnais-Le. »

Pr 3 6

« Ayez sur le Seigneur de droites pensées et cherchez-le en simplicité de cœur. »

Sg 1 1

« L’Esprit saint, l’éducateur, fuit la fourberie, il se retire devant des pensées sans intelligence. »

Sg 1 5

« À vous grâce et paix en abondance, par la connaissance de notre Seigneur ! »

2 P 1 2

« Dans la foi, l’intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine : “Croire est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce.” »

Catéchisme de l’Église Catholique, n. 155, citant S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa-IIæ, 2, 9 : Credere est actus intellectus assentientis veritati divinæ ex imperio voluntatis a Deo motæ per gratiam.

« La foi est une adhésion personnelle de l’homme tout entier à Dieu qui se révèle. Elle comporte une adhésion de l’intelligence et de la volonté à la Révélation que Dieu a faite de lui-même par ses actions et ses paroles. »

Catéchisme de l’Église Catholique, n. 176.

« Dans l’acte de foi, trois facteurs sont inséparables : la grâce, car la foi est un don de Dieu, la volonté et l’intelligence, car la foi est un acte de l’homme. Si l’une ou l’autre font défaut, on tombe dans une des caricatures possibles de la foi : le fidéisme (la foi sans intelligence), le quiétisme ou le piétisme (la foi sans volonté, sans engagement), le volontarisme (la foi sans la grâce qui attire), l’intellectualisme (la foi sans la grâce qui éclaire). »

Bandelier (Alain), « Une foi, mille questions », Famille chrétienne, n. 1457, 17 décembre 2005, p. 63.

« Il est certain que Paul n’élucide pas (encore) les conditions de la pensée elle-même, en faisant du processus de la pensée l’objet propre d’une réflexion. Mais en prescrivant que la connaissance de Jésus Christ doit être l’unique mesure de la pensée croyante, Paul énonce de façon implicite deux affirmations. D’une part la foi est bannie ainsi du domaine de l’irrationnel et de l’arbitraire subjectif. Il existe en quelque sorte un mouvement de pensée interne à la foi qui peut et qui doit s’exposer sous forme d’arguments. D’autre part aux yeux de Paul l’Évangile n’apporte pas une connaissance partielle prenant place à l’intérieur d’une vision de la réalité qui ne serait pas autrement touchée, et elle n’est pas non plus une variation sur un air déjà connu. La conversion à l’Évangile n’est pas simplement un déplacement à l’intérieur d’un même système de coordonnées. Il n’y a donc pas simplement émergence de divers jugements de valeur nouveaux portant sur tel ou tel point particulier à l’intérieur d’un tout qui demeurerait inébranlé. Non, l’Évangile porte en soi la possibilité de comprendre absolument tout de façon nouvelle. Au regard de l’Évangile rien ne demeure en l’état puisqu’il apporte pour guider la connaissance un contenu nouveau conduisant nécessairement à une vision nouvelle de toute réalité. »

Becker (Jürgen), Paul. L’apôtre des nations, traduit de l’allemand par Joseph Hoffmann, Paris, Cerf, collection « Théologies bibliques », 1995, pp. 435-436.

« Servir [Dieu] sans Le connaître, c’est bassesse. »

Bérulle (Pierre, de), Œuvres complètes. 4. Œuvres de piété, Paris, Cerf, 1996, n. 180, p. 39.

« [L’une des tâches de la catéchèse des adultes est de] développer les fondements rationnels de la foi. Une intelligence correcte de la foi doit manifester la conformité de l’acte de foi et des vérités à croire avec les exigences de la raison humaine. L’Évangile est toujours actuel et approprié, d’où la nécessité de promouvoir efficacement une pastorale de la pensée et de la culture chrétienne, ce qui permettra de dépasser certaines formes d’intégrisme et de fondamentalisme, et d’éviter les interprétations arbitraires et subjectives. »

Congrégation pour le Clergé, Directoire général pour la catéchèse, 15 août 1997, n. 175 (Paris, Téqui, 1997, p. 191).

« Ô sagesse, ô courage, ô raison, ô vertu propre ! vous êtes la dernière chose dont l’âme mourante à elle-même a plus de peine à se dépouiller. Tout le reste qu’on quitte ne tient presque point ; ce sont des habits qui se lèvent du bout du doigt, et qui ne tiennent point à nous : mais nous ôter cette sagesse propre, qui fait la vie la plus intime de l’âme, c’est arracher la peau, c’est nous écorcher tout vifs, c’est nous déchirer jusque dans la moelle des os. Hélas ! j’entends ma raison qui me dit : Quoi donc ! faut-il cesser d’être raisonnable ? faut-il devenir comme les fous qu’on est contraint de renfermer ? Dieu n’est-il pas la sagesse même ? La nôtre ne vient-elle pas de la sienne, et par conséquent ne faut-il pas que nous la suivions ? Mais il y a une extrême différence entre être raisonnans et être raisonnables. Nous ne serons jamais si raisonnables que quand nous cesserons d’être si raisonnans. En nous livrant à la pure raison de Dieu, que la nôtre foible et vaine ne peut comprendre, nous serons délivrés de notre sagesse, égarée depuis le péché, incertaine, courte et présomptueuse ; ou plutôt nous serons délivrés de nos erreurs, de nos indiscrétions, de nos entêtemens. »

Fénelon (François de Salignac de La Mothe-), « Pour le jour de Noël » (Œuvres spirituelles, Paris, Aubier, collection « Les maîtres de la spiritualité chrétienne », 1954, p. 196).

« Il faut bien se garder de confondre la foi avec le mouvement aveugle des fantasques ou faux inspirés. L’obéissance de la foi est raisonnable selon saint Paul ; et, comme dit saint Augustin, rien n’est si raisonnable que le sacrifice que nous faisons à Dieu de notre raison. La foi est obscure, parce qu’elle nous fait soumettre par son autorité à croire et à faire les choses qui vont au-delà de toutes nos lumières naturelles ; mais, d’un autre côté, elle est très claire, puisqu’elle n’exige le sacrifice de notre raison qu’en faveur d’une autorité toute divine, qu’elle nous montre clairement, qui est au-dessus de notre raison même. Je ne crois pas l’Évangile parce qu’il est obscur ; au contraire, je surmonte son obscurité, qui est une raison pour ne pas croire, à cause de l’évidence des miracles et des prophéties, qui me rendent clair ce qui est obscur dans les mystères. Comprendre autrement la foi, c’est manifestement la renverser. Il faut donc que la foi, pour être vraie et pure foi, soit tout ensemble obscure et lumineuse par l’évidence de l’autorité divine, que nous proposent ces mystères. Ne croire que ce que la raison comprend, ce n’est pas foi, c’est philosophie ; croire sans comprendre, ni ce qu’on croit, ni pourquoi on croit, ni si c’est Dieu qu’on croit, ce n’est plus ni raison, ni foi, c’est fanatisme, c’est enthousiasme extravagant. Voilà le principe fondamental non seulement de la foi, mais encore de toutes les démarches de la pure foi. »

Fénelon (François de Salignac de La Mothe-), « À Mme Guyon » (Œuvres spirituelles, Paris, Aubier, collection « Les maîtres de la spiritualité chrétienne », 1954, p. 381).

« Il faut accepter par la foi les vérités que Dieu révèle, si l’on veut en acquérir ensuite quelque intelligence, qui sera l’intelligence ici-bas accessible à l’homme du contenu de la foi. Un texte célèbre du Sermon 43 [de saint Augustin] résume cette double activité de la raison dans une formule parfaite : comprends pour croire, crois pour comprendre : intellige ut credas, crede ut intelligas. Saint Anselme exprimera plus tard cette doctrine dans une formule qui n’est pas d’Augustin, mais qui exprime fidèlement sa pensée : la foi en quête de l’intelligence, fides quærens intellectum. »

Gilson (Étienne), La philosophie au Moyen Âge. Des origines patristiques à la fin du XIVe siècle, Paris, Payot, 1944 (2e édition), p. 127.

« Deux sources de connaissance sont à la disposition des hommes, la raison et la foi. Contre les dialecticiens, saint Anselme affirme qu’il faut s’établir d’abord fermement dans la foi, et il refuse par conséquent de soumettre les Saintes Écritures à la dialectique. La foi est pour l’homme le donné dont il doit partir. Le fait qu’il doit comprendre et la réalité que sa raison peut interpréter lui sont fournis par la révélation ; on ne comprend pas afin de croire, mais on croit au contraire afin de comprendre : neque enim quaero intelligere ut credam, sed credo ut intelligam. L’intelligence, en un mot, présuppose la foi. Mais, inversement, saint Anselme prend parti contre les adversaires irréductibles de la dialectique. Pour celui qui s’est d’abord fermement établi dans la foi, il n’y a aucun inconvénient à s’efforcer de comprendre rationnellement ce qu’il croit. Objecter à cet usage légitime de la raison que les Apôtres et les Pères ont déjà dit tout le nécessaire, c’est oublier d’abord que la vérité est assez vaste et profonde pour que jamais les mortels ne parviennent à l’épuiser, que les jours de l’homme sont comptés et que les Pères n’ont pu dire tout ce qu’ils auraient dit s’ils avaient vécu plus longtemps, que Dieu n’a pas cessé et ne cessera jamais d’éclairer son Église ; c’est oublier surtout qu’entre la foi et la vision béatifique à laquelle nous aspirons tous, il y a dès ici-bas un intermédiaire, qui est l’intelligence de la foi. Comprendre sa foi, c’est se rapprocher de la vue même de Dieu. L’ordre à observer dans la recherche de la vérité est donc le suivant : croire d’abord les mystères de la foi avant de les discuter par la raison ; s’efforcer ensuite de comprendre ce que l’on croit. Ne pas faire passer la foi d’abord, comme font les dialecticiens, c’est présomption ; ne pas faire appel ensuite à la raison, comme nous l’interdisent leurs adversaires, c’est négligence. Il faut donc éviter l’un et l’autre défaut. »

Gilson (Étienne), La philosophie au Moyen Âge. Des origines patristiques à la fin du XIVe siècle, Paris, Payot, 1944 (2e édition), pp. 241-242.

« On soutient que si Dieu se communique c’est uniquement d’une part à la nature, et de l’autre au cœur, au sentiment de l’homme : Dieu est pour nous [nous devient accessible] dans la conscience immédiate, l’intuition et le sentiment. Or intuition et sentiment ont ceci de commun qu’ils relèvent d’une conscience qui n’est pas parvenue à la réflexion. On objectera donc que l’homme est un être pensant et qu’il se distingue de l’animal par la pensée. L’homme se comporte en être pensant, même lorsqu’il n’en a pas conscience. Lorsque Dieu se révèle à l’homme, il se révèle à lui en tant qu’à un être essentiellement pensant ; s’il se révélait essentiellement à son sentiment, il mettrait l’homme au même rang que l’animal dépourvu de toute capacité de réflexion. Mais aux animaux nous n’attribuons aucune vie religieuse. En fait, si l’homme est seul à avoir une religion, c’est parce qu’il n’est pas un animal et qu’il est pensant. L’homme se distingue de l’animal par la pensée : cette banalité est aujourd’hui oubliée.

« Dieu est en soi et pour soi l’Être éternel, et ce qui est en soi et pour soi l’universel est l’objet de la pensée, non du sentiment. Évidemment, tout ce qui est spirituel, tout ce qui forme le contenu de la conscience, et d’abord la religion et l’éthique, doit également se manifester dans le sentiment. Mais le sentiment n’est pas la source d’où l’homme tire ce contenu ; le sentiment est uniquement le mode d’apparition de ce contenu et il représente la pire des formes : une forme que l’homme possède en commun avec l’animal. Tout ce qui est substantiel doit aussi se manifester sous la forme du sentiment, mais il existe d’autres formes supérieures et plus dignes. Si on localise dans le sentiment l’éthique, la vérité, le contenu spirituel, on leur attribue une forme animale, et celle-ci est alors incapable d’un contenu spirituel. Le sentiment est la plus inférieure des formes dans lesquelles puisse se révéler un contenu quelconque. Dans la mesure où un contenu reste enfoui dans le sentiment, il est voilé et totalement indéterminé. Tout ce qui existe dans le sentiment est entièrement subjectif et ne peut se manifester que d’une manière subjective. Si quelqu’un dit : c’est mon sentiment, un autre a droit égal à lui répondre : ce n’est pas le mien ; l’on se met ainsi hors du terrain commun. Le sentiment ne conserve ses droits que dans les affaires strictement particulières. Mais vouloir défendre une cause en affirmant que c’est le sentiment commun des hommes est une entreprise qui contredit le point de vue du sentiment lui-même, car ce point de vue est celui de la subjectivité particulière. Quand un contenu s’exprime comme sentiment, chacun est réduit à son point de vue subjectif. Un homme qui agit selon son sentiment en autorise un autre à lui appliquer n’importe quel sobriquet, mais il garde le droit de le lui renvoyer : tous les deux, de leur point de vue, ont parfaitement le droit de s’insulter. Si quelqu’un dit que sa religion est dans son sentiment, un autre peut également déclarer que dans son sentiment à lui il n’a trouvé nulle trace de Dieu : tous les deux auront raison. Mais si l’on réduit de la sorte le contenu divin – la révélation de Dieu, le rapport de l’homme à Dieu, l’existence de Dieu pour l’homme – au seul sentiment, on le limite au point de vue de la subjectivité particulière, de l’arbitraire, du caprice. En fait, on tourne le dos à la Vérité existant en soi et pour soi. Si l’unique voie d’approche est le sentiment, s’il n’existe aucune connaissance de Dieu et de son contenu, seul subsiste mon bon plaisir : c’est la finitude qui règne et devient la valeur suprême. Je ne sais rien de Dieu : il est donc possible de ne pas prendre au sérieux les restrictions que la relation à Dieu doit impliquer. »

Hegel (Georg Wilhelm Friedrich), La raison dans l’Histoire. Introduction à la Philosophie de l’Histoire, traduction par Kostas Papaïoannou, Paris, Plon, collection « 10/18 », 1965 (édition 1979), pp. 62-64.

« La distinction entre foi et savoir est devenue une opposition banale. On croit qu’il est fermement établi qu’il s’agit de deux choses différentes et que par conséquent on ne connaît rien de Dieu. Vous ferez fuir les hommes si vous leur dites que vous voulez connaître Dieu et exposer cette connaissance. Mais, dans sa détermination essentielle, cette distinction est quelque chose de vide. Ce que je crois, je le connais également et j’en suis certain. Dans la religion, on croit en Dieu et aux doctrines qui explicitent d’une manière précise sa nature ; mais tout cela on le sait aussi et on en est certain. Savoir, c’est avoir quelque chose comme objet de sa conscience et en être certain ; la même chose se produit dans la foi. Or la connaissance voit aussi les raisons, la nécessité du contenu qui est devenu objet de la connaissance, et qui peut être aussi le contenu de la foi ; et cela, indépendamment de l’autorité de l’église et du sentiment qui reste toujours quelque chose d’immédiat. »

Hegel (Georg Wilhelm Friedrich), La raison dans l’Histoire. Introduction à la Philosophie de l’Histoire, traduction par Kostas Papaïoannou, Paris, Plon, collection « 10/18 », 1965 (édition 1979), pp. 66-67.

« La raison, avec ses notions courantes, incapable de saisir les desseins d’en haut, s’imagine que cela seul est dans le domaine du réel qui est intérieur aux limites de sa propre compréhension ou qu’elle peut exécuter par ses propres moyens. Mais les hauts faits de Dieu dans la magnificence de sa puissance éternelle, l’esprit les mesurait non à son sens à lui, mais à l’infini de la foi. Si bien que l’existence dès le principe d’un Dieu auprès de Dieu, le séjour au milieu de nous du Verbe fait chair, il ne refusait pas d’y croire parce qu’il ne les comprenait pas, mais il se rappelait qu’il pourrait les comprendre s’il y croyait. »

S. Hilaire de Poitiers, La Trinité, I, 12 (traduction par Georges-Matthieu de Durand, Charles Morel et Gilles Pelland, Paris, Cerf, collection « Sources chrétiennes », n. 443, 1999, p. 229).

« La science parfaite, la voici : connaître Dieu de manière à connaître qu’on ne peut l’ignorer et qu’il est néanmoins ineffable. Il faut pratiquer à son égard la foi, un effort d’intelligence, l’adoration, et moyennant cela parler de lui. »

S. Hilaire de Poitiers, La Trinité, II, 7 (traduction par Georges-Matthieu de Durand, Charles Morel et Gilles Pelland, Paris, Cerf, collection « Sources chrétiennes », n. 443, 1999, p. 289).

« Disons que le fait n’a pas eu lieu, puisque nous n’arrivons pas à comprendre le fait et, dès lors que notre intelligence cesse de comprendre, le fait n’a qu’à cesser d’être réel. »

S. Hilaire de Poitiers, La Trinité, III, 20 (traduction par Georges-Matthieu de Durand, Charles Morel et Gilles Pelland, Paris, Cerf, collection « Sources chrétiennes », n. 443, 1999, p. 373).

« Tout refus de la foi est folie. Car la sagesse qui se sert de son intelligence imparfaite, jugeant de tout à l’étalon de sa faiblesse, estime impossible ce dont sa sagesse n’a pas la notion. La cause du manque de foi, en effet, c’est cette décision de la faiblesse, par laquelle on estime n’avoir pas été fait ce qu’on décrète ne pouvoir se faire. »

S. Hilaire de Poitiers, La Trinité, III, 24 (traduction par Georges-Matthieu de Durand, Charles Morel et Gilles Pelland, Paris, Cerf, collection « Sources chrétiennes », n. 443, 1999, p. 383).

« En réalité, entre une raison qui, de par la nature propre qui lui vient de Dieu, est ordonnée vers la vérité et est apte à la connaissance du vrai, et une foi qui se réfère à la même source divine de toute vérité, il ne peut s’élever aucun conflit de fond. »

Jean-Paul II, Rencontre avec les hommes de science et les étudiants à Cologne, 15 novembre 1980 (La Documentation catholique, 21 décembre 1980, n. 1798, p. 1137).

« La foi est […] une réponse intérieure à la Parole de Dieu dans la sphère de la pensée et de la volonté de l’être humain. »

Jean-Paul II, in : Frossard (André), « N’ayez pas peur ! » Dialogue avec Jean-Paul II, Paris, Robert Laffont, 1982, p. 61.

« Une foi d’enfant et de charbonnier, qui fuit la clarté de la raison et maintient une foi pré-pentecôtiste derrière des portes fermées, loin d’être une foi particulièrement intensive, est au contraire une forme très déficiente de la foi, qui ne surestime pas, mais sous-estime la foi. Celui qui est vraiment convaincu de la vérité de la foi, la croit aussi capable de surmonter ses contestations intellectuelles. »

Kasper (Walter), Le Dieu des chrétiens, traduit de l’allemand par Morand Kleiber, Paris, Cerf, collection « Cogitatio Fidei », (n. 128), 1985, pp. 117-118.

« La foi est un acte de l’homme tout entier, et donc aussi un acte de l’intelligence. C’est pourquoi, selon la manière catholique de la comprendre, la foi n’est pas un paradoxe. Ce n’est qu’en tant qu’acte intellectuellement honnête que la foi est digne de Dieu et de l’homme. Dans notre monde d’aujourd’hui, qui est marqué par la science et dont le niveau général de culture s’est considérablement élevé par rapport à des temps plus anciens, l’honnêteté intellectuelle de la foi est doublement importante. Mais comme bien souvent nous, les chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes singulièrement décalés par rapport à notre temps. Mais peut-être ne s’agit-il que de paresse et de crainte face au défi intellectuel. C’est ainsi que beaucoup se replient dans le domaine plus confortable de l’émotionnel, dans les plausibilités du petit groupe familier, ou sur la décision existentielle propre à chacun. Ils évitent la discussion rationnelle et le débat public, et refusent ainsi de donner à la foi cette forme majeure et adulte qu’exige précisément la situation présente, et qui affronte la situation de diaspora non pas par l’enfermement sur soi et la marche vers un nouveau ghetto, mais par le dialogue et le débat. »

Kasper (Walter), La théologie et l’Église, traduit de l’allemand par Joseph Hoffmann, Paris, Cerf, collection « Cogitatio Fidei », (n. 158), 1990, p. 211.

« Même si Dieu se révèle historiquement et manifeste en personne sa volonté, c’est encore la raison qui doit établir le fait de la révélation et en montrer la crédibilité. »

Léonard (André), Le fondement de la morale. Essai d’éthique philosophique générale, Paris, Cerf, collection « Recherches morales », 1991 (édition 2006), p. 244.

« Quand un croyant déconsidère l’intelligence, il faut chercher s’il ne liquide pas ainsi quelque échec personnel dans l’intelligence de sa foi, ou s’il n’entretient pas, pour échapper aux combats qu’elle sollicite de lui, une atmosphère de croyance puérile et irréfléchie dans les chauds refuges des fixations infantiles. Le phénomène est assez fréquent, surtout chez la femme, pour qu’on ait parfois confondu le sentiment religieux et la mentalité pré-logique, ou le goût de l’obscurcissement intellectuel. Le goût de l’intelligence est cependant le signe d’une foi robuste, fides quærens intellectum, une foi qui recherche l’intelligence, qui a soif de lumière plus encore que de chaleur, sachant qu’il n’est de chaleur durable que celle qu’entretient la lumière. »

Mounier (Emmanuel), Traité du caractère, Paris, Seuil, collection « Esprit », 1947, p. 769.

« La Charité, en faisant refluer sa ferveur sur notre Foi, développe nécessairement la curiosité de connaître Dieu. Comment aimer sans être en haleine de pénétrer dans l’intimité de l’ami et de s’y complaire ? Sans doute, la Foi, par son obscurité, pose des bornes à ce désir ; car l’intimité de la connaissance de ce qu’est Dieu en lui-même est réservée à la vision béatifique du ciel ; du moins, ici-bas, la Charité fait-elle porter son désir sur une intelligence de plus en plus précise et pénétrante des données que nous livre la révélation surnaturelle. Dès lors, c’est, dans l’âme aimante, une attention concentrée, une réflexion méditative sur toute vérité qui dénonce quelque chose de Dieu. »

Noble (Henri-Dominique), notes explicatives, in : S. Thomas d’Aquin, Somme théologique. La prudence, Paris, La Revue des Jeunes, 1925, p. 263.

« Notre très sainte religion n’a pas été inventée par la raison humaine, mais Dieu l’a fait connaître aux hommes dans son infinie clémence ; chacun comprend donc sans peine qu’elle emprunte toute sa force à l’autorité de la parole de Dieu, et qu’elle ne peut être ni diminuée ni perfectionnée par la raison de l’homme. La raison humaine, il est vrai, pour n’être pas trompée dans une affaire de telle importance, doit examiner avec soin le fait de la révélation divine, afin d’être assurée que Dieu a parlé, et afin que sa soumission à la parole divine soit raisonnable, comme l’enseigne l’Apôtre avec une grande sagesse. Qui ignore, en effet, qui peut ignorer que la parole de Dieu mérite une foi entière, et que rien n’est plus conforme à la raison que d’acquiescer et de s’attacher avec force à ce qu’a sûrement enseigné ce Dieu qui ne peut ni être trompé ni tromper ? »

B. Pie IX, Encyclique Qui pluribus, 9 novembre 1846 (Lettres apostoliques de Pie IX, Grégoire XVI, Pie VII. Encycliques, brefs, etc., Paris, La Bonne Presse, 1898, p. 181).

« La paresse intellectuelle ne saurait être un hommage à la vérité ; c’est pour le chrétien un péché et une honte. »

Salet (Gaston), introduction à : Richard de Saint-Victor, La Trinité, Paris, Cerf, collection « Sources chrétiennes » (n. 63), 1999, p. 25.

« La raison a des droits, qui sont aussi des devoirs. Un chrétien, s’il n’est pas un “minus habens”, ne peut prendre comme idéal la foi du charbonnier. Le respect pour la vérité révélée demande qu’on cherche à la comprendre ; la conviction qu’elle est pour l’homme la vraie vie exige impérieusement qu’on la trouve et qu’on la possède. »

Salet (Gaston), introduction à : Richard de Saint-Victor, La Trinité, Paris, Cerf, collection « Sources chrétiennes » (n. 63), 1999, p. 35.

« Le malheur de notre temps pourrait peut-être venir du divorce généralisé de la raison d’avec la foi, divorce qui s’avère si profond en tant d’occasions. »

Talvart (Hector), Maurras religieux et suscitateur de foi, La Rochelle, Rupella, 1930, p. 81.


Foi et science

« Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai. C’est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d’une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi : les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu. Bien plus, celui qui s’efforce, avec persévérance et humilité, de pénétrer les secrets des choses, celui-là, même s’il n’en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu, qui soutient tous les êtres et les fait ce qu’ils sont. »

Catéchisme de l’Église Catholique, n. 159

« En réalité, entre une raison qui, de par la nature propre qui lui vient de Dieu, est ordonnée vers la vérité et est apte à la connaissance du vrai, et une foi qui se réfère à la même source divine de toute vérité, il ne peut s’élever aucun conflit de fond. […] Nous ne craignons pas et nous excluons même qu’une science qui se fonde sur des motifs rationnels et procède avec une rigueur méthodologique aboutisse à des connaissances qui entrent en conflit avec la vérité de foi. Cela ne peut se produire que lorsque la distinction des ordres de connaissance est négligée ou même niée. »

Jean-Paul II, Rencontre avec les hommes de science et les étudiants à Cologne, 15 novembre 1980 (La Documentation catholique, 21 décembre 1980, n. 1798, p. 1137).


Nécessité de la foi

« Croire en Jésus-Christ et en Celui qui l’a envoyé pour notre salut est nécessaire pour obtenir ce salut. Parce que “sans la foi … il est impossible de plaire à Dieu” et d’arriver à partager la condition de ses fils, personne jamais ne se trouve justifié sans elle et personne à moins qu’il n’ait “persévéré en elle jusqu’à la fin”, n’obtiendra la vie éternelle. »

Catéchisme de l’Église Catholique, n. 161

« La foi est nécessaire au salut. Le Seigneur lui-même l’affirme : “Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné”. »

Catéchisme de l’Église Catholique, n. 183

« La loi divine oblige les hommes à la vraie foi. De même que l’amour sensible a son principe dans la vision corporelle, de même la dilection spirituelle tient son origine de la vision intellectuelle d’un objet aimable d’ordre spirituel. Cependant la connaissance spirituelle de cet être aimable qu’est Dieu, ne peut présentement être obtenue que par la foi : Dieu est au-dessus de notre raison naturelle, surtout comme objet de la jouissance qui consti-tue notre béatitude. Aussi est-il nécessaire que la loi divine nous conduise à la vraie foi.

« La loi divine gouverne l’homme de telle sorte qu’il soit totalement soumis à Dieu. Or de même que par l’amour l’homme est soumis à Dieu en sa volonté, ainsi par la foi lui est-il soumis en son intelligence, – non certes par une foi en quelque erreur : rien d’erroné ne peut être en effet proposé à l’homme par Dieu qui est la vérité ; aussi celui qui croit à quelque chose de faux, ne croit pas en Dieu. La loi divine conduit donc les hommes à la vraie foi.

« Quiconque se trompe au sujet d’un élément constitutif d’un être, ne connaît point cet être : qui se saisirait d’un animal irrationnel jugeant que c’est un homme, ne connaîtrait pas l’homme. Il en va autrement si l’erreur porte sur un aspect accidentel de cet être. Néanmoins dans le cas des composés, si l’erreur au sujet de l’un de leur principe constitutif n’en permet pas une vraie connaissance, elle en laisse une certaine connaissance : par exemple celui qui prétend que l’homme est un animal non raisonnable, le connaît pourtant sous son aspect générique. Cependant dans le cas d’une réalité simple il n’en saurait être ainsi : toute erreur exclut totalement la connaissance de cet être. Or Dieu est l’être simple par excellence. Aussi quiconque se trompe à son sujet ne le connaît aucunement : tel celui qui croit que Dieu est corporel, ne le connaît pas, mais il imagine quelque chose d’autre que Dieu.

« Cependant un être est aimé et désiré comme il est connu. Qui donc fait erreur sur Dieu ne peut ni l’aimer, ni le désirer comme fin. Puisque la loi divine tend à ce que les hommes aiment et désirent Dieu, elle les oblige donc à posséder de lui une vraie foi.

« Une opinion fausse est dans l’ordre intellectuel ce que dans l’ordre moral est le vice opposé à la vertu : le vrai est en effet le bien de l’intelligence. Or il appartient à la loi divine de proscrire les vices, de même lui revient-il d’écarter les faux jugements sur Dieu et sur ce qui est de Dieu.

« De là il est dit : “Sans la foi il est impossible de plaire à Dieu”. Et avant que tout autre précepte de la loi soit donné, est proposée la foi vraie au sujet de Dieu, quand il est dit : “Entends, Israël : Notre Seigneur Dieu est un Seigneur unique”.

« Cette conclusion exclut l’erreur de ceux qui prétendent qu’il importe peu au salut de l’homme qu’il serve Dieu avec telle ou telle croyance. »

S. Thomas d’Aquin, Somme contre les gentils, III, cxviii (traduction par Marie-Joseph Gerlaud, Paris, Cerf, 1993, pp. 667-668).