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Benoît XVI et le mauvais riche

[5] Ou : De l’urgence de lire et faire lire Judas est en enfer [1]

Benoît XVI a écrit au sujet du mauvais riche figurant dans la parabole dite du Pauvre Lazare [2] qu’il se trouvait « dans le séjour provisoire des morts [3] », interprétation qui lui tient tant à cœur qu’il l’a reprise littéralement dans son encyclique Spe Salvi. Apparemment, selon Benoît XVI, dans cette parabole qui soulève comme aucune autre le voile sur la condition post-mortem de l’humanité, Jésus ne dirait rien de la fin éternelle du mauvais riche, mais ne ferait que reprendre « une conception qui se trouve, entre autre, dans le judaïsme ancien, à savoir la conception d’une condition intermédiaire entre mort et résurrection, un état dans lequel la sentence manque encore [4] ». Pour certains, la lecture de ces lignes accréditerait de l’autorité du Saint-Père la thèse aujourd’hui tant caressée selon laquelle après la mort tout serait encore possible…

Mais comment penser que Jésus se contente d’utiliser une conception encore imparfaite de la Révélation au sujet de la condition humaine post-mortem, alors qu’Il est précisément venu nous révéler « les choses du Ciel [5] » ? « En vérité, en vérité, Je te le dis, Nous parlons de ce que Nous savons et Nous attestons de ce que Nous avons vu ; mais vous n’accueillez pas Notre témoignage [6]. » Jésus sait si bien de quoi Il parle qu’Il indique l’existence d’un abîme séparant le lieu de félicité où se trouve Lazare de celui de tourments où se trouve le mauvais riche, tel qu’il est impossible à quiconque de l’au-delà de le franchir… Et une conséquence de l’existence de cet abîme est qu’il est impossible pour le mauvais riche de recevoir quelque soulagement de sa peine, fût-ce celui d’une seule goutte d’eau posée sur sa langue en feu par Lazare du bout de son doigt ! La nature d’un séjour provisoire est antinomique avec celle d’un abîme infranchissable et celle de l’impossibilité d’un changement.

Si Jésus n’avait fait que reprendre « la conception d’une condition intermédiaire entre mort et résurrection, un état dans lequel la sentence manque encore », comment croire qu’Il utilisât pour décrire cette condition non seulement des caractéristiques propres à la condition infernale, mais encore qu’Il ait enseigné qu’après la mort « la sentence manque encore » ? Jésus aurait-Il donc ignoré la Foi de l’Église catholique selon laquelle « chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du Ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours [7] » ?

[6] D’aucuns penseront rester dans les limites du religieusement correct en pensant que notre Pape a voulu ici simplement faire droit au courant « compassioniste », humanitariste, si partout présent qu’il sait s’émouvoir même des vipères en voie de disparition, et, par le truchement de la prise en considération d’une dernière trouvaille exégétique (faisant ainsi d’une pierre deux coups, par l’honneur rendu aussi à la gente ecclésiastique savante), saper un fondement scripturaire important de la foi en la réalité de l’enfer, laquelle, par les temps qui courent, n’est pas pour plaire à plus d’un… Personnellement, nonobstant la valeur historique que puisse avoir l’allégation de la conception susmentionnée tirée du « judaïsme ancien », ou d’ailleurs, nous nous contenterons de faire remarquer que la prise en considération de cet intérêt est certainement loin de combler l’abîme des dégâts occasionnés pour le salut du peuple chrétien par la négation de la foi catholique telle qu’elle est enseignée dans le Catéchisme de l’Église catholique et dont tous les Pères depuis les origines de l’Église ont témoigné dans leur interprétation de cette parabole, à savoir que « la parabole du pauvre Lazare [parle] d’une destinée ultime de l’âme [8] »… « Ultime » ! Donc pas « provisoire » !…

Notre Pape n’est certes pas sans connaître l’interprétation que donne la foi catholique de la parabole du Mauvais Riche et du Pauvre Lazare. Et s’il faut en apporter la preuve, rappelons qu’à l’Angelus du 30 septembre 2007, c’est-à-dire après la parution de Jésus de Nazareth mais aussi avant celle de l’encyclique, Benoît XVI enseignait que cette parabole montre « comment l’iniquité terrestre est renversée par la justice divine : après la mort, Lazare est accueilli “dans le sein d’Abraham”, c’est-à-dire dans la béatitude éternelle, alors que le riche finit en enfer, “en proie à la torture”. Il s’agit d’un nouvel état de chose sans appel et définitif. C’est donc pendant sa vie qu’il faut se repentir. Le faire après ne sert à rien [9]. »

En conséquence, même si le choix de cette parabole reste évidemment discutable, que ce soit dans Jésus de Nazareth ou dans l’encyclique, le propos de Benoît XVI a certainement été de rappeler l’existence de l’état intermédiaire entre la mort individuelle et le Jugement dernier. Cet état n’est provisoire qu’en regard de son accomplissement parfait lors de la fin du monde par le Jugement dernier, la séparation des élus et des damnés avec leurs sorts éternels respectifs étant établis dès le départ de cette vie. Faut-il rappeler la nécessité du Jugement dernier si déjà l’âme est jugée à sa mort ? Le Jugement dernier permettra de donner l’exacte mesure des mérites ou de la culpabilité de chacun de nos actes dont les conséquences peuvent se prolonger pour certains jusqu’à la fin du monde… Prise en considération nécessaire pour donner la sentence d’un jugement qui, pour être alors parfaitement juste et définitif, sera éternel. « C’est donc pendant sa vie qu’il faut se repentir. Le faire après ne sert à rien. »

1. Pagès (Guy), Judas est en enfer. Réponses à Hans Urs von Balthasar et à Hans-Joseph Klauck, Paris, François-Xavier de Guibert, 2007.

2. Cf. Lc 16 19-31.

3. Benoît XVI, Jésus de Nazareth. 1. Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration, traduit de l’allemand par Dieter Hornig, Marie-Ange Roy et Dominique Tassel, Paris, Flammarion, 2007, p. 241. Les italiques sont de nous.

4. Benoît XVI, Lettre encyclique Spe salvi, 30 novembre 2007, n. 44 (La Documentation catholique, n. 2393, 6 janvier 2008, p. 34). Les italiques sont de nous.

5. Jn 3 12.

6. Jn 3 11.

7. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1022. Les italiques sont de nous.

8. Ibid., n. 1021. Les italiques sont de nous.

9. Zenit, 30 septembre 2007.