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De la fidélité et de l’amour

Il y a quelques mois, j’ai vu la couverture d’un magazine qui titrait : « On a découvert le gêne de l’infidélité ! » Autrement dit : vous ne pouvez pas ne pas être infidèle ! C’est inscrit dans vos gènes ! Ne vous gênez donc pas ! Et comme d’habitude, on faisait avaler le mensonge en l’enrobant de la respectabilité de la vérité dite scientifique ! Comme si l’infidélité n’était pas liée à l’amour, et l’amour à la liberté ! On vous traite comme des robots, des animaux privés de liberté parce que soumis au déterminisme de leur nature, et on vous demande par-dessus le marché de vous persuader que vous êtes heureux ainsi !

L’infidélité n’est pas seulement l’adultère physique auquel on pense généralement tout de suite, puisqu’il suffit déjà d’un regard de concupiscence pour le commettre [1]… mais elle est d’abord un manque de chasteté, c’est-à-dire de pureté du cœur, non unifié dans l’accomplissement de la seule Volonté divine. Et on peut être infidèle de bien des façons : en continuant à mener sa vie de célibataire, en vivant à côté de son conjoint sans tenir compte de lui… donnant trop d’importance à son travail, ses enfants, sa voiture, son engagement associatif, et même une certaine façon de vivre sa foi…

Il faut savoir garder la hiérarchie des valeurs. Par le mariage, le conjoint devient le prochain le plus proche, celui qui ne fait plus qu’un avec soi, que je dois donc aimer comme moi-même. C’est pourquoi l’amour conjugal doit primer sur tout autre amour humain, qu’il soit filial ou même parental.

La fidélité n’est pas livrer une guerre d’usure à l’ennui. Ce n’est pas s’engager à ne pas se quitter, faire du surplace, mais tout faire pour rester ensemble ! C’est dynamique ! C’est s’engager à devenir chaque jour meilleur afin d’offrir à son conjoint un émerveil[4]lement et une joie sans cesse renouvelés, et l’aider à être heureux sur le sentier de la vertu et de la sainteté ! La fidélité est inventive, créatrice face aux obstacles qui se présentent. Elle sait s’adapter ! Otto von Bismarck écrivait à sa jeune épouse : « Madame, mettez-vous bien dans la tête, que je ne vous ai pas épousée parce que je vous aimais, mais pour vous aimer. » Vivre la fidélité suppose un engagement de la volonté qui donne son mérite à l’amour. Être amoureux est un état, on n’y peut rien. Aimer est un acte [2]. Aimer, c’est vouloir aimer, et pas seulement en ressentir l’attirance, le désir. D’ailleurs, la fidélité n’empêche pas d’être attiré par d’autres, mais d’être dominé par ces attirances. C’est un chemin de liberté à choisir de nouveau chaque jour, et spécialement lorsqu’apparaît une tentation. La fidélité me libère de mes envies d’un moment, de mes sentiments superficiels, pour me rattacher à ce qui en moi est profond et dessine mon visage d’éternité.

Ce qui fait qu’un couple marié à l’Église est capable de tenir sa promesse de fidélité jusqu’à la mort, c’est que chaque époux, à l’école du Christ – dont l’un des noms est, justement, « fidèle et vrai [3] » –, ne cherche pas son propre bonheur, mais celui de son conjoint. En bénissant dans le mariage la donation irrévocable des époux à vouloir le bonheur de leur conjoint, l’Église les croit capables d’un engagement plus fort que toutes les circonstances changeantes de la vie, d’un amour qui ne dépend pas de l’évolution de leurs sentiments, ni des difficultés imprévisibles de la vie commune, elle les croit capables d’un « oui » de qualité divine, par la grâce du sacrement reçu saintement…

Et pour illustrer cela, voici la tragique mais si belle histoire de ce jeune foyer dans lequel l’épouse n’avait rien trouvé de mieux à faire que d’aller faire un enfant avec un homme qui n’était pas le sien… et qui n’avait rien trouvé de mieux à faire ensuite que de raconter à l’un et à l’autre ce qui était arrivé… Le mari, brave homme, lui pardonne, et reconnaît l’enfant. Mais voilà que lorsque le petit avait déjà quelques années, le père biologique se met en tête de demander un droit de visite… Et les juges… de le lui donner ! Aussi, chaque mois : driiiiiiiiing ! À la face du soleil, devant tout le monde, comme un couteau sans cesse retourné dans la plaie, est rappelé que Madame a trompé son mari, que maman est une s…, que papa n’est pas mon papa, et que si lui n’obéit pas à papa, pourquoi moi j’obéirai… Autrement dit, la famille éclatée, impossible de recoller les morceaux ! Envolé à jamais le rêve d’une vie de famille heureuse ! Le mari est alors tombé en dépression, a perdu son travail, et m’a dit : « Si je n’ai pas tué ma femme, si je ne me suis pas suicidé, c’est parce que je me suis dit : C’est Dieu qui nous a unis, et je n’ai pas le droit de défaire ce que Dieu a fait »… Voilà ce dont est capable une fidélité puisée au Cœur de Jésus ! Voilà ce que « aimer » veut dire ! L’enjeu de nos vies consiste à devenir digne d’aller au Ciel, en faisant la preuve que nous aimons. Et cette preuve, c’est la fidélité. Car seul l’amour est fidèle. Celui qui n’aime pas ne restera pas fidèle. C’est pourquoi on appelle les chrétiens pratiquants : « les fidèles ».

Beaucoup accusent l’Église de ne pas s’adapter à l’évolution des mœurs, d’être dure et intolérante, de ne pas comprendre la souffrance de certaines situations ; en fait, l’Église catholique, seule parmi toutes les religions existantes à ne pas reconnaître le divorce, annonce cette bonne nouvelle que l’amour existe, que la fidélité est possible, par la grâce de Dieu toujours fidèle à Ses promesses de bonheur pour qui aime jusqu’à la mort de la croix…

Le premier moyen pour rester fidèle est donc la prière qui nous unit à Dieu. Autrefois, on ne voyait pas de divorces comme aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que les familles priaient. Elles avaient conscience que l’amour vient de Dieu et doit nous ramener à Dieu, qu’il ne peut donc se vivre sans Dieu. Par leur prière, elles faisaient un rempart autour de leur foyer pour empêcher Satan de venir le détruire. Le pape Pie XII disait : « Une famille qui prie est une famille qui vit [4] », et Jean-Paul II : « La famille qui est unie dans la prière demeure unie [5]. »

Le deuxième moyen est le dialogue. Lorsqu’un couple cesse de dialoguer, c’est le commencement de la fin. Comment mieux dire à son conjoint que l’on est fidèle, que l’on continue à lui donner notre vie, qu’en lui donnant de notre temps ? Quel formidable moyen de désamorcer incompréhensions et frustrations ! Être fidèle, c’est travailler à entretenir et faire grandir son amour et cela s’exprime par l’attention. « L’important, [5] c’est la rose ! » dit la chanson de Gilbert Bécaud. La fidélité se joue et se gagne dans les petites choses de la vie quotidienne.

Le troisième moyen est le pardon. L’amour est don sans retour, à l’exemple du Christ qui nous aime inconditionnellement. Pardonner, c’est refuser de réduire l’autre à son infidélité ! Pardonner, c’est la victoire de l’amour !

Que dans cette victoire le Christ nous entraîne, Lui qui nous a dit : « Voici quel est Mon commandement : vous aimer les uns les autres comme Je vous ai aimés [6]. »

Sa grâce et Sa paix soient avec vous !

1. Cf. Mt 5 28.

2. Cf. Rougemont (Denis, de), L’Amour et l’Occident, Paris, Plon, 1972 (édition 1979, collection « 10/18 »), p. 335 : « Être amoureux n’est pas nécessairement aimer. Être amoureux est un état, aimer, un acte. On subit un état, mais on décide un acte. »

3. Ap 19 11.

4. Pie XII, Allocution aux paroissiens de Centocelle, 13 décembre 1953.

5. Jean-Paul II, Lettre Rosarium Virginis Mariæ, 16 octobre 2002, n. 41 (La Documentation catholique, n. 2280, 17 novembre 2002, p. 968).

6. Jn 15 12.