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Oh, la barbe !

Je l’ai rasée hier. J’ai eu ensuite beaucoup d’occupations ; elle en a profité pour repousser.

Je devrais être habitué : elle me fait le même coup tous les jours.

Cette barbe me fait penser à Oscar, un vieux copain qui n’hésite pas à me faire ses confidences. Il a une voix ravissante. Quand il s’y met, les voisins ferment la fenêtre pour ne pas tomber sous le charme. Tu te demandes ce que la voix d’Oscar vient faire dans les poils de ma barbe. Patience, nous les retrouverons en conclusion (les poils ; et aussi Oscar).

En principe, les voisins auraient pu dormir tranquilles samedi matin : Oscar avait la flemme ; chanter lui aurait coûté, pensait-il, un gros effort.

Puis il s’est dit : Dieu ne m’a pas confié ce trésor pour que je l’enferme dans un coffre. Je chanterai donc les louanges de Dieu. Le voilà donc parti : « Mon âme, ô Dieu, vous loue et glorifi-i-i-ie, … »

Après la dernière vocalise, il a recommencé pour le plaisir de s’entendre. Cela le consolait de ce dépit qu’il avait éprouvé la veille, en écoutant à la paroisse le soliste de la chorale.

Puis il s’est dit : « Si Nathalie m’écoutait… » Il la voyait comme si elle y était ; le cœur lui battait ; il en oubliait de chanter.

Alors, pour se remettre d’aplomb, il s’est versé un petit verre de goutte ; et pour en assurer l’effet, il s’en est offert un second. Il aurait bien continué s’il n’était pas si près de ses sous.

Et soudain, ses belles intentions du départ lui sont revenues en mémoire en même temps que le facteur sonnait à la porte. Il a ouvert au fonctionnaire et lui a dit sur un ton renfrogné : « C’est pas des heures ! »

Entre nous, et ne va pas le lui répéter, Oscar à tous les vices. Moi aussi d’ailleurs ; mais cela, ne le répète à personne. Ils n’ont pas, chez lui et chez moi, la même proportion : je bois plus qu’il ne boit. Il est beaucoup plus flemmard que moi. Il est d’ailleurs beaucoup plus tout le reste que moi.

Oscar devrait réagir davantage. Réaction = victoire. Moi, je réagis. Regarde comme je serre des dents. Regarde comme je bombe le torse. Hélas, regarde aussi comme sans effort je fanfaronne.

Et c’est là qu’on retrouve les poils de ma moustache : à la fin de mon petit article, et chaque matin sur ma frimousse.

Mais laissons de côté ma barbe à laquelle je tiens finalement. Mes vices, tout capitaux qu’ils sont, finiront peut-être par perdre vigueur à force de rasoir. J’ai dit : « à force ».

Sainte Madeleine en avait un paquet au départ. À l’arrivée, l’horizon se montrait plus serein.

P.S. Je me suis laissé dire que depuis quelque temps, Oscar perdait parfois le fil de ses cantiques. Quelqu’un l’a vu l’autre jour, devant sa partition, comme absorbé. Ce quelqu’un a l’oreille fine ; il a cru entendre le gars qui se murmurait lentement ces mots du curé d’Ars : « Oh, que je voudrais pouvoir me perdre et ne jamais me retrouver qu’en Dieu [1] ! »

1. Cf. Monnin (Alfred), Le Curé d’Ars, Paris, Douniol, 1861 (2e édition), t. II, p. 478.