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Le bon soldat

C’est le titre d’un cantique du Père de Montfort [1].

L’évêque de La Rochelle lui avait demandé de prêcher dans sa ville trois missions simultanées. Une pour les dames, une pour les messieurs, et la troisième pour les soldats de la garnison. La triple opération se termina par une procession gigantesque. Les femmes défilaient à gauche, les hommes marchaient à droite, et les soldats au milieu (le bon Père craignait-il des affrontements ?).

Officiers et hommes de troupe, drapeaux et fanfares, les chants, les musiques, tout intervenait à son tour. Bref, le déroulement était impeccable, l’organisation parfaite. Le prédicateur avait le chic.

Rien à voir avec la Foire du Trône.

Beaucoup des soldats ne savaient pas lire. Montfort leur fournit en la circonstance et pour la vie, sous forme de chant, un examen de conscience adapté.

Notre saint était toujours fourré chez les Jésuites ; on ne peut pas lui en vouloir : ils l’avaient toujours soutenu et je crois bien qu’ils étaient à peu près les seuls. Avec un peu de flair, les troupions de La Rochelle auraient pu reconnaître les Exercices de saint Ignace, et plus précisément la méditation qui porte ce titre : L’appel du Roi [2].

On peut penser qu’ils sont au Ciel depuis longtemps (je ne parle pas des Jésuites mais des troupions), et le cantique ne leur est plus utile. Mais j’ai décidé d’en faire mon profit. Imaginez que je suis le bon soldat. C’est tout juste si je sais lire et je suis à peine dégrossi.

Je ne vous citerai pas toutes les strophes : certaines me font rougir. La première me suffira probablement (avec un petit commentaire).

« Je suis un soldat courageux,
« Je sers, avec le roi des Cieux,
« Un monarque invincible. »

Je vous avais caché que je suis courageux mais certains ont fini par s’en douter.

Par ailleurs, il y a des minables qui servent dans les armées qui se font battre. Ce n’est pas mon cas.

« Sous la croix et les fleurs de lis, »

En fermant les yeux, je m’y vois comme si j’y étais.

« Je suis partout tout à la fois, »

De tous les côtés, l’ennemi me tombe dessus : les danses, les jeux, les cabarets, les mauvais lieux, le whisky, le pastis et le coca-cola.

« Je combats tous mes ennemis ;
« Bon chrétien et soldat françois, »

« François » n’est pas mon nom. Tu dois lire « français ». On écrivait ainsi à l’époque. Et puis, il faut bien sauver la rime.

« Ce qui me rend terrible. »

Pense à sainte Jeanne d’Arc qui faisait se confesser ses soudards avant chaque bataille. Ensuite, on ne voyait plus des Anglais que le dos.

1. Cf. S. Louis-Marie Grignion de Montfort, Œuvres complètes, Paris, Seuil, 1966, pp. 1387-1390.

2. Seconde semaine des Exercices spirituels (points 91-100).