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La Messe

Voici ce qu’écrivait sainte Thérèse Couderc, la fondatrice du Cénacle :

« Je me disposais à commencer ma méditation, lorsque j’ai entendu le son de différentes cloches qui appelaient les fidèles à l’assistance des divins mystères. Dans ce moment j’ai désiré m’unir à toutes les messes qui se disaient et ai, pour cela, dirigé mon intention afin d’y participer. Alors j’ai vu, d’une vue générale, tout l’univers catholique, et une multitude d’autels où s’immolait en même temps l’adorable victime : le Sang de l’Agneau sans tache coulait en abondance sur chacun de ces autels qui me paraissaient environnés d’une fumée fort légère qui s’élevait vers le Ciel. Mon âme était saisie et pénétrée d’un sentiment d’amour et de reconnaissance à la vue de cette satisfaction abondante que Notre-Seigneur offrait pour nous. Mais j’étais aussi dans un grand étonnement de ce que le monde entier n’en était pas sanctifié. Je demandais comment il se faisait que le Sacrifice de la Croix n’ayant été offert qu’une seule fois ait été suffisant pour racheter toutes les âmes et que renouvelé tant de fois il ne suffisait pas à les sanctifier toutes. Voici la réponse que j’ai cru entendre. Le sacrifice est sans aucun doute suffisant pour la sanctification d’un million de mondes ; mais les âmes manquent de correspondance et de générosité [1]. »

La Mère Couderc nous transporte à Montpellier en 1864. En ce temps-là, à la messe, on ne devait, semble-t-il, se méfier que de soi-même. Se rendre à l’église chaque dimanche, s’unir au sacrifice avec foi pour en recueillir tous les fruits, pouvait conduire très loin, ou plutôt très haut. Il arrivait bien au célébrant d’avoir des tics ; le sermon était souvent trop long, parfois soporifique ; les paroissiens n’avaient pas laissé leur odeur à la porte ; que sais-je encore ? Mais qu’on se mît dans les dispositions requises et Notre-Seigneur ne gaspillait ni son amour ni son sang.

De nos jours, il paraît que c’est une autre affaire. Comment se disposer parmi tout ce bruit ? La messe n’a pas cessé d’être la présence du Calvaire. Or, bien souvent on y chante, on y crie, on y cause ; on y crie plus qu’on y chante. Et il n’est pas sans se faire entendre d’étranges discours.

Dans les rares moments d’accalmie, il nous semble percevoir la voix du Sauveur doux et humble : « Continuez, je vous en prie ; ne vous dérangez pas ; vraiment, je ne fais que passer ! »

Pourtant, ce qu’écrit sainte Thérèse Couderc n’a pas vieilli ; ce n’est pas devenu moins vrai avec le temps. En un sens, c’est plus vrai encore. Non pas qu’à la messe le Calvaire soit plus présent qu’autrefois, mais les fruits sont devenus plus rares ; les âmes manquaient de correspondance : elles en manquent davantage. Il faut avouer, je me répète, que c’est devenu un sport difficile.

Dieu nous fait finalement beaucoup d’honneur : au siècle dernier, il fallait aux Chrétiens beaucoup de générosité ; il nous en est demandé plus.

À la question : « Pourquoi l’Église romaine est-elle sainte ? », le catéchisme répond, entre autres choses : « Parce que sa doctrine et ses sacrements sont saints ». Les sacrements peuvent bien être administrés n’importe comment, ils ne laissent pas d’être saints. Et il est toujours en mon pouvoir de les bien recevoir ; de les recevoir saintement.

Tout cela pour en venir à quoi ?

À ceci d’abord : l’assistance à la messe du dimanche demeure une obligation grave. Nous devons cela à Dieu. Et c’est bien le moindre.

Ceci posé, et puisqu’en ce temps il nous est demandé plus qu’en d’autres, donnons plus. En ce monde, les besoins spirituels sont immenses, plus grands qu’ils n’ont jamais été. N’ayant jamais été si perdus, nous n’avons jamais eu un tel besoin de salut. Et la messe est le sacrifice qui nous sauve.

Nous choisirons bien sûr le lieu et l’heure. L’un et l’autre nous seront peut-être moins commodes. Qu’est-ce que cela fait ? Le jeu en vaut la chandelle.

Pendant l’office, nous nous comporterons avec beaucoup de sérieux ; nous veillerons à la tenue ; bien souvent, c’est tout ce que nous pourrons faire : à défaut de recueillement intérieur, nous organiserons le recueillement physique.

Pour fixer notre attention sur les textes, ces textes que propose l’Église, nous pourrons nous munir d’un livre. Il paraît qu’on n’en a plus besoin si tout est en français. Je n’en suis pas certain : le livre nous aidera à nous distraire du lecteur (ou de la lectrice).

Cette pauvre bonne volonté nous obtiendra tout ce qui nous manque, c’est-à-dire tout.

[6] En cette courte vie, nous ne voyons pas toujours ce que Dieu attend de nous (peut-être nous aveuglons-nous sans nous l’avouer). Quand cette volonté divine nous paraît claire, elle nous rebute. Et dès que nous l’aimons un peu, voici que surgissent les obstacles.

Quelqu’un veut notre perte.

Mais Quelqu’un aussi veut notre salut ; Quelqu’un qui nous aime, qui est assez puissant pour former en nous le vouloir et le faire [2].

Quelqu’un qui a payé le prix.

1. Ste Thérèse Couderc, « Se livrer » ; cf. Perroy (Henry), Une grande humble. Marie-Victoire-Thérèse Couderc. Fondatrice du Cénacle (1805-1885), Paris, Beauchesne, 1928 (5e édition), pp. 192-193.

2. Cf. Ph 2 13.