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Les vertus théologales

Je suis, paraît-il, un animal raisonnable. Par le baptême, je suis devenu fils de Dieu ; le sacrement m’a, pour ainsi dire, divinisé. Et pourtant, je n’ai pas cessé d’être l’animal que j’étais, et je suis resté raisonnable dans la petite mesure où je l’étais.

Je suis donc une petite bête (ou une grosse). Elle voit certaines choses, en entend d’autres. Elle flaire, elle palpe, elle va parfois jusqu’à goûter. Et quand elle est satisfaite, elle en reprend. Bref, elle fait usage de ses sens et agit en conséquence. Si elle n’était que petite bête, il lui arriverait de trop manger, de trop boire, de trop dormir, de ne pas faire grand-chose. Pour maintenir ce style, il lui arriverait parfois de se battre.

Je résume. L’animal prend connaissance des réalités. Si elles lui plaisent, il fait tout son possible pour se les procurer.

Quand c’est chose faite, il les savoure : c’est sa béatitude.

L’homme que je suis, cette créature raisonnable, ne procédera pas autrement ; mais puisqu’il n’est pas n’importe quel animal, il fait intervenir la réflexion. Je vais donc mettre un peu d’ordre dans mes instincts : je ne mangerai qu’à certaines heures et pas n’importe quoi. De repos je prendrai ce qui me paraît suffisant, pas davantage. La distraction, les exercices ayant leur part de mon temps, mais aussi le travail, car il est dans ma nature de travailler, et qu’il me faut bien gagner ce qui permet le reste. On dira de moi : « Il boit ». Mais on ajoutera sur un ton admiratif : « Seulement jusqu’à un certain point ».

Et cette âme, qui fait de moi un être raisonnable, réclame aussi sa nourriture. Je lui donnerai satisfaction, mais sans excès : je développerai ma mémoire et formerai mon jugement ; j’apprendrai les belles manières et me ferai la réputation (méritée) d’un homme de goût.

La bête n’en mourra pas, mais se trouvera disciplinée. Les instincts seront mis au pas. Sachant que je suis le maître des créatures, je comprendrai que la première qu’il me faille mater, c’est moi. Mes sens seront plus utiles que jamais, mais je juge les renseignements qu’ils me fournissent ; j’opère un tri, je décide ce qui m’est meilleur. Je manie le pronom personnel ; je suis une personne, en un mot, je suis raisonnable. Mon bien n’est peut-être pas cette immédiate satisfaction : je l’entrevois plus loin, qui exige certains sacrifices. Et pour obtenir ce bien, ces sacrifices ne me font pas reculer.

Il en est qui sont plus bêtes que raisonnables.

Et il en est qui sont trop raisonnables : ce sont ceux dont le royaume est de ce monde.

Les premiers n’aiment que le plaisir : leur royaume est sous la terre. Les seconds recherchent les honneurs, la gloire. Tous ont le culte de l’argent qui peut procurer les plaisirs, les honneurs et la gloire.

[6] Le chrétien que je suis a reçu de Dieu le don précieux de la Foi ; elle est comme un autre regard. Je continue de voir, des yeux de mon corps, cette belle créature qui fut mise à mon service. Le baptême ne m’a pas rendu sourd. Je sais toujours ce qui m’est agréable (ou déplaisant) au toucher. Le parfum des fleurs ne m’est pas devenu indifférent, pas plus que la saveur des aliments. Mais la Foi me fait contempler, et même d’une certaine façon goûter, d’autres réalités, des réalités supérieures : le mystère de Dieu, la cause du mal, la source empoisonnée des vices, le monde des esprits, le plan de Dieu sur moi ; et puis cet autre plan de Dieu plus beau que le premier qu’avait ruiné le péché de nos premiers parents. La Foi me découvre aussi l’amour de Jésus pour moi : le Fils de Dieu qui se fait homme, qui souffre la Passion, qui meurt sur une croix.

Elle me montre le Ciel qui m’attend, me promet les secours divins. Mon vrai bonheur, je le sais, n’est pas sur la terre. Et voilà l’Espérance.

Mais que rendre à ce Dieu qui m’a tant témoigné d’amour ? Comment ne pas chercher à Lui plaire ? Comment ne pas travailler à l’acquisition des biens qu’Il me destine ; de ce bien qu’Il me destine et qui n’est autre que Lui-même ? C’est maintenant la Charité, cet instinct surnaturel qui me fait préférer Dieu, Sa volonté. D’abord pour Lui plaire, c’est le moindre de la reconnaissance ; ensuite parce qu’il y va de mon intérêt, de mon éternité.

L’Éternité !

Si l’homme que je suis, cette créature raisonnable, n’est pas toujours d’accord avec l’animal que je reste, il arrive aussi au chrétien que je suis devenu de voir les choses à sa façon, qui est la façon de Dieu. Il y a des conflits. C’est en ce sens que saint Paul parle du vieil homme et de l’Homme nouveau [1]. De toutes manières, le premier mourra. Donnons donc résolument la préférence à l’autre.

D’ailleurs, perdre sa vie, c’est la gagner même en ce monde. Mes instincts n’ont pas été créés mauvais : ils ont été déréglés. Ma raison mérite l’estime, mais elle est courte, et depuis le péché, mon jugement n’est plus toujours juste. La Vie surnaturelle, la vie de Foi, d’Espérance et de Charité remet les choses en place ; je me retrouve sur les rails. C’est un petit profit pour ce temps.

Mais « le temps n’est rien », disait le saint Curé d’Ars [2].

1. Cf. Ep 4 22-24.

2. On n’a pu localiser cette citation, qui est plus vraisemblablement extraite de l’« Offrande de moi-même comme Victime d’Holocauste à l’Amour Miséricordieux du Bon Dieu » de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face (Œuvres complètes, Paris, Cerf/DDB, 1992, p. 964).