Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus !
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Pénitence, pénitence…

On m’a demandé de vous parler de la pénitence. Le sujet n’est pas très aimable, et la Sainte Vierge s’y prendrait sûrement mieux que moi. Nous allons donc nous transporter à Lourdes en 1858, c’est-à-dire au moment des apparitions. Nous ne perdrons aucune des paroles de Notre-Dame. Surveillons ses gestes. Suivons ses regards.

  1. Avec Bernadette, apprenons de Marie à faire le signe de la croix. À force de le bien faire, nous en prendrons l’esprit : le Chrétien suit Jésus sur un chemin difficile. En principe, il ne s’assied pas. Il est par définition sur la route. « Je suis le Chemin [1] », dit Jésus. La pénitence, c’est avant toutes choses cette vaillance-là.

  2. À la troisième apparition, la voyante présente à la belle Dame une plume, un encrier et du papier. Quelqu’un lui avait conseillé de le faire. La Vision sourit : « Ce que j’ai à dire, il n’est pas nécessaire de la mettre par écrit ».

    Quand Dieu nous parle, quand Marie nous parle, c’est à nos cœurs qu’ils s’adressent. On pense à ces mots que saint Louis-Marie de Montfort adressait aux Amis de la Croix : « Que l’Esprit donc du Dieu vivant soit comme la vie, la force et la teneur de cette lettre ; que son onction soit comme l’encre de mon écritoire ; que la divine croix soit ma plume, et que votre cœur soit mon papier [2] ».

    Il est donc une pénitence qui m’est bien nécessaire, et bien difficile par ce mauvais temps : fuir le bruit, les bavardages ; en finir avec la curiosité. Ne chercher à savoir que pour mieux servir, et donc mieux aimer.

  3. C’est au cours de la même apparition que Bernadette s’entend dire : « Je ne vous promets pas de vous faire heureuse en ce monde, mais dans l’autre ». Les mêmes paroles austères nous sont adressées, mais comme nous ne sommes pas sainte Bernadette, elles ont besoin de ce complément : « Si vous êtes dociles ; et de toutes façons, ce n’est pas en cherchant à être heureux que vous le deviendrez. C’est même plutôt le contraire ».

    Vous me reprocherez peut-être de faire parler la Sainte Vierge quand elle ne dit rien. Mais c’est parce que je la connais.

    Sainte Thérèse de Lisieux disait à une de ses novices : « Vous ne cherchez que le bonheur. Le jour où vous ne le chercherez plus, vous le trouverez [3] ». Ce ne sont pas les termes exacts, mais le sens y est. Il s’agit d’un autre bonheur, c’est vrai : surnaturel, supérieur, et qui évoque davantage le mot « conquête » que le mot « vacances ».

  4. La troisième apparition, toujours. Notre-Dame s’adresse à l’enfant dans les formes : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? »

    « Me faire la grâce ». N’est-ce pas étonnant ? Les visites sont réclamées comme un cadeau. La petite était toute innocente, mais n’en savait rien (« Oh, j’en ai des péchés ! », s’écriera-t-elle un jour). Elle dut se sentir bien confuse.

    Et moi qui suis tout crotté. Ma Mère du Ciel me demande la grâce de la fréquenter.

    Si vous vous estimez fétides, c’est très bien. Ça aussi, c’est la pénitence. Mais ne couchez pas là-dessus : on vous demande en grâce d’approcher. Ne refusez pas ce cadeau. Venez, non pas pendant quinze jours, mais tous les jours jusqu’au dernier.

    Ne refusez pas ce cadeau ! Le cadeau de qui à qui ?

    Marie est le refuge des pécheurs. Ce n’est bien sûr pas le péché qu’elle aime. C’est le pécheur, dont elle veut et peut faire un saint.

  5. Sixième apparition. Bernadette répète après la Dame, en se tournant vers la foule : « Pénitence… Pénitence… Pénitence ! » Il nous faut obtenir la miséricorde de Dieu pour les pécheurs (dont nous sommes). Il nous faut réparer, dans une petite mesure, le mal commis. C’est Jésus qui est le Grand Pénitent. Mais il ne veut pas agir seul. Il me semble l’entendre, comme au Jardin des Olives : « Simon, tu dors [4] ! » Dans la circonstance, Simon, c’est moi.

    Or, je ne suis pas un aigle. Il ne sera donc pas question de ces terribles mortifications dont on voit le récit dans la vie des saints. Un peu d’imagination et beaucoup de bonne volonté feront toute l’affaire. En un sens, plus c’est facile, mieux c’est, puisque je ne suis pas un aigle. Et Dieu s’intéresse à l’intention plus qu’au reste. Je peux par exemple ne rien prendre entre les repas, ne pas boire tout de suite, ne pas chercher à savoir ce dont je n’ai que faire ; je puis rendre tel petit service, surtout s’il ne me prend pas trop de temps. Bref, j’ai des enfants à nourrir : les âmes [6] sont dans le besoin, et je n’aurai pas le cœur de les abandonner dans cette nécessité.

  6. Neuvième apparition : « Allez boire à la fontaine et vous y laver ». On pense à l’Évangile selon saint Jean : « Un des soldats lui perça le côté avec sa lance, et aussitôt, il sortit du sang et de l’eau [5] ». L’eau du côté, c’est la grâce des sacrements. Le sang de Jésus lui ouvre la voie. Et la pénitence (encore elle !) est un sacrement.

    Le curé de Lourdes prit son temps avant de donner sa foi aux apparitions. Il commença à se poser des questions aux approches de la fête de Pâques : jamais les confessionnaux de la paroisse n’avaient été assiégés à ce point.

    C’est que Marie a le sens des responsabilités : « Femme, voici ton fils [6] ». Elle me prend par la main ; elle me montre le prêtre qui réconcilie avec Dieu. Elle me voudrait fidèle. « Celui qui boit de cette eau, me dit-elle, aura encore soif [7] ».

    Jésus l’intéresse, bien sûr parce qu’il est Dieu, parce qu’il est son Fils. Mais il l’intéresse aussi pour moi ; parce qu’il est Jésus ; parce qu’il est Sauveur. Elle veut pour lui une chapelle, des processions. Elle lui veut des églises, des tabernacles, des cœurs purifiés, nouveaux, pénitents.

  7. C’est le jour de l’Annonciation, 25 mars, que la Dame du Rocher révèle son nom : « Je suis l’Immaculée Conception ».

    Il existe des êtres répugnants, qu’on évite pour n’en pas être souillé ; pour n’en pas prendre la mauvaise odeur.

    Avec Marie, c’est tout le contraire. Quand je la fréquente, quand je l’approche, je me trouve purifié. Elle change mon cœur, elle me simplifie. Elle m’établit dans un mélange de confusion et de confiance, et cet état d’esprit, c’est encore la pénitence. Je me demande si ce n’est pas justement cela qui la décrit le mieux.

Vous pensez peut être que la pénitence m’a servi de prétexte pour parler de la Sainte Vierge ; que j’en aurais fait de même si on m’avait suggéré un autre titre.

Peut-être.

En tout cas, je n’en ai aucun remords. Quand on parle de Notre-Dame, on ne sort jamais du sujet.

1. Jn 14 6.

2. S. Louis-Marie Grignion de Montfort, Lettre circulaire aux Amis de la Croix, n. 1 (Œuvres complètes, Paris, Seuil, 1966, p. 221).

3. Cette citation n’a pu être localisée.

4. Mc 14 37.

5. Jn 19 34.

6. Jn 19 26.

7. Jn 4 13.