Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus !
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Entre le bœuf et l’âne

Je me suis rendu à la Crèche avec mes deux inséparables : le Bœuf et l’Âne. Ce que j’admire surtout chez le premier, c’est son côté très physique. L’Âne m’intéresse davantage par sa conversation ; je n’en perds pas une bouchée. Prier avec eux me semblait l’idéal.

Nous voici donc tous les trois devant l’Enfant Jésus. Si mes souvenirs sont exacts, la prière doit comporter un ou plusieurs de ces quatre éléments : l’adoration, l’action de grâce, le regret des fautes et la demande.

L’adoration, c’est l’obéissance, c’est le sacrifice. Pour l’obéissance, mes amis sont imbattables : ils sont ce que Jésus attend d’eux. Moi, pas toujours. En revanche, ils ne semblent pas souffrir du froid. Ce n’est pas mon cas. Je pourrais adorer si j’avais le cœur moins dur.

Pour l’action de grâce, zéro pour eux et zéro pour moi. Mais Jésus ne leur en veut pas. De moi, Il attendait davantage.

J’ai toujours remarqué que mon ami le Bœuf fréquentait sans problèmes le champ de nos voisins. Aucun problème, ni avant l’opération, ni pendant, ni après. De son côté, son compagnon ne se prive pas, si j’ose dire, de faire sa tête de cochon, et il n’en est plus jamais question ensuite. Quant à moi, il m’arrive d’éprouver quelques remords ; de moins en moins fréquemment, il est vrai, car je m’empresse de les étouffer. Nous sommes à peu près faits pour nous entendre tous les trois.

Eux ne demandent rien. Je n’arrête pas de réclamer. Mais vous ne saurez rien du détail : c’est mon affaire et j’ai un peu honte.

Prier c’est, dit-on, parler à Dieu. Or leur vocabulaire est très limité. Heureusement, il existe une meilleure définition : la prière est l’élévation de notre âme vers Dieu [1]. Mais cette fois, c’est encore plus grave : ils n’ont rien à élever. On peut prier sans paroles et c’est même plus beau. C’est alors Dieu qui parle, m’a-t-on dit. Mais si je n’ai rien à élever, ou si Dieu n’a rien à tirer ! Ah mes pauvres vieux copains ! Quand mon voisin de droite rumine, ce n’est pas la parole de Dieu qu’il rumine. Quand mon voisin de gauche dresse l’oreille, ce n’est pas pour mieux entendre la voix si douce de son Créateur.

Petit Jésus, je Vous adore. Vous êtes là tout-petit, mais sans Vous je ne suis rien, deux fois rien : Vous m’avez tiré du néant et vous me rétablissez dans votre amitié par votre présente humiliation. Je vous remercie pour les bœufs, pour les ânes, pour les mouches qui les empêchent de s’endormir, pour les marguerites dont ils se nourrissent et pour les astres dont ils se moquent.

Et je Vous demande de me rendre moins futile. De me faire prendre les créatures pour ce qu’elles sont : un beau langage qui nous renseigne sur Vous, qu’il s’agisse des animaux, des plantes, des océans, des forêts et du reste. Je Vous le réclame par Marie et Joseph qui m’écoutent en ce moment comme si j’existais seul. Apprenez-moi à me passionner pour la grande affaire du salut : le mien ; celui des autres.

Et pour en revenir aux créatures, j’en veux connaître le bon usage. Elles sont à mon service, et non pas le contraire.

J’ai dû m’oublier. En tous cas, j’ai sûrement oublié mes deux compères, qui, disons-le, n’en paraissent pas trop affectés. Ils viennent de s’exprimer, chacun en sa langue. Ces deux bruits bien connus ne manifestent certainement pas la moindre contrariété.

Et voici que Jésus me parle. Tout au moins, c’est ce qu’il me semble. Je vous livre le message : « Non, ils ne t’en veulent pas : ils sont si braves ! »

1. Définition tirée du Catéchisme du concile de Trente, IV, 38, § ii (Bouère, Dominique Martin Morin, 1998, p. 462).