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Totor, t’as tort…

J’avais gardé le brouillon de cette lettre.

Tu pourras constater que j’ai des relations de toutes sortes : mon ami Totor est un ivrogne, ce que tu n’es peut-être pas.

Mais si tu n’es pas porté sur la boisson, tu n’es pas sans défauts (tu serais le seul). En opérant les transpositions nécessaires, tu ne seras pas sans tirer profit de ces quelques mots. Totor, lui, en a profité.

Abbé Guy Montarien

Mon cher Totor,

Totor, t’as tort, tu t’uses. Je ferais bien mieux d’écrire : « Ne bois pas, tu offenses Dieu ». Mais j’ai bien l’impression que Dieu a depuis longtemps disparu de ton circuit (alors que tu n’as pas disparu du sien). Ce n’est pas que tu ne crois plus en Dieu, mais tu l’as soigneusement mis de côté parce qu’il t’embête. J’irai donc pêcher mes arguments sur la terre, en attendant de pouvoir mieux faire.

Tu t’uses, et très vite. Il n’y a pas si longtemps, on te voyait si fringant !

Tu t’uses et tu te tues. Pourquoi t’entêtes-tu ?

L’alcool tue lentement. Parce que tu n’as pas d’imagination, tu me répondras que tu n’es pas pressé. Mais je n’ai pas plus d’imagination que toi. J’ai écrit « lentement » : c’est ce que tout le monde dit. Or, il s’agit d’une maladie galopante. Et ce qui m’effraie surtout chez toi, c’est ton côté décidé. J’admettrais de toi beaucoup de faiblesse et un peu de cette bonne volonté dont Dieu se contente, paraît-il, avant d’accomplir ses miracles. (Je ne sais plus si je m’adresse à Totor ou si je fais mon portrait : je suis plutôt le genre buté. – Cette incise n’est pas dans la lettre)

T’as tout un tas de tics, et tu t’éteins.

Tu parles tout seul ; tes yeux ne brillent qu’en présence d’une bouteille.

Tu t’attaques à ton teint.

Je connais quelqu’un pour qui c’est tout le contraire. On ne peut le regarder sans penser à Dieu. Ce n’est pas qu’il est beau… En tous cas, il n’est pas rouge, ni violet, ni livide. Ce n’est pas l’excitation qu’on lit dans se yeux. Si j’étais poète, je dirais qu’il a un teint de lis et de roses. Mais je ne suis pas poète ; et puis ce n’est guère vrai : c’est la paix qu’on lit sur son visage. A-t-elle une couleur ?

Ô mon Dieu, si je vous aimais vraiment, je n’aurais pas besoin de tout ce machin pour toucher le cœur de Totor ! Je lui parlerais de la bonté de Dieu, de la beauté de Dieu ; des récompenses que Dieu tient en réserve pour ses amis. Des châtiment qui attendent les autres.

Totor, voici ce que j’étais sur le point de t’écrire pour conclure :

« T’as ratatiné ton rata et ta ratatouille est ratée. »

Mais voici qui est mieux :

« Ce que l’œil n’a pas vu et que l’oreille n’a pas entendu et qui n’est pas monté au cœur de l’homme, Dieu l’a préparé pour ceux qui l’aiment [1]. »

Dans le fond, j’ai une belle âme : par une sorte d’instinct surnaturel, mon Maître me tire vers les sommets au seuil des gaudrioles. C’est malgré moi.

Je ne dirai rien de ceux qui ne l’aiment pas, ce bon Maître, ni de ce qui les attend. Il ne s’agit hélas ni de rata ni de ratatouille.

Je suis, de tes amis, celui qui te veut le plus de bien (Dieu mis à part, bien sûr).

Ma signature n’est pas sur le brouillon. Je crois que j’avais signé la lettre avec mon sang (h’m, h’m !…).

1. 1 Co 2 9.