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248.22 Mysticisme (mystique chrétienne)

« De tout temps la femme a dû inspirer à l’homme une inclination distincte du désir, qui y restait cependant contiguë et comme soudée, participant à la fois du sentiment et de la sensation. Mais l’amour romanesque a une date : il a surgi au moyen âge, le jour où l’on s’avisa d’absorber l’amour naturel dans un sentiment en quelque sorte surnaturel, dans l’émotion religieuse telle que le christianisme l’avait créée et jetée dans le monde. Quand on reproche au mysticisme de s’exprimer à la manière de la passion amoureuse, on oublie que c’est l’amour qui avait commencé par plagier la mystique, qui lui avait emprunté sa ferveur, ses élans, ses extases ; en utilisant le langage d’une passion qu’elle avait transfigurée, la mystique n’a fait que reprendre son bien. Plus, d’ailleurs, l’amour confine à l’adoration, plus grande est la disproportion entre l’émotion et l’objet, plus profonde par conséquent la déception à laquelle l’amoureux s’expose – à moins qu’il ne s’astreigne indéfiniment à voir l’objet à travers l’émotion, à n’y pas toucher, à le traiter religieusement. Remarquons que les anciens avaient déjà parlé des illusions de l’amour, mais il s’agissait alors d’erreurs apparentées à celles des sens et qui concernaient la figure de la femme qu’on aime, sa taille, sa démarche, son caractère. On se rappelle la description de Lucrèce : l’illusion porte seulement ici sur les qualités de l’objet aimé, et non pas, comme l’illusion moderne, sur ce qu’on peut attendre de l’amour. Entre l’ancienne illusion et celle que nous y avons surajoutée, il y a la même différence qu’entre le sentiment primitif, émanant de l’objet lui-même, et l’émotion religieuse, appelée du dehors, qui est venue le recouvrir et le déborder. La marge laissée à la déception est maintenant énorme, parce que c’est l’intervalle entre le divin et l’humain. »

Bergson (Henri), Les deux sources de la morale et de la religion, Paris, Presses universitaires de France, 1932, édition 2006, collection « Quadrige », pp. 38-39.

« Le mot mystique convient proprement et avant tout à la “connaissance expérimentale des choses divines procurées par le don de Sagesse”, et plus généralement à l’état de l’homme qui vit habituellement “sous le régime des dons du Saint-Esprit”. Voilà la notion tout à fait propre de la mystique ; celle-ci est une vie intellectuelle et affective à la fois, et suréminemment, puisque le don de Sagesse, s’il suppose la charité, réside dans l’intelligence : le mystique dépasse la raison – parce qu’il est uni au principe de la raison ; l’intelligence en lui se fait disciple de l’amour – parce que, privés ici-bas de la vision de Dieu, la charité seule peut nous connaturaliser aux choses divines et nous procurer ainsi de ces choses une connaissance suprarationnelle. »

Maritain (Jacques), Trois réformateurs. Luther – Descartes – Rousseau, Paris, Plon, 1925 (édition 1945), p. 131.