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Conférence donnée lors du Colloque Québec-Vie

Chers amis,

Ma dernière conférence, si j’ose l’appeler ainsi, remonte à 1991. J’étais alors modestement mûr et fringuant, et je savais contenir l’univers dans ma tête. Aujourd’hui, ma tête a laissé germer bien des cheveux blancs, me laissant glisser vers une prochaine sénilité et je dois me contenter de vous offrir quelques observations plutôt décousues. La prochaine fois, je prévois espérer qu’un huitième de mes fils tiendra ma place avec jeunesse, sagesse et fougue.

Je laisse aux gens compétents dans les chiffres de vous dresser le tableau désolant de la dénatalité québécoise et aux gens d’action de vous tracer des projets d’avenir. Les remarques décousues qui suivent sont cependant cousues (de fil blanc) au sujet qui nous préoccupe : que nous ayons un avenir.

1. D’abord, j’attire votre attention sur le fait que vous et moi n’existons pas. Notre existence tient de l’impossible, et l’impossible n’existe pas. Ne vous fiez donc pas aux apparences.

La vie humaine provient de la rencontre d’un homme et d’une femme, de laquelle rencontre provient un enfant.

1.1 – Nous savons que la femme a droit à sa sécurité et à son épanouissement personnel. Or, jusqu’à récemment, la naissance faisait courir un risque de mort violente à la mère, soit à l’accouchement, soit comme suite d’un accouchement. Par conséquent, il est impossible que les femmes aient par le passé accepté une telle éventualité. Nous ne pouvons pas avoir eu de mère, ou disons de grand-mère ; certainement pas d’arrière-grand-mère.

1.2 – Nous savons qu’un père ne saurait envisager donner naissance à un enfant qui mettrait à risque son propre succès et confort économique. Et il n’accepterait pas un enfant pour lequel il n’ait d’avance l’assurance d’un logement, d’un habillement, d’une nourriture, de divertissement et d’une éducation supérieurs. Or, il faut admettre que l’activité économique des temps passés était moins qu’assurée. Faute de l’abondance technique et industrielle récente, nous ne pouvons pas avoir eu de père, ou de grand-père. Certainement pas d’arrière-grand-père.

1.3 – Pour sa part, jusqu’à récemment, le pauvre enfant risquait une vie de pauvreté en raison de l’indigence économique de son père et une vie d’orphelin par la mort prématurée de sa mère. Aucun cœur humain n’aurait accepté d’infliger un tel sort à la chair de sa chair et au sang de son sang. Les enfants d’avant hier étaient inconcevables et, dans le cas contraire, devaient être charitablement abattus.

Voilà pourquoi je vous invite à vous méfier de vos sens. Vous n’existez pas. Vous ne pouvez pas exister, et si vous persistez dans la conviction contraire, vous faites simplement la preuve que vous n’avez pas de jugement… ce qui est la conséquence nécessaire de votre inexistence. – Et comme vous n’existez pas, il serait futile d’accepter des objections de personnes inexistantes. On serait alors schizophrène.

2. Comment vouloir une famille nombreuse… aujourd’hui ?

En fait, ceci est un faux problème. À proprement parler, en quelque époque que ce soit, personne ne peut vouloir une famille nombreuse. Dès lors qu’on choisit d’avoir des enfants, leur nombre nous échappe. Il appartient à Dieu et à la nature d’en déterminer la quantité. L’acte qui appelle l’enfant ne le contraint pas d’apparaître. Aussi le nombre de fois qu’un nouvel enfant viendra suite à l’acte des conjoints ne dépend pas des conjoints.

Ce qui dépend des conjoints est de ne pas avoir une famille nombreuse. Quand on pose la question : « Combien d’enfants voulez-vous avoir ? », on veut dire : « Après combien d’enfants allez-vous mettre la clef dans la porte ? » Nous ne sommes pas maîtres de l’existence mais de l’inexistence. On y trouve parfois un sentiment de puissance, mais en réalité on exerce une impuissance. – Lorsque la vie passe, elle nous dépasse. Lorsque nous l’arrachons, nous trépassons.

3. D’où l’impression de générosité relative qu’on se donne quand on a bloqué la vie après lui avoir laissé la place une ou deux fois de plus que le voisin. Au moment où il mettait la clef dans la porte de façon écologique (la méthode naturelle) plutôt que chimique (la [19] pilule), une connaissance, que vous ne connaissez pas, me disait : « J’ai quatre enfants. J’ai une famille nombreuse. » – Bien entendu, il avait eu quatre fois plus de générosité que certains et le double de la générosité de plusieurs, mais il optait alors d’être comme tous les autres qui n’en avaient pas ou plus. Aussi ne puis-je m’empêcher de lui confier… la prière du contracepté naturel :

Mon Dieu, fais de moi un instrument de ton amour et de ta générosité,

De la vie que tu répands à travers moi ;

Je sais que tu as le pouvoir de faire naître la vie dans le désert ;

Aussi irai-je semer dans le désert, confiant que la vie y apparaîtra selon ton gré,

Et j’éviterai assidûment de semer dans les terres fertiles que tu m’as confiées.

Le gars ne l’a pas trouvée drôle. Mais, drôle ou pas drôle, elle exprimait simplement son choix.

4. Peut-on s’attendre à ce que des jeunes apprennent la générosité de vie de la part de leurs parents quand ceux-ci donnent l’exemple de l’avoir quittée ? Quelle utilité y a-t-il de dire à son jeune : « Sois généreux comme je le fus plutôt que de ne pas l’être comme je le suis. » C’est pourtant la situation de tous les enfants dont les parents ont mis la clef dans la porte. Ils étaient trop jeunes pour apprécier l’exemple de leurs parents au temps de la générosité de ceux-ci et sont assez âgés et futés pour apprécier le repli de leurs parents sur eux-mêmes au temps du défi de vivre.

5. « Mais nous n’avons plus la force et les moyens d’avoir d’autres enfants », raconte une dame que vous ne connaissez pas. – Vous le savez, personne n’a la force et les moyens d’avoir un premier enfant. L’ouragan qui est entré dans la vie rêveuse et insouciante des parents d’un premier enfant en a fait la preuve dès le début. Il occupe 24 heures sur 24 heures des journées qu’on coulait relativement doucement jusqu’alors. Passer à 48 heures sur 24 heures est inimaginable. Un second enfant est impossible. Quand donc on aura sombré une seconde fois dans cette errance, c’en est ordinairement fini, f-i fi, n-i, ni !

En réalité, personne n’est apte avant le fait de faire quoi que ce soit dans la vie. On n’apprend à patiner qu’en patinant, à être boulanger qu’en faisant du pain, à enseigner qu’en enseignant et à être parents qu’en étant parent.

Quand donc tu as trois enfants, tu n’as évidemment pas le sentiment de pouvoir en avoir quatre. Quand tu en as quatre, tu n’as pas le sentiment de pouvoir en avoir cinq. – Il faut toujours savoir endurer les courbatures de la vie pour que la vie soit un succès. Plus on se repose, moins on est capable. Moins on avance, plus on s’écrase.

6. Une jeune femme disait à un copain : « Je souhaite avoir six enfants. » Homme de notre monde, il demande, horrifié : « Pour quelle raison ? »

– Eh bien, répond-elle, un seul enfant est trop seul.

– C’est vrai.

– Puis deux enfants doivent affronter d’être constamment comparés et ont tendance à s’opposer l’un à l’autre.

– En effet.

– Quand on a trois enfants, il y a en a régulièrement un qui est laissé de côté.

– Oui.

– Quand on en a quatre, ils se divisent facilement en deux couples opposés.

– Oui, c’est comme ça chez moi, confirma-t-il.

– Alors cinq enfants offrent un bon équilibre.

– Mais pourquoi en veux-tu six ?

– Parce que ma maman m’a dit que le plus difficile était les cinq premiers. J’aimerais bien en avoir un facilement.

Que dire… sinon que les frères et les sœurs sont les cadeaux des enfants et que les leur refuser, c’est retirer aux enfants la plus grande richesse qui soit et leur enseigner que les choses sont plus importantes que les personnes.

7. Cinq minutes suffisent pour expliquer son mal à un alcoolique. Mais il faut sacrifier sa vie pour le ramener à la vie. Cinq minutes suffisent pour calculer ce qui ne va pas dans les familles du Québec. Mais il faut mourir à ses enfants pour leur donner la vie, et il faudra mourir au Québec pour que le Québec vive. Aucune philosophie ne peut guérir le cœur humain. Seuls des martyrs de l’amour peuvent semer l’amour.

Je vous souhaite la vie, c’est-à-dire la mort qui donne la vie.