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Quelques mystères d’aimer

Chers amis,

Je vous remercie pour l’invitation bienveillante de vous adresser la parole. Notre aventure familiale, dans laquelle Dieu déverse Son amour en abondance, est modeste dans l’histoire de notre peuple et normale dans la vie d’une famille. Mais elle contraste, il est vrai, avec les temps sans modestie et anormaux que nous vivons.

Vous m’avez possiblement invité avec l’idée qu’il serait question d’enfants. – Parler d’enfants, c’est inévitablement parler de sexualité… de celle qui a un avenir. C’est parler de la sexualité d’un homme et d’une femme. – Parler de sexualité humaine, c’est parler d’amour.

Il existe de nombreuses relations honnêtes entre l’homme et la femme. Mais la seule relation sexuelle qui soit honnête, parce que généreuse, est celle qui est ouverte à la vie de l’enfant.

Comme l’enfant est le grand perdant de notre monde qui se meure, vous comprendrez que la relation d’amour de ses parents est la relation oubliée de notre temps. Disons plus précisément qu’elle est la relation sur laquelle on se méprend et qu’on méprise par conséquent. Cette relation s’appelle l’amour conjugal.

L’amour conjugal est l’amour des conjoints, non des partenaires. L’amour conjugal est l’amour de ceux qui se sont joints ensemble, comme l’implique le mot. Ils ne font « qu’une seule chair [1] », nous dit la Genèse. Ils ne font « qu’une seule chair [2] », reprend le Christ. Tel est le commandement du cœur qui bat dans nos poitrines de conjoints. Et pour nous venir en aide quand nous l’oublions, tel est aussi le commandement du Cœur de Dieu qui bat la mesure de l’univers.

Aussi est-ce par respect, par amour pour nos enfants – les vôtres comme les nôtres – que je souhaite rappeler avec vous certains mystères du cœur que Dieu a mis dans la poitrine de l’homme et de la femme quand Il « créa l’homme à Son image [3] », quand « homme et femme Il les créa [4] », mystères rendus dramatiques par l’apport de notre égoïsme héréditaire et personnel, par l’apport de notre péché… Des mystères joyeux. Des mystères douloureux. Des mystères glorieux.

D’abord des mystères joyeux.

Quand, par delà la camaraderie et l’amitié, l’homme en amour perce l’intimité de la femme, il est ravi. Il voit des yeux qui l’admirent, des lèvres qui l’invitent, des seins qui le captivent, des hanches qui l’hypnotisent et qui entourent un jardin de délices. Il s’écrie, comme Adam, dans un tremblement de joie : « Voilà la chair de ma chair, l’os de mes os [5] ». Tout son être frémit du désir d’enlacer et de s’adjoindre le corps, le cœur et l’esprit de la femme. – N’est-ce pas ainsi que cela s’est passé ? Quelle épouse ne se souvient des services de son chevalier ardent et de l’ardeur de son chevalier servant ?

Quand, de son côté, la femme perçoit qu’elle est découverte, quand elle lit la joie dans le regard de son homme, quand elle en est l’envoûtement, elle désire baigner dans son attention, être entourée de sa présence et finalement être remplie de lui. Comme Ève, la femme devient belle et se tait. Elle se tait pour permettre à son homme de lui chanter les louanges de la bien-aimée. – L’époux se souvient de l’attention et de l’importance que lui prêtait sa princesse. Elle se faisait belle… pour lui.

Mais déjà d’autres mystères joyeux sont tissés parmi ces premiers.

Les hanches, qui hantent le regard de l’amoureux et qui invitent sa présence, entourent le premier berceau de leur enfant. Les seins, qui appellent les caresses de ses mains, sont les premiers biberons de leur enfant. Le jardin des délices est un jardin de vie. Aussi les yeux qui écoutent et admirent l’homme l’appellent-ils à se donner tout entier. La maîtresse de son cœur est la mère de ses enfants.

Quant à l’homme qui murmure des mots doux à sa douce moitié, qui lui prodigue de la tendresse et qui s’insinue en elle, son explosion de joie l’arrose d’une vie nouvelle. Il est le père de ses enfants.

Quant à l’homme qui murmure des mots doux à sa douce moitié, qui lui prodigue de la tendresse et qui [13] s’insinue en elle, son explosion de joie l’arrose d’une vie nouvelle. Il est le père de ses enfants.

Telles sont quelques mystères joyeux de l’amour. Et pourtant, ils s’accompagnent rapidement de mystères vivement douloureux.

L’homme, avide de sa fiancée, brûle d’envie de ravir sa chair avant même d’en faire partie. Il souhaite la posséder sans songer à se donner. Et il éprouve une souffrance aiguë de se priver des joies d’aimer avant d’avoir su faire le don de son amour. – Cette souffrance est tellement puissante qu’une culture profane la considère insupportable et lui préfère la profanation de la personne aimée.

De son côté, la femme est avide de plaire à celui qui monte à son assaut et craintive de perdre son attention. Aussi éprouve-t-elle l’envie de divorcer en elle la générosité de vie qu’elle lui offre, de l’accueil qu’elle lui fait. Elle serait prête, ou presque, à se couper en deux pour qu’au moins la moitié d’elle-même soit appréciée, oubliant qu’un cœur qui n’est pas entier n’est pas du tout. – Cette obsession est tellement envahissante qu’une culture profane accepte et promeut le mépris du rythme d’aimer de la femme, qui est le mépris de l’amour au féminin.

Enfin, l’explosion d’amour qui fusionne les conjoints est suivie d’un enfant qui a tôt fait de peser de tout son poids : il coûte des forces, il prend du temps, il prive de confort et il nuit à de nombreuses entreprises. Mais, surtout, il affadit l’épouse, la distrait de son homme qui oublie de la couvrir de tendresse. Le charme s’évanouit. La solitude se creuse. D’où l’envie de court-circuiter le don en faveur de la satisfaction, d’être bien ensemble et que ça dure. – Cette convoitise a acquis droit de cité dans une société profane qui découvre à reculons, mais toujours pour demain, toujours trop tard, que seul le don dure : le repli sur soi se dégénère, vieillit et crève.

Aussi ce sont ceux qui endurent les mystères de douleur qui connaissent les mystères glorieux des époux. Les privations de l’envie intensifient cette liturgie d’amour, dont Jean-Paul II a si bien parlé, quand vient le temps de fusion de leur être. La solitude réciproque portée avec fidélité pour son conjoint aura fait de chacun l’être le plus important pour l’autre, au-delà de toute gratification passagère. Enfin, le « oui » total et répété à l’amour qui demeure aura entouré les parents de l’amour multiplié de leurs enfants qui leur offre l’avant-goût du paradis.

Les promesses des mystères joyeux accomplies avec le courage de la générosité dans les mystères douloureux nous conduisent aux mystères glorieux d’aimer.

C’est parce que l’amour est éternel que le don de la vie se renouvelle inlassablement dans la fusion des amoureux. On nous a souvent demandé : « Quand est-ce qu’“assez c’est assez” dans le don de la vie ? » La réponse est pourtant simple. Quand on en aura assez de s’aimer… C’est-à-dire jamais. Bien entendu, un jour, Dieu, d’une façon ou d’une autre, mettra sur nos épaules la croix d’être privés d’un nouveau-né. Ce ne sera pas une libération. Ce sera un autre mystère douloureux. Et nous sommes confiants qu’il conduira lui aussi à un mystère glorieux.

Songeons maintenant au Christ qui fut aussi à l’agonie. Tout comme nous, Il n’aima pas souffrir. « Père, dit-Il, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de Moi [6]. » Mais Il l’accepta. Il aima, c’est dire qu’Il mourut. C’est ainsi qu’Il ressuscita.

Cependant Il eut droit, dans Sa souffrance, à un réconfort particulier : « Alors un ange Lui apparut du ciel pour Le fortifier [7] », nous dit saint Luc.

Quand un homme souffre de l’envie de faire l’amour sans aimer, quand une femme est obsédée par l’idée d’éviter la solitude et possiblement de sauver son foyer en divorçant son corps en deux, quand un couple souhaite survivre par la mort plutôt que la vie, ils s’adressent régulièrement aux travailleurs de la santé. – Dans ces moments d’agonie, vous êtes l’ange du ciel envoyé auprès de nous pour nous fortifier. Dans ces moments de nuit noire, aidez-nous à mourir à nous-mêmes, à aimer jusqu’à la résurrection de notre amour. Et nous vous en serons éternellement reconnaissants.

Bref, vous parler de nos enfants, c’est parler d’amour ; c’est parler de Dieu ; et c’est vous remercier pour chaque fois que vous secondez l’amour que Dieu a placé en nous.

Bref, vous parler de nos enfants, c’est parler d’amour ; c’est parler de Dieu ; et c’est vous remercier pour chaque fois que vous secondez l’amour que Dieu a placé en nous.

Merci.

1. Gn 2 24.

2. Mt 19 5-6.

3. Gn 1 27.

4. Ibid.

5. Gn 2 23.

6. Mt 26 39.

7. Lc 22 43.