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Sermon pour des funérailles

Le Christ Jésus est venu parmi nous donner Sa Vie en rançon pour la multitude. Jésus est allé librement au devant de Sa mort, et Il l’a vaincue, en faisant d’elle l’occasion de donner Sa vie… c’est-à-dire d’aimer jusqu’au bout, en acte et en vérité, et d’amener ainsi l’amour à la victoire ! Depuis la mort du Christ, la mort n’est plus la fin de tout, mais elle est devenue, pour le chrétien, le moyen d’offrir sa vie à Dieu : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime [1] ».

Aussi, tout chrétien digne de ce nom devrait « savoir mourir ». Mais, chose curieuse, on s’imagine communément que l’on saura mourir sans l’avoir jamais appris. Combien fuient la pensée de la mort ? Pourtant, de l’acceptation de la mort dépend pour l’âme fidèle le mépris de la frivolité et le sérieux profond de la vie intérieure, et même la capacité de goûter à l’avance les joies du Paradis. Ce qui faisait dire à saint Paul : « Mourir est pour moi un gain [2] ».

La mort n’est pas l’horrible chose que l’on imagine. Quand on y voit qu’atrocité, c’est qu’on la regarde à l’envers. On ne contemple guère de la mort que le côté répugnant : la maladie, les contractions, le visage hideux, les râles, les affres de l’agonie. C’est l’envers et c’est effrayant. Un membre du Christ voit l’endroit : la fin de l’exil, la fuite du péché, les bras du Christ étendus, et Son sourire ! Voilà qui est beau, enviable, enthousiasmant !

Pour celui qui aime vraiment Jésus, la mort est en effet le plus beau jour de la vie… C’est l’heure où il va enfin voir Dieu, Lui, la Source et la Plénitude de la vie et de tout bien, le moment où il va recevoir la révélation de ce que son existence avait de caché dans le Christ. La nature divine dont il est devenu participant au jour de son baptême [3], et qui l’a envahi de plus en plus à chaque messe, à chaque communion, à chaque acte de vertu, apparaît alors dans toute sa splendeur.

C’est parce que les hommes ne pensent pas à la vie éternelle que leur vie ici-bas est misérable ou triste, et qu’ils finissent par la perdre ! Mais pour qui va rejoindre le Seigneur, qui nous a aimés jusqu’à en mourir, quel bonheur ! Nous qui professons à chaque Credo : « Je crois à la vie éternelle », prenons cette parole au sérieux, et regardons la mort pour ce qu’elle est : la naissance à la vie éternelle. Saint Paul nous dit que nous n’avons pas le droit d’être tristes comme ceux « qui n’ont pas d’espérance [4] ».

Il y en a cependant qui repoussent l’idée de la mort comme désagréable et décourageante, et ils s’imaginent qu’il leur suffira d’y réfléchir au moment même, et qu’à cette heure là, ils auront grâce et lumière pour s’y disposer. Ceux qui pensent ainsi se préparent une bien amère désillusion. On n’improvise pas sa mort. On meurt comme on a vécu. De tous les actes que nous avons à faire, c’est celui qui demande la préparation la plus soignée. Quelle liberté d’esprit aurons-nous au moment de la mort ? Aurons-nous le temps de penser ? ou la possibilité de nous rappeler les grandes vérités concernant notre union au Christ ? Si nous n’avons pas acquis par une longue habitude, bien ancrée, de regarder la mort comme un grand bienfait surnaturel, ce ne sera pas notre foi qui réagira devant le fait toujours brutal de notre fin, mais ce sera notre nature qui manifestera violemment ses répugnances. Nous ferons une mort banale, sans vertu, sans énergie, sans acceptation généreuse, et nous aurons perdu la joie éternelle de nous donner à Dieu, accomplissement parfait de notre vie ici-bas, don de nous-même que nous aurions eu tant de joie à offrir si nous nous y étions bien préparés.

Pour un membre du Christ, la mort n’est pas l’épilogue malheureux de son existence ou un accident irréparable. Elle a une toute autre signification. La mort est pour lui sa principale participation à la Passion du Christ. Chaque chrétien est en effet appelé à compléter dans sa chair la Passion du Christ [5].

En mourant, notre Seigneur a offert Son Corps mystique, dans ses moindres détails, jusqu’à la fin du monde, c’est-à-dire toutes nos vies, toutes nos morts. Notre mort, dans l’acte rédempteur du Christ, nous donne une part dans le rachat du monde. Elle complète et sanctionne toute notre vie. Aucune langue ne peut dire la beauté d’une mort dans le Christ, puisqu’elle s’identifie à celle du Maître dont la valeur est infinie…

La mort du Christ ne s’est pas accomplie au hasard, mais selon un rite minutieusement déterminé par Son Père, de toute éternité. Les Prophètes en avaient annoncé chaque détail… Dans le dessein divin, la mort du Christ et les nôtres ne faisaient qu’un tout et constituaient l’Hommage complet de l’Humanité régénérée. Chacune d’elles, comme celle du Christ, était présentée avec son rite. La grande disposition pour mourir dans le Christ, c’est donc l’acceptation totale et sans arrière pensée des détails de notre fin. Quand on sait comment et par qui ils ont été décidés, peut-on avoir de la peine à y souscrire ? Notre mort ainsi envisagée dans sa sublime réalité prend un aspect de grandeur et de dignité qui la rend enviable. Collaborer au Christ dans Son Hommage, en jouant dans cette grande harmonie mondiale de « Sa » mort la note qu’Il veut, n’est-ce pas un honneur immense, dont nous devons être fiers ?

Une acceptation n’est sincère que si elle est totale. Si, en souscrivant au genre de mort que le Christ a voulu pour lui, le chrétien reste attaché aux choses qu’il quitte, son acceptation du rite de sa mort n’est que verbale et non réelle. Il veut bien mourir… mais sans quitter… illogisme suprême, qui annule la beauté du geste. Comment se fait-il que le mourant a tant de peine à sourire au Christ qui lui tend les bras ? Pourtant, l’allégresse est à ce moment la plus grande marque d’amour.

Il faut constater que les morts joyeuses sont rares. La crainte, et le plus souvent une espèce d’indifférence à l’égard du Christ, empêche l’allégresse. On aime le Christ pour Ses biens présents, et non pour Lui-même. On Le sait capable de nous béatifier, mais on Lui demande que ce soit le plus tard possible. Aucun empressement à courir vers Lui. On répond à Ses bras tendus par des bras croisés, quand ce n’est pas encore en tournant le dos. Cette attitude n’est pas flatteuse pour le Maître. Et s’Il peut la pardonner parce qu’Il sait l’emprise qu’exerce sur nous le temporel, le visible, le charnel, dont nous hésitons à nous dépouiller par goût de la jouissance sensible et par peur de l’inconnu, il n’en reste pas moins qu’entre le Christ et l’âme du mourant une gêne retardera l’union, que le Purgatoire devra consumer, si toutefois elle n’est pas aussi grave qu’un péché mortel.

Pour entrer dans le bonheur sans fin pour lequel le Seigneur nous a créés et rachetés, il faut nous préparer à cette rencontre de longue date. Un travail quotidien, dans une vie d’oraison sans cesse jaillissante, sera seule capable de nous donner l’attitude à prendre au moment du don final. C’est pourquoi chaque messe est là, afin de nous unir au sacrifice du Christ et nous permettre de retirer par notre participation consciente toutes les grâces que nous désirons. Il nous faut entrer et vivre dans la pensée même du Christ S’immolant, en disant intérieurement :

« Mon Dieu, avec Jésus, je Vous offre Sa Mort – et avec Sa Mort et en elle la mienne, en acte de charité parfaite, en suprême témoignage d’amour, pour l’expiation de mes péchés, de ceux de telle personne au nom de qui je Vous prie, et je Vous demande, en vertu de Votre Amour qui me purifie dans le Sang de Votre Fils de nous rendre ainsi dignes de Vous, de vivre ici-bas dans Votre grâce et dans l’éternité dans Votre Gloire. »

C’est ce que nous sommes venus faire ce soir pour…

Amen.

1. Jn 15 13.

2. Ph 1 21.

3. Cf. 2 P 1 4.

4. 1 Th 4 13.

5. Cf. Col 1 24.