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Sermon pour le mariage de Dominique et Anna

(Liturgie de la Parole : 1 Co 12 31 – 13 8 ; Ps 33 ; Mt 5 1-12)


Chers Anna et Dominique, parmi les textes qui vous ont été proposés pour la liturgie de votre mariage, ceux que vous avez choisis expriment de la façon la plus remarquable ce qui fait la spécificité de l’amour chrétien. La première lecture chante l’incomparable excellence et supériorité de l’amour sur toutes choses. La religion chrétienne est la religion de l’Amour. « Voici Mon commandement, dit Jésus : Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés [1]. » Seul l’amour donne de la valeur à nos moindres actes comme à notre vie entière. Seul il a l’espérance de la vie éternelle… C’est pourquoi il est la cause du bonheur. Bonheur que le psaume fait découler de la confiance en Dieu : « Goutez et voyez : le Seigneur est bon ! Heureux qui trouve en Lui son refuge [2] ! » C’est ce bonheur que Jésus proclame dans les Béatitudes [3]. Bonheur éternel et parfait parce que procédant d’un amour que rien ne peut décourager ni vaincre : « Heureux même ceux qui pleurent ! Heureux même si l’on vous vous persécute… à cause de Moi » !

À cause de Jésus ! Tout est là ! Lui seul peut en effet nous donner d’aimer jusque dans les larmes ou l’injustice, la persécution ou le dénuement, et par conséquent de connaître la Béatitude, le Bonheur même de Dieu, que rien ne peut, pas même la mort, détruire ! Ce Bonheur est pour quiconque accepte de se laisser aimer par Jésus en quelque circonstance qu’il se trouve. Jésus nous a aimés comme Dieu seul aime. Sans jamais nous juger ni condamner, mais nous appelant sans cesse à L’aimer en retour. Certes, Il est Dieu. Mais dans Sa nature humaine, Il nous a aimés jusqu’à en donner Sa Vie sur une croix ! Par amour pour nous, pour nous arracher au non-amour, et nous donner, dorénavant, de participer nous-mêmes à la Victoire de Son Amour.

L’amour conjugal des chrétiens trouve ainsi, dans l’Amour du Christ pour nous, le modèle, la raison et la capacité de se réaliser pleinement, véritablement, d’arriver à la perfection, dont il porte le souhait aussi profond qu’impérieux : donner sa vie pour celui, celle, que j’aime !… Aimer jusqu’au bout ! Aimer jusqu’à en mourir ! Seul Jésus nous a aimés jusque-là !… C’est pourquoi, chers Dominique et Anna, vous venez aujourd’hui Lui demander de recevoir votre amour, de l’unir au Sien, de sorte que votre amour et Son Amour ne fassent plus qu’un seul Amour ! Quelle responsabilité ! Quel engagement que celui de devoir désormais vous aimer comme le Christ vous a aimés !

Mais vous n’êtes pas seuls. Dieu ne peut pas ne pas bénir ceux qui décident de s’aimer comme le Christ les a aimés, et qui pour ce faire Lui demandent Son aide, Sa Grâce, que Dieu donne aux époux par le sacrement du mariage. Dieu reçoit l’offrande de votre amour et la prière que vous Lui offrez en ce jour, et, en retour, Il S’engage à transformer votre amour, à le rendre peu à peu semblable au Sien, à le transfigurer, à lui donner de connaître ce bonheur des Béatitudes, bonheur paradoxal, qui « n’est pas de ce monde [4] », et que ce monde ne peut pas connaître, ce bonheur qui est Dieu Lui-même… C’est cela, le Mariage chrétien : l’alliance, non seulement des époux, mais de Dieu avec eux. C’est sur Dieu que les époux chrétiens comptent pour s’aimer de cet amour parfait qui « supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout, [et] ne passera jamais [5] ».

En vous unissant Lui-même dans le sacrement de Mariage, Dieu vous donne de participer à Son propre amour ; Il élève ainsi le vôtre à la dignité et à la sainteté du Sien. Cette grâce de participation à Son Amour, il vous faudra chaque jour continuer à la recevoir, à l’accueillir, à la demander, car l’amour ne peut pas se stocker comme une marchandise. L’Amour de Dieu est vivant, Il est libre, Il est une Personne, que l’on ne peut ni acheter ni posséder. Recevoir cet Amour vivant du Seigneur et Lui laisser toute liberté en votre vie implique que vous Lui soyez attentifs, que vous L’écoutiez, dans le silence et la vérité de votre cœur. Ce qui ne peut se faire sans une réelle et intense vie de prière. Son amour sera toujours avec vous, et ne demandera de vous qu’une chose : que vous soyez avec Lui. Pie XII disait : « Une famille qui prie est une famille qui vit [6] ».

Car si Dieu vous rend participants de Son Amour, Il ne vous dispense pas pour autant d’aimer à votre tour, de porter votre croix, de ne pas confondre l’amour véritable avec ses contrefaçons ! Il n’y a pas de mariage réussi d’avance. À chacun de suivre chaque jour le chemin que le Christ Lui-même, tout Dieu qu’Il était, a suivi… En Croatie, on se marie en se joignant les mains sur une croix, et dans les Églises d’Orient les époux reçoivent sur la tête une couronne de fleurs, parce qu’ils sont les rois de la fête bien sûr, mais aussi parce que le sacrement de mariage les associe à l’Amour crucifié de Jésus, le Roi des rois… Le mariage chrétien est un martyre d’amour… La vraie joie et le Bonheur dont nous parle l’Évangile ne sont pas liés aux réussites de l’amour, mais au seul fait d’aimer, en union avec le Christ crucifié et ressuscité. Saint Paul affirmait que l’on aurait beau distribuer toute sa fortune aux affamés ou faire les plus belles œuvres, si l’on ne vit pas de cet amour, cela n’est rien [7].

Pour illustrer mon propos, voici ce qu’un fiancé écrivait dans sa déclaration d’intention, que tous les fiancés sont tenus de faire lors de leur préparation au mariage :

« Avec la plus grande douceur dont je suis capable, je te dis : Je t’ai choisie, je t’aime et te préfère à ma propre vie. L’existence présente n’est rien. Aussi mes prières, mes recommandations et toutes mes actions, je les fais pour qu’il nous soit donné de passer cette vie de manière à pouvoir être réunis dans la vie future sans plus aucune crainte de séparation. Le temps que nous vivons est court et fragile. S’il nous est donné de plaire à Dieu durant cette vie, nous serons éternellement avec le Christ, et l’un avec l’autre dans un bonheur sans limite. Ton amour me ravit plus que tout, et je ne connaîtrais pas de malheur plus insupportable que d’être séparé de toi. Quand je devrais tout perdre et devenir plus pauvre qu’un mendiant, encourir les derniers périls et endurer n’importe quoi, tout me sera supportable tant que ton affection pour moi demeure. Ce n’est qu’en comptant sur cet amour que je souhaiterai des enfants. Il me faudra conformer ma conduite à ces paroles. Te montrer que j’apprécie beaucoup de vivre avec toi. Et que j’aime mieux, à cause de toi, être à la maison que sur la place. Je te préfère à tous mes amis et même aux enfants que tu me donneras. Ceux-ci je les aimerai à cause de toi. Prions régulièrement ensemble. Allons à l’église. Apprenons l’amour de Dieu, tout le reste coulera comme de source. Et notre maison s’emplira de biens innombrables. Aspirons aux biens incorruptibles, et les autres ne nous ne feront pas défaut [8]. »

Ce texte est du IVe siècle… S’il est cependant bien actuel, n’est-ce pas parce que l’amour est éternel, c’est-à-dire qu’il vient de Dieu et aspire à Dieu ? Qu’il en soit toujours ainsi du vôtre, chers Dominique et Anna !

1. Jn 13 34.

2. Ps 33 9.

3. Cf. Mt 5 1-12.

4. Jn 18 36.

5. 1 Co 13 7-8.

6. Pie XII, Allocution aux paroissiens de Centocelle, 13 décembre 1953.

7. Cf. 1 Co 13 3.

8. D’après S. Jean Chrysostome, In epistolam ad Ephesios, Homelia XX, nn. 8-9 (PG 62, 146-149).