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Homélie du mariage de Benoît et Karine

(Liturgie de la Parole : Ct 2 8-10, 14-16 ; Ps 148 ; Mc 10 6-9)


Chers Benoit et Karine, voici venu le grand jour, celui où vous donnez votre vie !… Ce jour met le terme à vos aspirations juvéniles et vous ouvre une nouvelle vie où votre humanité atteindra sa maturité. Cette maturité sera le fruit de votre engagement réciproque à vous aimer, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à la mort. L’amour n’est pas seulement affaire de sentiment. Il est aussi décision, promesse et engagement. « Je t’aimerai, même si tu dérapes, même si tu es défiguré(e) par un accident, ou malgré tes défauts que je ne connais pas encore maintenant. »

Seul l’amour permet en effet à l’être humain de se trouver lui-même en vérité, de connaître la vérité sur lui-même. Dieu nous a fait ainsi : « homme et femme [1] », pour que l’homme et la femme ne puissent être heureux qu’en s’aimant l’un l’autre. Car Dieu, qui est Amour [2], nous a faits pour l’Amour, pour qu’à Son exemple nous aimions, et qu’en aimant nous atteignions le bonheur. Pour aimer, il faut être au moins deux, et différents, sinon c’est encore moi que je vais aimer en aimant l’autre qui me ressemble. Aimer, c’est renoncer librement à exister sans toi. Cette mort à soi-même-pour-soi-même est la condition pour que puisse naître l’union de nos personnes. L’union de nos complémentarités nous permet d’exister chacun pleinement, enrichi de la différence de l’autre. Je n’existe pleinement que grâce à toi. Je me perds dans l’amour que j’ai pour toi. Mais voilà que je reçois alors le plus beau cadeau qui soit : ton amour en retour me demande d’exister ! C’est cela le mystère de l’amour : mourir pour ressusciter ! Voilà pourquoi l’amour est plus fort que la mort : parce qu’il est Communion ; si j’accepte de mourir à moi-même, je vis dans le cœur de celui, de celle, qui m’aime. Dire : « Je t’aime », c’est dire : « Tu ne mourras pas ». « Les torrents ne peuvent éteindre l’amour, ni les fleuves l’emporter [3]. » « C’est un feu divin [4] » ! Oui, l’amour vient de Dieu !

Le secret de la réussite d’un couple est de mettre Dieu entre les deux époux, c’est-à-dire décider de vivre à trois. Dieu nous a créés à Son image [5]. Il nous a créés « homme et femme [6] », différents, parce qu’Il est Lui-même, en Lui-même, différent. Il est Père, Fils et Saint-Esprit. Il est Communion de Personnes, Famille, Amour [7]. Dieu, hors de Qui rien n’existe, n’a pu trouver qu’en Lui-même le modèle de ce qu’Il a créé. Or, de toute éternité, Dieu est le Père qui aime le Fils, Lequel S’offre en retour au Père – comme la Croix nous le révèle –, tandis que leur échange d’amour est une Personne : le Saint-Esprit. Ainsi, l’homme et la femme sont appelés à n’exister que dans l’amour qui les unit, cet amour qui s’incarnera dans une troisième personne : l’enfant. L’amour est plus fort que la mort puisqu’il donne la vie ! C’est là qu’est le secret pour la santé et la vitalité de votre couple et de votre future famille : il vous faut vivre la Trinité, incarner dans votre vie conjugale l’Amour divin où chacune des Personnes Se reçoit et Se donne. Chacune se vide et se remplit de l’autre : ce modèle parfait est le modèle du couple. Dieu est famille et Il n’a pas créé autre chose qu’une famille où coule une circulation d’amour qui prend elle-même visage.

« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas [8]. » Jésus confirme l’institution du mariage, qui n’est pas une institution humaine, mais divine. C’est Dieu Lui-même Qui est l’Auteur du mariage. Voilà pourquoi personne ne peut rompre un mariage validement célébré, pas même les époux. Le mariage a été voulu dès le commencement du monde comme le lieu de l’accomplissement personnel de l’homme et de la femme ; il est aussi celui de leur venue au monde, et le seul où l’éducation conduit naturellement à l’humanisation.

En frappant à la porte de l’Église pour demander à Dieu que Lui-même vous unisse, vous remontez à la source de votre amour, pour y reconnaître son sens véritable, et y recevoir les moyens spirituels de le faire grandir. Car la foi change le regard posé sur son conjoint. Elle donne un regard « eucharistique », c’est-à-dire de reconnaissance. J’accueille mon conjoint et l’amour qui nous habite comme un cadeau que Dieu me fait, et que je ne peux pas ne pas recevoir sans un élan extraordinaire de reconnaissance. En vous mariant à l’Église, vous avouez ensuite que vous ne savez pas aimer. Vous suppliez Dieu de vous aider, de vous rendre patients, miséricordieux, de mettre Son propre amour, le Feu divin de Son Sacré-Cœur dans votre pauvre cœur de chair, afin de vous offrir mutuellement un amour qui dépasse tout ce qui se peut imaginer ! Et c’est à cela que Dieu S’engage en vous unissant au Nom du Christ : à rendre votre amour participant de Son Amour à Lui, indissoluble, fécond et fidèle. Votre amour reçoit aujourd’hui la grâce d’être uni à celui du Christ. Par là, vous recevez la mission de témoigner de l’amour de Dieu pour le monde… En Croatie, on se marie en se joignant les mains sur une croix. Dans l’Église orthodoxe, les mariés sont couronnés car ils sont les rois de la fête, bien sûr, mais surtout parce qu’ils vont ressembler au Roi des rois. Le mariage est un martyre d’amour ! Notre monde déteste la souffrance et la Croix, mais il n’y a pas d’amour conjugal s’il n’est pas traversé par la Croix. « Il m’a dit : “Que mon nom soit gravé dans ton cœur, qu’il soit marqué sur ton bras [9]”. » La Croix, c’est une façon d’aimer dans la souffrance en faisant de notre souffrance le lieu du don et du pardon. Elle n’est supportable que si l’on vit avec Dieu, Lui que vous devez aimer par dessus tout. C’est pourquoi la fidélité à la prière conjugale est une question de vie ou de mort pour le couple. « Une famille qui prie est une famille qui vit [10] », disait Pie XII.

La fidélité au Christ, comme la fidélité à votre conjoint, est une attitude d’émerveillement et d’ouverture, l’engagement à ne jamais être blasé. En vous promettant fidélité, vous ne vous promettez pas d’en rester toujours au même point mais de vous aimer de plus en plus. L’amour durable n’est pas l’amour qui se maintient mais l’amour qui grandit avec le temps. Car l’amour grandit ou meurt. Vous entrez dans un grand combat, celui de l’amour pour l’amour. Et ce combat n’a été gagné qu’en Jésus crucifié et ressuscité. La vraie fidélité n’est pas s’engager à ne pas se quitter. C’est mieux que cela. C’est s’engager à tout faire pour rester ensemble, avec le secours de la Grâce divine. C’est une attitude dynamique : vouloir être meilleur, chaque jour, pour l’autre, comme Dieu Lui-même le souhaite. La fidélité va chercher toutes les ressources possibles en soi et en Dieu pour affronter les obstacles, s’adapter aux différences que l’on découvre dans l’autre et que l’on n’avait pas prévues, pour sauver l’amour en péril.

Surtout, n’oubliez jamais qu’en tout être humain se trouve une part de solitude qu’aucune intimité humaine ne peut combler. Et si la clé du bonheur conjugal et de la fidélité est qu’il faut commencer par être fidèle à soi-même avant d’être fidèle à son conjoint, n’attendez pas de l’autre qu’il vous donne tout, sinon vous le mettez en échec en attendant de lui ce que Dieu seul peut vous donner. Accueillez ce que l’autre peut vous donner et cherchez le reste en Dieu, dans l’amour du Christ : voila la clé du bonheur conjugal et de la fidélité.

1. Gn 1 27.

2. Cf. 1 Jn 4 8, 16.

3. Ct 8 7.

4. Ct 8 6.

5. Cf. Gn 1 26-27.

6. Gn 1 27.

7. Cf. 1 Jn 4 8, 16.

8. Mc 10 9.

9. Ct 8 6.

10. Pie XII, Allocution aux paroissiens de Centocelle, 13 décembre 1953.