Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Homélie du mariage de Xavier et Aurélie

(Liturgie de la Parole : Ph 4 4-9 ; Mt 22 35-40)


Chers Xavier et Aurélie, voici venu le grand jour, le point de non-retour où votre vie reçoit de Dieu sa consécration dans la voie particulière de sainteté que vous choisissez aujourd’hui en prenant l’engagement de vous aimer fidèlement l’un l’autre d’un amour total et exclusif, jusqu’à la mort et pour toujours. Ce choix que vous faites aujourd’hui en reconnaissant l’un dans l’autre celui, celle, que Dieu vous confie comme désormais votre prochain le plus proche à aimer, au point de ne faire ensemble plus qu’« une seule chair [1] », ce choix est votre réponse personnelle à l’appel de Dieu, qui est Amour [2].

Alors que tant de jeunes aujourd’hui vivent l’union libre – ce qui est une contradiction dans les termes –, vous avez voulu, vous, être unis par les liens sacrés et inviolables du mariage. La première raison procède certainement de la connaissance que vous avez de vous-mêmes – premier devoir d’une personne qui se respecte. Devant la magnificence du présent que chacun représente pour l’autre, vous comprenez qu’il est trop grand pour vous, trop beau, et que vous ne sauriez vous l’approprier sans sacrilège. Un tel bonheur ne peut que se recevoir. Toute personne est une histoire sacrée. Son mystère est insondable. La première étape de l’amour est le respect. La seconde raison tient à la nature même d’un amour authentique. Car qu’est-ce que le mariage, sinon le moment où un homme et une femme sont capables de se dire l’un à l’autre, devant Dieu, devant la terre entière : « Je t’aime, et la preuve que je t’aime, c’est que je me donne à toi pour le meilleur et pour le pire jusqu’à la mort » ? Qui peut faire une telle promesse, sinon celui, celle, qui aime vraiment ? L’engagement que vous prenez aujourd’hui est ainsi l’acte qui révèle l’amour dont il ne saurait en être de plus grand, puisqu’il est total et irrévocable. Cet acte consacre vos vies en une seule. Une nouvelle vie vous advient, rythmée désormais par l’alternance de votre don mutuel et de sa réception, comme le flux et le reflux de l’océan, l’inspiration et l’expiration d’un même souffle, les battements d’un même cœur…

L’Évangile que vous avez choisi pour votre Mariage nous ramène à la source du mystère de notre existence et de son sens. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement [3]. » Dieu est notre Créateur et Père, notre Providence, notre Espérance et notre Joie. C’est Lui qui est à l’origine de ce que nous sommes, c’est donc vers Lui qu’il faut se tourner pour reconnaître la raison et la fin pour laquelle Il nous a voulus et aimés avant même que nous fussions. C’est Lui qui sait pour quel bonheur Il nous a faits, et notre dignité à nous, c’est de correspondre librement à cette Volonté bonne par et pour Laquelle nous sommes. Dans la mesure où nous aimons Dieu qui seul est éternel et immuable, souverain et bienheureux, nous trouvons dans cette relation la vie éternelle. Or l’amour aspire naturellement à la vie éternelle ; personne ne veut être aimé pour six mois, dix ans ou trois quarts d’heure. Lorsque l’on est heureux, on veut que ce soit pour toujours. L’amour rime avec toujours. Vous êtes donc bienheureux, chers Xavier et Aurélie, de venir en ce jour offrir votre amour à Celui qui vous l’a donné, de sorte que librement relié à son origine il trouve en Dieu son accomplissement, c’est-à-dire l’espérance de l’éternité et la perfection. « Sans Moi, vous ne pouvez rien faire [4] », dit Jésus. Rien de grand, de beau, de durable, de saint, de digne de la vie éternelle. Ce n’est donc que dans la mesure où vous aimez en Jésus, par Lui, comme Lui et pour Lui, que votre amour atteindra aux dimensions de la joie du Seigneur qui est sans limites. Nous le savons, l’Amour S’est manifesté en Jésus. Lui nous a aimés du plus grand amour qui soit, jusqu’à donner Sa Vie pour nous, jusqu’à nous donner Son Corps et Son Sang en nourriture, jusqu’à nous donner Son Cœur, afin que nous puissions aimer avec Son Amour… C’est alors que nous pouvons être assurés de nous aimer vraiment, parfaitement… Par le sacrement de mariage, Jésus va recevoir, unir, greffer votre amour au Sien, de sorte que votre amour deviendra Son Amour, et Son Amour votre amour…

De cette communion avec Dieu, votre amour reçoit les caractéristiques du Sien… et participe de Son indissolubilité, de Sa fidélité, de Sa générosité, de Sa fécondité, de Sa liberté ! Il est destiné à porter les fruits délicieux du Paradis, réservés à ceux qui acceptent de recevoir l’Amour du Christ, et de Le redonner à leur tour, de s’unir à Sa Croix, par laquelle on se donne en actes et en vérité, pour se retrouver, par Sa Résurrection, nouveau, totalement identifié à l’Amour. Ces fruits précieux, saint Paul en cite quelques-uns dans la lettre aux Philippiens. Il cite « la Joie du Seigneur [5] ». Parce que Dieu est la Joie absolue, infinie et parfaite, la pleine union d’amour à Dieu donne la plénitude de la Joie. « La Joie du Seigneur » est au bout du combat, mais cependant déjà mystérieusement présente dans le cœur de qui est uni au Christ ressuscité. Puisque le Seigneur S’est fait si proche de nous qu’Il est devenu une seule chair avec nous, que pourrions-nous craindre, si nous demeurons en communion avec Lui, vainqueur de tout mal et de la mort même ? Pour maintenir effective cette communion, la vigilance et la prière sont indispensables. Sans la prière, nous sommes fatalement entraînés loin des exigences de la vie chrétienne. « Une famille qui prie est une famille qui vit [6] », disait Pie XII. Qui vit de la vraie vie, celle qui demeure pour l’éternité.

Par la grâce du sacrement, votre amour reçoit non seulement de partager les qualités de l’Amour divin, et d’en goûter les fruits, mais encore de participer à son Œuvre. Désormais, uni à l’Amour de Dieu, votre amour sera l’épiphanie, la manifestation, la présence, l’incarnation de l’Amour du Christ pour l’Église. Si Jésus – Dieu fait homme – unit le commandement d’aimer Dieu à celui d’aimer son prochain comme soi-même, c’est parce que l’amour n’est pas une illusion, et qu’il exige un comportement objectif qui rende témoignage de sa vérité. L’exhortation de saint Paul à pratiquer la vertu [7] découle de cette exigence inhérente à la vérité de l’amour. Et je sais que vous êtes décidés à pratiquer « tout ce qui est vrai et noble, […] juste et pur, […] digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et […] mérite des éloges [8] ». C’est pourquoi « le Dieu de la paix sera avec vous [9] » et déjà vous bénit.

1. Gn 2 24.

2. Cf. 1 Jn 4 8, 16.

3. Mt 22 37-38.

4. Jn 15 5.

5. Ph 4 4.

6. Pie XII, Allocution aux paroissiens de Centocelle, 13 décembre 1953.

7. Cf. Ph 4 8.

8. Ph 4 8.

9. Ph 4 9.