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Homélie à des Artistes

Depuis la fin des Lumières, foi et art se sont de plus en plus éloignés l’un de l’autre. Jusque là, dans l’Europe chrétienne comme dans toute l’histoire de l’humanité, l’art plongeait ses racines dans la religion, et même dans ses formes profanes il restait lié à cette terre nourricière.

La Renaissance et la Réforme ont représenté une première crise pour cet entrelacement entre Église et art. Le divorce est depuis longtemps consommé, et si nous ne savons plus aujourd’hui quelle expression artistique nous devons et pouvons trouver, la coupure d’avec la terre nourricière religieuse n’a pas non plus été sans conséquences pour l’art et la culture moderne.

Ils se sont eux-mêmes retrouvés égarés, ne sachant plus quel chemin prendre. Ils apparaissent en quelque sorte inutiles dans le monde moderne et, faisant de nécessité vertu, l’art se définit simplement ainsi : l’art serait ce qui ne remplit aucune fonction, mais se contente justement d’être simplement là !… C’est vrai, certes, pour une part, mais avouons que la simple négation ne suffit pas pour qu’un phénomène, quel qu’il soit, prenne sens dans la texture existentielle de l’homme et du monde…

Je donnerai volontiers comme définition à l’art d’être « ce qui rend présent », autrement dit de « représenter », de « mettre en présence ».

Si l’art est bien cela, trois remarques sont à faire :

La première, c’est que les artistes ne découvrent pas par eux-mêmes ce qui pourrait être beau et digne de Dieu. L’homme n’est pas capable de le découvrir par lui-même. C’est Dieu qui le révèle à l’artiste, et la création artistique reproduira ce que Dieu lui-même aura montré à l’artiste de l’ineffable beauté de Son Mystère. Être artiste suppose un regard intérieur sur l’Archétype. La création artistique est la transposition dans le monde sensible d’une contemplation.

La deuxième remarque, c’est que la création artistique, telle que la voit la foi, est totalement différente de la créativité telle que la conçoit le monde moderne. Ce que nous qualifions aujourd’hui de créativité consiste à faire ce qui n’a encore jamais été fait ou pensé par un autre, l’invention de ce qui nous est totalement propre et totalement nouveau. La création artistique, pour la foi, est, au contraire, un « regarder avec Dieu », une participation à Son activité créatrice ; elle revient à faire apparaitre la beauté déjà présente à l’état latent dans la création. Cette façon de voir n’enlève rien à la dignité de l’artiste, mais la fonde. En ce sens l’artiste est prophète.

La troisième remarque voudrait souligner, en conséquence, que si la primauté de l’ordre moral objectif s’impose absolument à tout le monde, une particulière responsabilité revient à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, participent à la réalisation et à la diffusion de la vie culturelle et artistique. L’art peut servir à éloigner les hommes de Dieu, qui est pourtant à l’origine et à la fin de tout, qui Seul est beau, beauté à laquelle toute la création rend témoignage, ou bien, tel l’art sacré, contribuer délibérément à tourner les âmes humaines vers Dieu. C’est dans le respect intégral et fidèle de cet ordre qui, seul, transcende et harmonise les formes diverses de l’activité humaine, sans en excepter l’art, que l’homme atteint sa perfection et son bonheur.