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Sermon pour le troisième Dimanche de l’Avent (année C)

(Liturgie de la Parole : So 3 14-18 ; Is 12 ; Ph 4 4-7 ; Lc 3 10-18)


Frères et sœurs, avez-vous remarqué combien le thème de la joie est présent aujourd’hui dans les textes de la liturgie ? Dans la prière d’ouverture, nous avons demandé à Dieu de diriger notre joie vers la joie du si grand mystère qu’est la naissance de Son Fils parmi nous. Puis, le prophète Sophonie annonçait que le Seigneur aurait, dans le peuple élu, Sa joie et Son allégresse, qu’il danserait pour Lui avec des cris de joie, comme aux jours de fête. Ensuite, le psaume nous a invités à jubiler et à crier de joie, car Il est grand au milieu de nous, le Saint d’Israël. Et saint Paul insiste : « Laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. Soyez toujours dans la joie du Seigneur [1]. » Tandis que l’Évangile se termine par l’annonce de la Bonne Nouvelle…

Cette invitation à la joie retentit pour nous avec une singulière opportunité en ce temps de l’Avent, où nous nous apprêtons à célébrer la Nativité de Jésus-Christ, notre grand Dieu et Sauveur, ainsi que le Jubilé du deux millième anniversaire de Sa naissance… car c’est bien Lui, Jésus, Dieu fait homme, Dieu donné aux hommes, qui est notre joie ! « Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’Il lui a donné Son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle [2] »…

Si Jésus est notre joie, Lui-même tire la Sienne de Sa relation incommunicable d’amour avec le Père. Le Père, Principe sans principe, dans un élan de générosité joyeuse, engendre le Fils, en tout semblable à Lui, Lequel, dans un élan de gratitude joyeuse, Se donne en retour au Père. Cette relation qui Les constitue Père et Fils est la Joie de l’Un et de l’Autre, elle est Leur commun Esprit, en tout semblable à Eux, Dieu Lui-même. Aussi, en nous envoyant Son Esprit, Jésus nous communique-t-Il la Joie absolue, parfaite et infinie qui est Dieu même. « Je vous parle ainsi, dit-Il, afin que vous ayez en vous Ma joie, et que votre joie soit parfaite [3] », et lorsqu’Il ajoute : « Père, J’ai révélé à Mes disciples Ton nom et Je le leur révélerai pour que l’Amour dont Tu M’as aimé soit en eux et Moi en eux [4] », Il annonce la réalisation de ce que prophétisaient Sophonie et le psaume de ce jour : « Le Seigneur est en toi. […] Il aura en toi Sa joie et Son allégresse [5]. » « Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car Il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël [6]. » Certes, ces paroles se comprennent de l’Incarnation du Verbe de Dieu, mais une fois Celui-ci remonté au Ciel, elles se comprennent de la présence de Son Esprit dans l’âme des croyants. En nous introduisant par le don de Son Esprit dans la relation du Père et du Fils, Jésus nous donne de communier à Sa propre joie qui est Dieu même. Dieu, en effet, n’est que joie, car en Lui tout est don. D’où l’exhortation de Jean-Baptiste à partager… afin que nous nous rendions dignes d’entrer ainsi dans la joie promise par Dieu.

Il y a donc une grande différence entre la joie des païens et la joie chrétienne. Les païens mettent leur joie dans les biens, les plaisirs, les succès de ce monde qui passe. Mais qu’ils viennent à les perdre, et les voilà aussitôt dans la tristesse, au point que certains en arrivent même à se suicider. Les chrétiens, eux, trouvent leur joie en Dieu, qui seul est la source de la vraie joie, parce que Dieu seul est Dieu, et que Dieu est Joie, aussi vrai qu’Il est heureux d’être Dieu ! Se réjouir de la joie de Dieu est un acte sublime et très saint de charité pure. Si nous aimons vraiment Jésus comme nous devons L’aimer, c’est-à-dire de tout notre cœur, parce qu’Il est Dieu, et que de plus Il est mort par amour pour nous sur une croix afin de nous laver de tous nos péchés dans Son sang et nous arracher par Sa résurrection à la mort éternelle, alors, nous nous réjouissons de ce que Jésus soit désormais et pour toujours dans la gloire du Paradis. Jésus est heureux ? Alors moi aussi je suis heureux, parce que je L’aime, et que Son bonheur est mon bonheur. Telle est ma joie, et elle est parfaite, et qui pourrait me l’enlever ? Ainsi se vérifie la promesse de Jésus à Ses disciples quelques heures avant Sa mort : « Maintenant vous êtes tristes, mais Je vous reverrai et votre cœur se réjouira, et votre joie, nul ne pourra vous la ravir [7] ». En effet, puisque la joie des chrétiens n’a pas son motif dans les biens, les plaisirs ou les succès de ce monde, rien non plus de ce monde ne peut la leur enlever. Ils possèdent la vraie joie, la joie éternelle qui demeure à travers les privations, les échecs, les humiliations et même les pires souffrances. La joie que Jésus annonçait dans les Béatitudes : « Heureux vous les pauvres… Heureux vous qui pleurez maintenant… Heureux vous qui avez faim maintenant… Heureux [8]… »

Cette joie ne supprime pas pour autant la souffrance, mais coexiste avec elle dans le sommet spirituel de l’âme où la souffrance est accueillie avec joie, quand on la sait permise par Dieu pour notre bien et que l’on y voit une participation à la Croix de Jésus-Christ. C’est ainsi que saint Paul pouvait écrire : « Je surabonde de joie au milieu de toutes mes souffrances [9] », ou que saint Laurent demandait qu’on le retournât sur son grill… Cette joie arrache l’âme aux misères de la pauvre vie humaine et l’élève au-dessus de tout pour la faire entrer dans la vie intime de l’adorable Trinité. « Joie, joie, joie, pleurs de joie [10] », confessait Pascal à l’instant de sa conversion au Dieu de Jésus-Christ qui ne Se trouve que par les voies enseignées dans l’Évangile. « Joie, joie, joie, pleurs de joie. »

Dès lors, la vie d’un chrétien, comme de celle de l’Église, est une fête perpétuelle. Puisque Jésus est définitivement vainqueur du péché et de la mort, il ne peut plus y avoir pour nous aucune tristesse… Nous devons constamment surabonder de joie, ainsi que saint Paul nous y engage : « Soyez toujours dans la joie. Laissez-moi vous le redire : Soyez dans la joie du Seigneur [11]. » Quelle raison saint Paul donne-t-il pour justifier son exorbitante demande ? Uniquement celle-ci : « Le Seigneur est proche [12]… » Il Se fait si proche qu’Il vient à chaque Communion faire de notre âme Son Ciel. Ah, si nous pouvions contempler la beauté d’une âme en état de grâce, la beauté d’une âme où demeure la Trinité Sainte ! Alors, comme les foules qui demandaient à saint Jean Baptiste : « Que devons-nous faire [13] ? », nous chercherions à gagner des âmes à la Trinité Sainte pour qu’Elle y fixe Sa demeure, et que s’accomplisse toujours plus parfaitement la prophétie de Sophonie : « Le Roi d’Israël est en toi. Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est Lui le Héros qui apporte le Salut [14]. »

« Que devons-nous faire [15] ? » Pas nécessairement de grandes choses, les plus simples peuvent suffire : à commencer par la mise en œuvre fidèle, voire aujourd’hui héroïque, de la doctrine sociale de l’Église dans l’exercice de son devoir d’état, mais aussi un regard retenu, un service rendu, un sourire aimable… Tout cela, offert au Seigneur, est d’un grand profit pour les âmes et leur attire un flot de grâces. Faudrait-il rappeler le fruit de la prière, du sacrifice, de toute action offerte pour expier les péchés des âmes ?… Mais rien n’égale le témoignage d’une joie qui se maintient à travers les pires souffrances. Une âme qui garde une joie inaltérable et rayonnante, contre vents et marées, et même dans les plus atroces souffrances, non seulement donne à son Seigneur une magnifique preuve de foi et d’amour, mais encore elle conduit au Sauveur qui est en elle les âmes qui s’interrogent sur la cause d’une telle joie…

La joie est une des plus irrésistibles puissances du monde : elle apaise, elle désarme, elle conquiert, elle entraîne. La joie est un culte à rendre à Dieu. Elle est le baromètre de l’âme, son degré indique celui de l’amour… C’est pourquoi Jésus veut être servi dans la joie, toujours.

1. Ph 4 4.

2. Jn 3 16.

3. Jn 15 11.

4. Jn 17 26.

5. So 3 17.

6. Is 12 6.

7. Jn 16 22.

8. Lc 6 20…22.

9. 2 Co 7 4.

10. Pascal (Blaise), Le Mémorial.

11. Ph 4 4.

12. Ph 4 5.

13. Lc 3 10.

14. So 3 15.17.

15. Lc 3 10.