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Sermon pour le premier Dimanche de l’Avent (année B)

(Liturgie de la Parole : Is 63 16…64 7 ; Ps 79 ; 1 Co 1 3-9 ; Mc 13 33-37)


C’est aujourd’hui le premier jour de la nouvelle année liturgique. Nouvelle année liturgique qui commence toujours par le temps de l’Avent, de l’attente.

Tous, nous sommes en attente. Nous avons soif de notre accomplissement, de notre perfection. Nous tendons vers notre fin… et le malheur est d’errer hors de ce chemin, celui de l’accomplissement de la volonté divine par l’accomplissement de laquelle seule nous atteignons au bonheur pour lequel Dieu nous a créés.

Depuis l’aube de l’humanité, nous attendons le bonheur… et rien ici-bas ne peut nous le donner… alors le prophète Isaïe, huit siècles avant Jésus-Christ (!) a ce cri extraordinaire de foi qui traverse tous les espaces et s’élève jusqu’au Ciel, pour lui demander, dans un fol espoir tout enivré de la véhémence de la douleur et de l’amour : « Ah ! Si Tu déchirais les Cieux, si Tu descendais [1] » !…

Et voilà que huit siècles avant la naissance du Christ, Sa venue est désirée… le Salut de Dieu est annoncé !…

Puisque nous ne pouvons pas, par nous-mêmes, nous donner ce bonheur auquel nous aspirons, puisque, si haut que nous nous élevions, nous n’atteignons jamais Dieu qui est toujours au-delà, il n’y a qu’une solution : c’est que Dieu descende jusqu’à nous !… « Ah ! Si Tu déchirais les Cieux, si Tu descendais » !…

Le temps de l’Avent nous rappelle cette attente de l’humanité et nous invite à renouveler en nous ce désir de Dieu. Mais pas seulement cela, car, pour nous Chrétiens, notre attente du Salut est comblée : nous n’avons plus à attendre dans l’angoisse, le doute et l’ignorance un salut encore hypothétique. Nous n’avons pas à imaginer ou à bricoler un salut type New-Age ou je ne sais quelle imposture ignorant ou reniant l’unique vraie religion. Nous sommes bel et bien déjà sauvés par l’Incarnation de Dieu.

Le temps de l’Avent veut nous aider à prendre une conscience renouvelée de la grâce inouïe qui nous a été donnée : la Bonne Nouvelle de Jésus Sauveur.

Cependant, si, du côté de Dieu, le pardon et le Salut sont donnés, reste encore de notre côté à les recevoir… et c’est pourquoi le temps de l’Avent est aussi un temps qui dirige notre désir vers le retour du Christ, où toutes choses seront définitivement accomplies. Ce jour-là, toute chose et chaque être entrera dans son éternité, de vie ou de mort, selon que le salut aura été accueilli ou non…

Le temps qui sépare ces deux venues personnelles du Seigneur est l’espace ouvert à Sa troisième venue, celle qui s’accomplit de multiples manières, au long des jours – et de la façon la plus sublime qui soit dans le Mystère de l’Eucharistie. Nous ne vivons plus dans l’attente angoissée de savoir si oui ou non nous pouvons être sauvés : nous l’avons été par la venue de Jésus. Mais pour autant, nous ne pouvons pas nous reposer sur cette certitude qui nous dispenserait d’une participation personnelle et active à l’œuvre de notre propre salut et de celui de notre prochain. Non, dans l’attente du jour de l’éternité, nous avons à montrer, concrètement, que nous vivons déjà de cette vie nouvelle donnée par Dieu. Cela implique, dit Isaïe, l’espérance de pratiquer « la justice avec joie » et de se souvenir de Dieu, en suivant le chemin de Ses commandements [2].

Dans l’attente de Son retour, lorsqu’Il viendra juger les vivants et les morts et rendre à chacun selon ses œuvres, Jésus nous exhorte à nous souvenir de Dieu, à veiller : « Prenez garde, veillez […]. Veillez donc […]. Veillez [3] ! »

Veiller, c’est tenir solidement jusqu’au bout, sans reproche. C’est garder notre esprit attentif à tout ce que nous pensons, disons et faisons, pour le diriger vers Dieu, par amour, car dès que notre attention se relâche, nous nous laissons inévitablement entraîner loin des exigences de l’amour de Dieu, et nous ne vivons plus de cet amour. Alors s’introduisent en nous les mauvaises pensées, les mauvais désirs, les mouvements d’orgueil, de mensonge, d’impatience, de sensualité, de cupidité.

Veiller, c’est vivre de la foi dans l’attente de l’éternité. Veiller, c’est garder son cœur pour Dieu seul, et renoncer à tout amour qui nous éloignerait de Dieu.

Veiller implique le recueillement et le renoncement. Qu’est-ce qui nous fatigue et nous trouble, sinon les affections immortifiées de notre cœur ?

Veiller, parce que l’ennemi du genre humain, Satan, rode pour dérober le trésor de notre foi par laquelle, seule, on accède à Dieu et à Son Royaume. Si Jésus nous exhorte avec autant d’insistance à être vigilants, c’est bien parce qu’Il sait les dangers multiples auxquels nous sommes exposés ici-bas, dans cette lutte continuelle qui oppose les ténèbres à la lumière.

Dormir serait succomber au pouvoir de la nuit. S’abandonner ainsi à la torpeur et à la négligence, c’est permettre que nous soit arraché le reflet de toute beauté spirituelle. Les âmes obscurcies par le péché ne peuvent pas accueillir la splendeur de la vie et de la communion avec Dieu. Alors, même les corps sont abrutis par la violence des passions et de l’impureté. L’homme est écrasé sous le poids d’une civilisation sans Dieu, qui défigure en lui l’image de sa dignité originelle. Le monde est obscurci par un refus obstiné de Dieu.

Même les bons sont devenus tièdes, et comme paralysés par l’ambiance malsaine dans laquelle ils vivent. Jean-Paul II dit :

« Nous nous trouvons en présence d’une mentalité qui affecte, souvent de manière profonde, ample et très répandue, les attitudes et les comportements des chrétiens eux-mêmes, dont la foi est affaiblie et perd son originalité de critère nouveau d’interprétation et d’action pour l’existence personnelle, familiale et sociale. En réalité, dans le contexte d’une culture largement déchristianisée, les critères de jugement et de choix retenus par les croyants eux-mêmes, se présentent souvent comme étrangers, ou même opposés à ceux de l’Évangile [4] »…

Même dans l’Église, les fumées de Satan ont pénétré et obscurci l’intelligence des Mystères de la Foi… Alors « des aveugles guident des aveugles »… et l’on sait ce qui se passe lorsqu’« un aveugle guide un aveugle : tous les deux tomberont dans un trou [5] » !

Dans l’Évangile de ce jour, le portier est le seul de tous les serviteurs du maître à être désigné par la spécificité de sa fonction. C’est qu’elle est capitale. C’est lui en effet qui est chargé d’ouvrir ou de fermer la porte du domaine à qui se présente. De sa vigilance dépend la sécurité de toute la maisonnée… grave responsabilité des pasteurs de l’Église ici mise en relief…

« Veillez [6] ! », nous dit Jésus. « Ne vous laissez pas dérober le don précieux de la Foi que Je vous ai fait et qui est pour vous la flamme qui illumine votre nuit, le germe de lumière de Mon jour. » Et dans l’Apocalypse, Il ajoute : « Mon retour est proche : tiens ferme ce que tu as pour que nul ne ravisse ta couronne [7]. »

1. Is 63 19.

2. Cf. Is 64 4.

3. Mc 13 33, 35, 37.

4. Jean-Paul II, lettre encyclique Veritatis Splendor, 6 août 1993, n. 88 (La Documentation catholique, n. 2081, 7 novembre 1993, p. 931).

5. Mt 15 14.

6. Mc 13 37.

7. Ap 3 11.