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Sermon pour le deuxième Dimanche de l’Avent (année B)

(Liturgie de la Parole : Is 40 1…11 ; Ps 84 ; 2 P 3 8-14 ; Mc 1 1-8)


Ce deuxième Dimanche de l’Avent nous achemine un peu plus loin vers l’accomplissement de La Promesse, « la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu [1] ». Jean-Baptiste le proclame : « Voici venir derrière moi Celui qui est plus puissant que moi [2] », et le psaume proclame : « Son salut est tout proche de ceux qui L’adorent [3] », tandis qu’Isaïe annonce : « Voici votre Dieu [4] ! » Voici votre Dieu ! Ça y est ! Il est là !… Mais encore faut-il Le reconnaître ! Car Dieu est invisible… et même lorsqu’Il sera visible en Jésus de Nazareth, on ne Le reconnaîtra pas ! C’est pourquoi ce temps de l’Avent nous est donné pour nous préparer à L’accueillir. Et si seuls « les cœurs purs […] verront Dieu [5] », alors purifions nos cœurs. En préparant Noël, anniversaire de Sa première venue, nous voulons renouveler notre foi pour nous rendre capable de Le recevoir en Sa deuxième venue, celle de chaque jour, de sorte qu’au Dernier Jour, au Jour du Jugement, nous entrions dans ce « ciel nouveau et [cette] terre nouvelle où résidera la justice [6] ».

En quoi donc ces textes peuvent-ils intéresser des amis chasseurs réunis par une commune dévotion à saint Hubert, patron attesté des chasseurs depuis le XIe siècle ? Vous connaissez certainement l’histoire de ce saint, aussi ne vais-je pas vous la raconter, mais voir comment lui-même vous parle à travers ces textes. Saint Hubert est célèbre pour sa conversion ; or tous les textes de ce jour nous invitent précisément à la conversion… « Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur [7] », proclame Isaïe, ce que répète saint Jean-Baptiste [8], tandis que saint Pierre nous révèle que si la dernière venue du Seigneur semble tarder, c’est parce que, dans Sa patience et Son infinie bonté, Dieu veut laisser au plus grand nombre possible le temps de se convertir et d’entrer ainsi en possession de la promesse divine [9]. Alors qu’Hubert chassait un vendredi saint (!), il vit le cerf qu’il courrait se retourner et lui dire : « Au lieu de chasser un jour pareil, que ne fais-tu pénitence et ne vas-tu prier, misérable ! » Le cerf tenait le même langage que les textes de ce jour : faites pénitence, « préparez le chemin du Seigneur [10] » ! Et, touché par la grâce, Hubert se convertit, ce qu’il veut dire qu’il cessa de mépriser les commandements de Dieu et de l’Église, et se mit à s’occuper de son âme pour lui assurer le salut donné gracieusement à ceux qui craignent Dieu. Son amour pour Dieu venu le délivrer d’une vie de vanités et de plaisirs où, dans l’insouciance de la justice de Dieu et de celle qu’il devait accomplir, il se damnait, le transforma si bien qu’il se mit tout entier au service de Dieu et de Son Église et devint évêque. Il se mit à bâtir des églises, brûler les idoles, prêcher de toutes les manières possibles et secourir les malheureux en grand nombre. Comment, en ce jour où vous vous offrez à honorer saint Hubert, pourriez-vous ne pas vous promettre de chasser dorénavant avec encore bien plus d’adresse que le gibier, les péchés qui offensent notre Créateur, tout en blessant et tuant l’âme de ceux qui les commettent ? Sans nul doute, saint Hubert appelle-t-il à le suivre sur le chemin de la conversion…

Les bêtes sauvages et nuisibles ne manquent pas aujourd’hui. Il y a toujours celles que visait en son temps saint Paul, disant que ceux qui n’arriveraient pas à s’en défaire ne pourraient hériter du Royaume des Cieux : l’impudicité, l’adultère, l’idolâtrie, la débauche, la pédérastie, l’homosexualité, le vol, l’avarice, l’ivrognerie, la haine [11] ; mais il faut leur ajouter aujourd’hui de nouvelles, comme la drogue, la pornographie, l’avortement légalisé et remboursé par la Sécurité Sociale, la production d’embryons comme de simples matériaux voués à être objets d’expérience et puis détruits, l’eugénisme par les procréations médicalement assistées, l’euthanasie et tant d’autres. Ces dernières sont beaucoup plus dangereuses que les précédentes car elles disposent aujourd’hui d’une légitimation juridique. Elles sont ce que Jean-Paul II appelle des « structures de péché [12] ». Aussi, pour les tuer faut-il être capable de s’opposer à des lois qui, parce qu’elles sont contraires à la loi naturelle, « non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais […] entraînent une obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience [13] », comme nous le demande le pape.

Le Créateur de cette magnifique nature demande à ce que nous la respections et l’aimions comme la matrice à notre devenir que Dieu a voulu divin. Or, Il vient. Il est déjà venu, et précisément dans la personne d’un petit enfant qu’Hérode a tout de suite cherché à faire mourir… Il est déjà venu une première fois Se montrer à nous à travers Sa fragile humanité, nous apprenant à nous aimer nous-mêmes tels que nous sommes et tels qu’Il nous a aimés, et Il viendra une dernière fois récolter les fruits de l’Amour qu’Il a ainsi semé dans le monde ; ce sera le Jour du Jugement, où l’Amour recevra sa récompense et l’égoïsme la sienne ; en attendant, le Seigneur continue à venir, patiemment, laissant à tous « le temps de se convertir [14] » pour L’accueillir. « Voyez quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu vous devez avoir [15] », nous demande saint Pierre… Autrement dit, pour que notre Avent par lequel nous célébrons la Promesse faite à Israël de la venue du Messie ne soit pas une tartufferie qui nous condamne, il doit être un temps fort permettant à chacun d’entre nous le sursaut qui l’arrachera à son égoïsme et lui permettra de se faire en toute justice le serviteur du plus innocent et du plus faible d’entre nous, de sorte qu’en lui nous puissions accueillir Dieu qui S’est fait Tout-petit. Pas d’amour sans vérité. Non ! pas d’amour possible, digne de ce nom, en dehors de la vérité de l’amour. Quelle parole prophétique que ce psaume d’aujourd’hui [16] en un temps comme le nôtre, où l’on veut libérer l’amour de toute référence à la vérité objective de l’amour, de la famille, de la vie, de la loi naturelle, sans parler de la loi divine ! Non, point d’amour possible en dehors de la vérité. Il ne suffit donc pas de partager avec les pauvres, mais il faut vivre comme les pauvres et ressentir comme siennes leurs misères ! Il y a un style de vie personnel ou ecclésial qui ne trompe pas sur l’authenticité de notre vie évangélique. Qui ne connaît pas la morsure de la pauvreté dans sa propre chair et la douleur de l’injustice faite au prochain dans sa propre âme, risque de s’endormir dans son confort solitaire, de cesser de veiller et de laisser passer, non pas le Père Noël, mais le Sauveur Lui-même qui vient nous donner au prix de Sa mort Sa vie divine… Ce que Dieu demande à des Chrétiens vieillis, fatigués, parfois découragés, c’est de devenir contemporains de Son Fils. Pour Lui, « un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour [17] » : Il est éternel. Il est venu, Il ne cesse pas de venir et Il viendra encore. Christ de l’Évangile, un Christ pauvre et un Évangile toujours neuf pour le monde d’aujourd’hui.

Et, soit dit en passant, chaque Messe nous donne l’occasion de devenir contemporains du Sacrifice du Christ. Que faisons-nous à la messe ? Savons-nous nous unir à ce sacrifice ? Nous offrir « par Lui, avec Lui, et en Lui » ?

Pour devenir contemporains du Christ et faire Sa rencontre… il faut préparer le chemin et Lui permettre de nous rejoindre. Le Seigneur ne suit aucun chemin tordu ! Celui qui suit un chemin tordu s’éloigne de Dieu… Voilà pourquoi tous les prophètes nous invitent, nous supplient de redresser nos chemins, afin que le Seigneur puisse les faire Siens et venir à notre rencontre nous apporter le Salut. La justice, notre justice, doit aller au-devant de Lui. Pas de paix sans justice, en nous comme entre nous. Aussi saint Pierre exhorte-t-il ses frères qui attendent avec impatience la venue du jour de Dieu à être saints :

« Voyez quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu vous devez avoir […]. Faites donc tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix [18] » !

Mais comment être « nets et irréprochables [19] » ? Eh bien, nous, Catholiques, nous avons tout ce qu’il faut pour cela. Nous sommes les plus gâtés de tous les hommes. Avec l’intégrité du dépôt sacré de la Foi conservé miraculeusement à travers les siècles, nous avons encore les sacrements, œuvres même de Jésus-Christ ressuscité pour Son Église.

Nous avons le baptême, qui nous unit à la Mort et à la Résurrection de Jésus et nous communique ainsi la vie divine. Il s’agit pour nous d’une véritable recréation dans l’Esprit-Saint. À nous ensuite de vivre dans cette nouvelle vie. Par la Foi…

Jean-Baptiste aussi donnait un baptême, et dans de nombreuses traditions religieuses de l’humanité il y a un rite de passage qui utilise l’eau, parce que celle-ci lave le corps et représente la grâce rédemptrice qui purifie du péché, qui rend net et irréprochable. Mais la différence qu’il y a entre tous ces rites et le baptême du Christ, c’est que celui-ci ne se contente pas de signifier ou de représenter la grâce, mais qu’il la donne effectivement. Le baptême et tous les sacrements institués par le Christ sont des signes qui réalisent ce qu’ils signifient. Le Concile de Florence s’est exprimé ainsi :

« [Les sacrements de l’ancienne loi] n’étaient pas cause de la grâce, ils étaient seulement la figure de celle qui devait être donnée par la Passion du Christ. Les nôtres en revanche contiennent la grâce et la confèrent à ceux qui les reçoivent comme il convient [20] »…

Le baptême de Jean et les rites religieux autres que les sept sacrements institués par Jésus-Christ, comme par exemple nos sacramentaux (notre eau bénite), n’ont d’efficacité qu’en fonction des dispositions intérieures avec lesquelles on a recours à eux. Par contre, nos sacrements donnent la grâce indépendamment de nos dispositions. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de dispositions exigées, mais qu’elle n’est pas donnée à cause d’elles…

Il faut souligner la primauté absolue et fondamentale des sacrements, et donc la préférence inconditionnelle qu’il faut leur donner sur tout autre moyen de progrès, de salut ou de sanctification. Quiconque leur préférerait un autre moyen de progrès, de salut ou de sanctification, un autre rite, forme privée de prière ou de pratique de piété, une bonne œuvre quelconque, tomberait dans une grave erreur en préférant ce qui viendrait de son propre choix à la pure action que Jésus-Christ, Source unique de la Grâce, exerce en nous par le moyen des sacrements, choisis par Lui pour cela.

Si Jésus-Christ a institué les sacrements, c’est parce que la Grâce n’étant d’aucune manière perceptible à la sensibilité, nous ne pourrions pas savoir que nous la recevons si elle ne nous était pas donnée par le canal de signes sensibles qui la manifestent.

Enfin, par les sacrements, nous sommes constitués membres de l’Église en tant que société visible. Par là, les sacrements respectent un autre caractère fondamental de la nature humaine : son caractère social ; les sacrements créent entre les membres du Christ des liens visibles qui les établissent en société les uns avec les autres dans l’Église. C’est pourquoi, en cette année 1997 consacrée au baptême, il nous faut redresser une pratique courante mais en contradiction avec ce que je viens de dire et qui concerne le baptême des petits enfants célébré dans la seule intimité de la famille naturelle. Il nous faut retrouver le caractère social, communautaire, qui est impliqué par le baptême, de sorte que toute la Communauté des Chrétiens soit intéressée activement au baptême des petits enfants… D’ailleurs, le nouveau rituel du baptême des petits enfants donne comme forme normale de celui-ci le baptême de plusieurs enfants à la fois. C’est « toute la Judée, tout Jérusalem [21] » qui venaient se faire baptiser, et non pas l’un après l’autre, en catimini, comme si le baptême était une affaire purement privée…

Puisque le baptême nous fait membres du peuple saint, du peuple de Dieu, « voyez quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu vous devez avoir [22] » !

Que tout ravin doive être comblé et toute montagne abaissée [23] signifie rétablir l’égalité, la justice. Car Dieu, nous dit saint Jean-Baptiste, marche par un chemin aplani, c’est-à-dire un chemin où l’on ne risque pas de trébucher. Dieu, bien sûr, ne risque pas de trébucher ; aussi, si l’on dit qu’il faut préparer le chemin du Seigneur en aplanissant Sa route [24], cela signifie que Dieu, qui est juste, veut nous voir vivre dans la justice, cheminer par des voies où même le plus petit d’entre nous ne puisse risquer de trébucher ; Lui-même S’est fait tout petit afin de donner même au plus petit la dignité d’enfant de Dieu en étant semblable à Lui…

« Justice et paix s’embrassent [25] », dit le psaume que nous venons d’entendre. Oui, pas de paix en nous et entre nous sans justice. Pas de paix si le plus petit d’entre nous tombe parce que la route devant lui n’est pas aplanie ! Que notre société est donc loin de pouvoir accueillir Celui qui S’est fait Petit-Enfant pour apporter précisément Sa justice jusqu’au plus petit, elle qui viole l’innocence des enfants par la pornographie, et tue chaque année, notamment par l’avortement légalisé, le diagnostic préimplantatoire, les procréations médicalement assistées, des centaines de milliers d’enfants non encore nés, ou les produit en laboratoire comme de simples matériaux voués à être objets d’expérience et détruits ! Qui dira que le message de conversion pour le pardon des péchés n’est pas actuel ? Qui peut penser que Dieu puisse faire Sienne une société telle que nous l’avons bâtie ?

1. Mc 1 1.

2. Mc 1 7.

3. Ps 84 10.

4. Is 40 9.

5. Mt 5 8.

6. 2 P 3 13.

7. Is 40 3.

8. Cf. Mc 1 3.

9. Cf. 2 P 3 9.

10. Is 40 3 ;Mc 1 3.

11. Cf. 1 Co 6 9-10.

12. Jean-Paul II, lettre encyclique Evangelium Vitæ, 25 mars 1995, n. 24 (La Documentation catholique, n. 2114, 16 avril 1995, p. 362).

13. Ibid., n. 73 (loc. cit., pp. 388-389). Les italiques sont dans le texte.

14. 2 P 3 9.

15. 2 P 3 11.

16. Cf. Ps 84 11.

17. 2 P 3 8.

18. 2 P 3 11, 14.

19. 2 P 3 14.

20. Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo sur l’union avec les Arméniens, 22 novembre 1439 (Denzinger, n. 1310).

21. Mc 1 5.

22. 2 P 3 11.

23. Cf. Is 40 4.

24. Cf. Mc 1 3.

25. Ps 84 11.