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Sermon pour le troisième Dimanche de l’Avent (année B)

(Liturgie de la Parole : Is 61 1…11 ; Lc 1 ; 1 Th 5 16-24 ; Jn 1 6…28)


Ce dimanche est celui de la joie, le dimanche Gaudete. On devine aisément pourquoi il fut appelé ainsi : les lectures de ce jour à maintes reprises nous invitent à la Joie.

« Je tressaille de joie dans le Seigneur [1] », s’exclame Isaïe, l’esprit de Marie exulte de joie en Dieu son Sauveur [2], et saint Paul demande à ses frères d’être « toujours dans la joie [3] ».

Cette joie vient de ce que Dieu « S’est penché sur Son humble servante [4] », et « le Verbe S’est fait chair [5] ». Que Dieu Se soit fait homme est la bonne nouvelle adressée aux pauvres, la guérison de ceux qui ont le cœur brisé, la délivrance des prisonniers. Le problème est que, pour beaucoup, le Seigneur Se tient au milieu d’eux – c’est-à-dire dans leur cœur et dans leur vie sociale – et qu’ils ne Le connaissent pas… C’est pourquoi saint Jean-Baptiste nous appelle à redresser nos chemins [6]. En effet, le Seigneur ne suit aucun chemin tordu. Celui qui suit un chemin tordu s’éloigne du Seigneur. Mais celui qui décide de vivre selon la droiture permet au Seigneur de venir jusqu’à lui.

Cette décision de changer de vie, de se détourner du mal pour se tourner vers Dieu, s’exprime dans un rite : le baptême.

Dans de nombreuses traditions religieuses de l’humanité, comme pour le baptême de Jean, il y a un rite de passage qui utilise l’eau, parce que celle-ci lave le corps et représente ainsi la grâce rédemptrice qui purifie du péché. La différence qu’il y a entre tous ces rites et le baptême du Christ, c’est que celui-ci ne se contente pas de signifier ou de représenter la Grâce, mais qu’il la donne effectivement. Le baptême et tous les autres sacrements institués par le Christ sont des signes qui réalisent ce qu’ils signifient.

Les sacrements de l’ancienne Loi, enseigne le concile de Florence, « n’étaient pas cause de la grâce, ils étaient seulement la figure de celle qui devait être donnée par la Passion du Christ. Les nôtres en revanche contiennent la grâce et la confèrent à ceux qui les reçoivent comme il convient [7]. »

Le baptême de Jean et les rites religieux autres que les sept sacrements, comme par exemple nos sacramentaux (notre eau bénite), n’ont d’efficacité qu’en fonction des dispositions intérieures avec lesquelles on a recours à eux. Par contre, nos sacrements donnent la Grâce indépendamment de nos dispositions. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de dispositions exigées, mais que la Grâce n’est pas donnée à cause d’elles…

En cette année particulièrement consacrée au baptême dans la préparation au Jubilé qui fêtera le deux millième anniversaire de la venue de Dieu en notre humanité, et en notre époque de zapping où beaucoup se bricolent une religion à leur convenance, il faut souligner la primauté absolue et fondamentale des sacrements, et donc la préférence inconditionnelle qu’il faut leur donner sur tout autre moyen de progrès, de salut ou de sanctification. Quiconque leur préférerait un autre moyen de progrès, de salut ou de sanctification, un autre rite, forme privée de prière ou pratique privée de piété, une bonne œuvre quelconque, tomberait dans une grave erreur en préférant ce qui viendrait de son propre choix à la pure action que Jésus-Christ, source unique de la Grâce, exerce en nous par le moyen des sacrements, choisis par Lui pour cela.

Si Jésus-Christ a institué les sacrements, c’est parce que la Grâce n’étant d’aucune manière perceptible à la sensibilité, nous ne pourrions jamais savoir que nous la recevons si elle ne nous était pas donnée par le canal de signes sensibles qui la manifestent.

C’est la Grâce, et elle seule, qui peut nous faire exulter de joie, parce que seule elle nous introduit dans l’intimité de la Vie Trinitaire qui est Joie. C’est elle, ce « manteau de l’innocence », ce « vêtement du Salut [8] », cette faveur imméritée, ce secours gratuit dont Dieu nous revêt, par le baptême, pour nous rendre dignes de Lui et pouvoir nous épouser…

Ce que Dieu veut pour nous, c’est la joie, c’est nous donner la joie qu’Il est Lui-même. Parce que Isaïe, parce que la Vierge Marie, parce que saint Paul avaient compris cela, parce qu’ils ont cru que Dieu les aimait à ce point, ils exultaient de joie. Ils avaient trouvé la joie, la source de la joie qui est le Cœur de Dieu, le Cœur du Christ.

Celui qui aime vraiment ne peut que se réjouir de ce que Jésus ait définitivement vaincu le péché et la mort par Sa résurrection. Il ne peut plus y avoir pour lui aucune tristesse. Nous devons toujours surabonder de joie si vraiment nous aimons Jésus… Saint Paul nous demande de rendre « grâce en toute circonstance [9] », d’être toujours en train de dire merci ! Merci pour tout ! Comment cela pourrait-il être possible sinon en étant uni à Jésus mort et ressuscité ? Or c’est précisément le baptême qui nous rend participants de la mort et de la résurrection de Jésus. La souffrance elle-même peut alors être accueillie avec joie quand on la sait permise par Dieu pour notre bien et quand on y voit une participation à la Croix de Jésus-Christ.

Dès lors, la joie est un culte qu’il nous faut rendre à Dieu. Elle est le baromètre de l’âme, son degré indique le degré de l’amour. On connait le mot célèbre attribué à saint François de Sales : « Un saint triste est un triste saint », et sainte Catherine de Sienne disait : « Que la tristesse ne trouble jamais votre âme, car le démon ne désire pas autre chose [10] ». Tous les Saints ont été dans une joie rayonnante, la joie d’aimer Dieu et de vivre par Lui, avec Lui, et en Lui.

La joie chrétienne ne peut donc pas se confondre avec celle des païens qui ne connaissent pas Celui qui est au milieu d’eux. Les païens sont dans la joie quand tout en ce monde leur réussit, mais si les biens, les plaisirs et les succès de ce monde viennent à leur manquer, s’il leur arrive des privations, des échecs, des humiliations, des souffrances, ils tombent dans la tristesse et perdent leur joie. Au contraire, parce que la joie des Chrétiens n’a pas son motif dans les biens, les plaisirs et les réussites de ce monde, mais uniquement dans le triomphe pascal de Jésus sur le péché et la mort qui est définitivement acquis, c’est une joie que rien en ce monde ne peut leur enlever, une joie perpétuelle qui demeure à travers les privations, les échecs, les humiliations et même les pires souffrances. Rien de ce qui peut leur arriver ne doit les faire tomber dans la tristesse. Jésus aurait-Il parlé en vain lorsqu’Il a dit : « Je parle ainsi dans le monde afin que vous ayez en vous Ma joie, et que votre joie soit parfaite. […] Votre joie, nul ne vous l’enlèvera [11] » ?

Daigne le Seigneur, à la prière de la Comblée de grâce, qui est aussi Notre-Dame des Douleurs, diriger « notre joie vers la joie d’un si grand mystère [12] ».

Amen.

1. Is 61 10.

2. Cf. Lc 1 47.

3. 1 Th 5 16.

4. Lc 1 48.

5. Jn 1 14.

6. Cf. Jn 1 23.

7. Concile de Florence, Bulle Exsultate Deo sur l’union avec les Arméniens, 22 novembre 1439 (Denzinger, n. 1310).

8. Is 61 10.

9. 1 Th 5 18.

10. Ste Catherine de Sienne, Lettre XCVIII (52), 5 (Lettres de sainte Catherine de Sienne, traduites de l’italien par Étienne Cartier, Paris, Poussielgue, collection « Bibliothèque dominicaine », 1886, 2nde édition, t. II, p. 187).

11. Jn 15 11, 16 22.

12. Oraison de la messe.