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Sermon pour le quatrième Dimanche de l’Avent (année B)

(Liturgie de la Parole : 2 S 7 1…16 ; Ps 88 ; Rm 16 25-27 ; Lc 1 26-38)


Nous voici très proches de la célébration de Noël, et les textes de la liturgie de ce jour nous parlent, à leur façon, de cet événement qui est l’Événement par excellence : l’Incarnation de Dieu, selon ce mot de saint Paul : « La réalité, c’est le Corps du Christ [1] ».

Il s’agit pour nous d’entrer dans la connaissance de ce Mystère, « resté dans le silence depuis toujours [2] », mais désormais révélé « par ordre du Dieu éternel, et grâce aux écrits des prophètes [3] ». Il s’agit pour nous d’arriver « à l’obéissance de la Foi [4] », sans laquelle rien de grand ni de durable ne se fait, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu et d’accueillir le Salut.

Dans la première lecture, le roi David, se voyant confortablement installé dans son somptueux palais, voudrait bien offrir à Dieu une demeure moins indigne de l’Hôte divin qui a accompagné jusque-là le peuple hébreu dans ses pérégrinations. En effet, les Hébreux faisaient suivre avec eux, lors des déplacements de leur vie nomade, une espèce de boite contenant les tables de la Loi données à Moïse. C’était « l’Arche d’Alliance ». Sur elle reposait la présence de Dieu, la Shekinah. Un jour, l’apôtre Pierre lui aussi, lors de la transfiguration de Jésus, voudra construire une tente pour Moïse et Élie apparus dans la Gloire [5]. Et de tout temps la vie religieuse de l’humanité témoigne de ce désir que Dieu habite parmi nous, qu’Il vive avec les hommes… pour que nous-mêmes nous partagions Sa vie…

Or voici que Dieu annonce à David que ce n’est pas à lui de faire une maison pour Dieu. Comment David pourrait-il jamais offrir une demeure digne de Dieu ? De même que Pierre n’eut pas le loisir de dresser trois tentes pour Jésus, Moïse et Élie apparus en gloire, mais que ce fut du Ciel une nuée qui couvrit les Apôtres de son ombre [6], de même c’est Dieu qui bâtira à David une maison… digne de Dieu !

Et cette maison digne de Dieu, nouvelle Arche d’Alliance où reposera la Présence de Dieu, voici que l’Évangile nous la montre en la personne de la Vierge Marie. Sur elle doit venir l’Esprit-Saint, « la puissance du Très-Haut [la] prendra sous son ombre [7] », et Dieu prendra chair d’elle… pour être « Dieu avec nous, Emmanuel [8] ». Dieu le Fils, pour racheter l’humanité du péché, devait prendre une nature humaine appartenant à la descendance pécheresse d’Adam, sans être toutefois Lui-même atteint par le péché. Mais, parce que la personne de Dieu le Fils existe depuis toujours, et n’a d’autre père que Dieu le Père, il Lui fallait seulement recevoir la nature humaine, et pour cela seule une mère vierge convenait. Car – et c’est très important – il n’y a pas de personne humaine en Jésus-Christ mais seulement la personne unique du Fils de Dieu. C’est pourquoi Marie est véritablement appelée « Mère de Dieu », car elle a mis au monde la personne unique du Fils de Dieu et non une personne humaine…

Ainsi donc, Dieu a préparé, conformément à Ses promesses à l’humanité, dont le peuple juif était le dépositaire, une nouvelle demeure qui n’est pas de ce monde – ce que Nathan et Gabriel annoncent en disant qu’elle sera éternelle [9]. N’est pas non plus de ce monde la dignité de la nouvelle Ève à qui Dieu s’adresse pour enfanter la nouvelle Création : Marie est la « comblée de grâce [10] ».

Si un seul instant de l’existence de Marie avait échappé à la grâce, avait été en dehors de la grâce, on ne pourrait plus parler de plénitude de grâce en elle. Cela entraîne que Marie possède la grâce dès le premier instant de sa conception, qu’elle a été conçue en état de grâce, comme nous l’aurions tous été sans le péché originel, et, puisque le péché originel nous en prive, cela veut dire que Marie a été conçue sans aucune atteinte du péché originel. C’est là ce que l’on appelle « l’Immaculée conception ».

Dans la messe de l’Immaculée Conception, l’Église prie ainsi :

« Seigneur, Tu as préparé à Ton Fils une demeure digne de Lui par la Conception Immaculée de la Vierge ; puisque Tu l’as préservée de tout péché par une grâce venant déjà de la mort de Ton Fils, accorde-nous, à l’intercession de cette Mère très pure, de parvenir jusqu’à Toi, purifiés, nous aussi, de tout mal. »

Et par là nous comprenons que Marie est la première pierre de cette demeure de Dieu avec les hommes. La plus sublime, telle qu’elle surpasse en perfection et en beauté le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent, telle que rien ne peut être créé au-dessus d’elle, telle que Dieu l’aime plus que toutes les créatures réunies, certes, mais cependant non point la seule pierre de cette demeure. Car ce privilège inouï de l’Incarnation de Dieu en Marie, Dieu désire l’étendre à tout homme et toute femme qui, comme Marie, se rend disponible, par « l’obéissance de [sa] foi [11] » à cette œuvre. C’est ainsi que Jésus Se présentera comme la « Pierre angulaire [12] » du nouveau Temple de Dieu. Un temple dont les pierres sont les croyants, qui, comme Marie, ne refusent point de croire qu’« rien n’est impossible à Dieu [13] ». Alors, grâce à cette foi dont celle de Marie est le modèle, Jésus pourra bâtir une nouvelle demeure pour Son Dieu et Père, et ce sera l’Église :

« Tu es Pierre, et sur cette pierre Je bâtirai Mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. […] Quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié [14]. »

Frères et sœurs, c’est nous cette demeure de Dieu où le Seigneur ne dédaigne pas d’habiter depuis que Jésus nous a lavés de toutes fautes par le don de Sa grâce, à nous donnée par le moyen des sacrements. C’est nous cette demeure de Dieu qui a la promesse de la vie éternelle, pourvu qu’après y être entré nous ne la quittions pas pour notre malheur, mais que nous gardions jusqu’à notre mort l’assurance et la joyeuse fierté de l’espérance. Car « nous sommes devenus participants du Christ, si toutefois nous retenons inébranlablement jusqu’à la fin, dans toute sa solidité, notre confiance initiale [15]. »

Ainsi donc, le Temple de Dieu, « la réalité », l’unique réalité qui demeure pour toujours, « c’est le Corps du Christ [16] ». Ce Corps né de la Vierge Marie, à nous donné dans le sacrement de l’Eucharistie, afin que nous devenions ce que nous recevons : le Corps du Christ, le Temple du Dieu éternel.

Il serait intéressant d’étudier les rapports qui existent entre Marie, le Corps du Christ et l’Église, mais déjà nous pouvons comprendre comment Paul VI a pu proclamer Marie « Mère de l’Église [17] ». Nous sommes ceux que voyait Marie quand elle entendait Gabriel lui annoncer le règne éternel de son Fils, nous sommes ceux au salut de qui elle a consenti quand elle a dit : « Que tout se passe pour moi selon ta parole [18] ». Elle nous a tous portés en son sein avec Jésus-Christ en qui nous étions. Et puisque le nombre des élus destinés à devenir membres de l’Église n’est pas encore complet, elle continue au Ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ en coopérant à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes des rachetés. C’est pourquoi la grâce des grâces, c’est de savoir vivre dans une totale dépendance filiale vis-à-vis de Marie. Marie possède en elle à un degré supérieur la grâce de toute l’Église. Marie est le modèle, l’exemplaire suprême de l’Église, l’image parfaite dont l’Église devra toujours s’inspirer.

Lorsque l’Archange Gabriel salue la Vierge, il lui dit en grec : « Réjouis-toi [19] ! », car c’est vraiment la joie qui est annoncée au monde, et depuis cette heure-là il n’y a plus que du bonheur pour ceux qui acceptent l’Incarnation. Cette création surnaturelle qui s’éveille à la parole de l’Ange suffit à l’allégresse du temps et à celle de l’éternité… Amen.

1. Col 2 17.

2. Rm 16 25.

3. Rm 16 26.

4. Ibid.

5. Cf. Mt 17 4 ;Mc 9 5 ; Lc 9 33.

6. Cf. Mt 17 5 ;Mc 9 7 ; Lc 9 34.

7. Lc 1 35.

8. Mt 1 23.

9. Cf. 2 S 7 16 ; Lc 1 33.

10. Lc 1 28.

11. Rm 16 26.

12. Mt 21 42 ; Mc 12 10 ; Lc 20 17.

13. Lc 1 37.

14. Mt 16 18-19.

15. He 3 14.

16. Col 2 17.

17. Paul VI, Discours prononcé lors de la clôture de la troisième session du concile Vatican II, 21 novembre 1964 (La Documentation catholique, n. 1437, 6 décembre 1964, col. 1544).

18. Lc 1 38.

19. Lc 1 28.