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Sermon pour le premier Dimanche de l’Avent (année A)

(Liturgie de la Parole : Is 2 1-5 ; Ps 121 ; Rm 13 11-14 ; Mt 24 37-44)


Nous voici au premier jour d’une nouvelle année liturgique. Une nouvelle fois le Seigneur nous accorde la grâce de célébrer les principaux événements de la vie de Jésus et de l’Histoire du Salut. Une nouvelle fois l’occasion nous est donnée d’accueillir la Lumière de Dieu dans notre existence. Mais pourquoi L’accueillir une nouvelle fois si nous L’avons bien déjà accueillie ? Pourquoi « faire semblant », diront certains, d’attendre en ce temps de l’Avent la Venue de Jésus, que nous fêterons à Noël, puisque nous savons tous qu’Il est déjà venu ? Eh bien ! parce que la répétition est la méthode par excellence de la pédagogie. Pourquoi Dieu nous donne-t-Il chaque matin un nouveau jour, sinon pour nous donner l’occasion de refaire ce que nous avons fait la veille, mais encore mieux, avec une plus grande perfection et un plus grand amour, de sorte que chaque soir de notre vie nous soyons devenus plus saints que la veille ? De même qu’après chaque échec l’apprenti remet son ouvrage sur le métier, de même notre sainte Mère l’Eglise nous donne-t-elle régulièrement l’occasion de faire encore mieux – ou moins mal – ce qu’un jour nous souhaiterons de toute notre âme avoir accompli à la perfection : accueillir par la foi, dans une parfaite correspondance, l’Amour miséricordieux de Notre Sauveur… Telle est la grâce que n’ont pas compris ceux qui ne viennent plus à la Messe parce qu’ils s’y ennuient (!), ou ceux qui voudraient à chaque célébration inventer quelque chose de nouveau, « pour changer un peu » : recevoir avec un plus grand désir et une plus grande perfection le Salut de Dieu donné une fois pour toutes. Qui dira en effet qu’il a accueilli comme il le doit l’Amour de Dieu livré pour lui dans chaque sacrement ? N’est-ce pas là le tourment d’une âme qui aime vraiment Dieu ? Avons-nous quelque chose d’autre à faire ici-bas ?

La répétition, et notamment la répétition liturgique, nous est donnée pour nous arracher à la dispersion de la multiplicité, et nous concentrer sur l’essentiel, sur ce qui demeure au-delà des apparences, et qui véritablement est. La répétition ne multiplie le semblable que pour nous permettre de contempler l’Unique… Non pas tant pour attendre l’avenir que pour vivre toujours plus profondément le présent, l’éternel présent… selon le mode de notre capacité qui est finie… « Vous le savez : c’est le moment […] de sortir de votre sommeil [1] »… De même qu’à l’époque de Noé on mangeait, on buvait, on se mariait, et que l’on accomplissait tous les actes d’une vie humaine normale, et que ces gens, ne se doutant de rien, ont tous été engloutis par le déluge [2], de même aujourd’hui encore ceux qui vivent à la surface de leur vie, qui ne pénètrent pas, grâce à la contemplation de la Vérité, au cœur de son mystère, se laissent-ils emporter par le flux et le reflux des choses de ce monde dans la dispersion et l’éternelle perdition. Jésus nous avertit du danger qu’il y a à s’enfermer dans la seule dimension horizontale de l’existence et à oublier son ouverture à la transcendance, aussi nous exhorte-t-Il à garder le regard fixé sur le Mystère, que précisément la liturgie rend présent… Et s’il est vrai que pour Dieu mille ans sont comme un jour, et un jour comme mille ans [3], alors il est vrai de dire que l’on peut vivre en un jour ce que l’on vit en mille ans… et ne pas vivre en mille ans ce que l’on vit en un jour… Nous sommes invités à vivre chaque jour comme une vie entière. Celui qui vit chaque jour comme le dernier, ne remettant rien à plus tard, celui-là est quitte, chaque jour, avec la vie. Celui qui chaque jour achève sa vie, celui-là n’a pas besoin du temps. Or, c’est de ce besoin que naissent la peur et la faim de l’avenir qui nous dévorent l’âme, avec ce sentiment qui rend toutes choses si misérables : la peur de la mort. Rien de plus lamentable, en effet, que de se demander à propos de ce qui vient : « Que va-t-il arriver ? Combien me reste-t-il à vivre ? Et dans quelles conditions ? » Voilà ce qu’agite dans des terreurs inextricables un esprit qui n’entend pas l’appel à vivre au cœur de la réalité où le Dieu immuable nous offre le séjour de Sa Demeure, « Ville où tout ensemble ne fait qu’un [4] » : « Venez, montons […] au Temple du Dieu de Jacob [5] », « c’est là le siège du Droit [6] » où toutes les nations affluent [7]. Celui qui s’accroche à l’avenir montre que son présent est stérile… et lorsque le Jour de l’éternité enfin se lève, il ne peut y accéder, étant accroché à ce qui n’est pas…

Jésus nous exhorte à la vigilance, à une vigilance continuelle, car c’est à chaque instant qu’il faut avoir l’esprit attentif à tout ce que nous pensons, disons et faisons pour l’accomplir par amour de Dieu. Si nous relâchons notre attention, nous nous laisserons inévitablement entraîner par ce que saint Paul appelle les préoccupations de la chair et ses tendances égoïstes [8]. Mais on voit bien qu’une telle vigilance en laquelle consiste la vie chrétienne est impossible si à chaque instant notre cœur ne demeure pas dans la contemplation amoureuse de Dieu. Pourquoi l’un est-il pris et l’autre laissé [9], alors qu’ils font exactement la même chose, sinon parce que l’un, à travers ce qu’il faisait, gardait l’amour de son cœur continuellement dirigé vers Dieu, et l’autre non ? Avis à ceux qui s’imaginent que Dieu leur doit le Paradis à cause de leurs bonnes œuvres : ce n’est pas ce que nous faisons qui nous sauve, mais le seul amour de Dieu. Si un seul instant nous détournons notre cœur de l’amour de Dieu, à ce même instant nous cessons d’être chrétien, c’est-à-dire d’être sauvés… D’où l’insistance de Jésus à veiller :

« Veillez donc, car vous ne connaissez ni le jour ni l’heure. […] Tenez-vous donc prêts, car c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra  [10] »…

Il faut le répéter : la vie chrétienne est une vie contemplative, une vie de connaissance et d’amour de Dieu qui rend Dieu présent en nous. Si Dieu, par la connaissance et l’amour, est présent en nous, alors nous sommes en Lui, car Dieu est Un… Jésus nous invite à veiller dans cette connaissance et cet amour de Dieu, afin que nous ne mourions pas, car il n’y a pas de mort en Dieu… Veillez ! « La vie éternelle, disait Jésus, c’est de Te connaître, Toi le seul vrai Dieu, et Celui que Tu as envoyé [11] ». Ce qui ne veut pas dire que demeurer dans cette connaissance et cet amour nous dispense d’agir, mais que toutes nos activités doivent être inspirées par la connaissance et l’amour de Dieu, ce que saint Paul exprime en nous demandant de nous revêtir du Seigneur Jésus pour le combat de la Lumière [12].

Ce combat de la Lumière a été mené et gagné pour nous par Celui dont nous nous apprêtons à fêter avec un cœur débordant de reconnaissance et d’allégresse la Naissance dans quelques semaines. Il est Celui qui était, qui est et qui vient… Aussi, si l’Avent est pour l’Église l’occasion de nous préparer à retrouver la joie attachée à Sa Venue en notre monde, il est aussi l’occasion de réveiller en nous le désir de Son Retour, parce qu’alors s’accomplira définitivement en nous Son œuvre de Salut… Situé par la contemplation entre ces deux Venues, notre amour ne peut qu’en être ainsi renouvelé, vivifié, excité pour L’accueillir dans l’éternel Aujourd’hui de Sa Présence que nous livre par excellence Son Très Saint Sacrement…

Daigne l’Aurore du Salut, la Très Sainte Vierge Marie, la Mère de Dieu et notre Mère, accueillir elle-même son Fils en nos âmes et nous enfanter à Sa vie divine comme elle L’a enfanté à notre vie humaine !

Ainsi soit-il !

1. Rm 13 11.

2. Cf. Mt 24 37-39.

3. Cf. 2 P 3 8.

4. Ps 121 3.

5. Is 2 3.

6. Ps 121 5.

7. Cf. Is 2 2.

8. Cf. Rm 13 14.

9. Cf. Mt 24 40.

10. Mt 24 42-44.

11. Jn 17 3.

12. Cf. Rm 13 12.