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Sermon pour le troisième Dimanche de l’Avent (année A)

(Liturgie de la Parole : Is 35 1…10 ; Ps 145 ; Jc 5 7-10 ; Mt 11 2-11)


Jean-Baptiste, dans sa prison, est impatient de voir s’accomplir la prophétie d’Isaïe : « Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de notre Dieu [1] ! » Lui qui dimanche dernier annonçait que la cognée se trouvait déjà à la racine des arbres [2], se met à douter que Jésus soit vraiment Celui qu’il avait annoncé, tant Son attitude est loin de celle qu’il avait imaginée. L’impatience de Jean-Baptiste de voir s’accomplir « la Revanche de Dieu [3] », comme celle que cherche à calmer saint Jacques en invitant ses frères à la patience [4], nous interroge sur la vitalité de notre propre désir de voir s’accomplir enfin le Salut de Dieu… Avons-nous encore quelque chose de commun avec l’enthousiaste impatience des premiers chrétiens qui sans cesse suppliaient : « Maran atha, le Seigneur vient ! Marana tha ! Viens Seigneur Jésus [5] ! » ?…

Je ne doute pas que l’impatience de Jean-Baptiste et celle des destinataires de la lettre de saint Jacques soient autrement plus supportables à Jésus que l’indifférence massive que l’on constate aujourd’hui dans l’âme de ceux qui se disent encore chrétiens, mais qui ne languissent pas du retour du Christ… et vivent comme s’Il ne devait jamais revenir… si ce n’est… le plus tard possible !… Dans sa prison – où il souffre pour avoir défendu l’indissolubilité du mariage – Jean-Baptiste a le mérite de continuer à faire confiance à Jésus. Malgré le doute qui le taraude à la veille de son exécution et qui voudrait le plonger dans le désespoir en lui faisant penser qu’il s’est totalement trompé en désignant Jésus comme le Messie attendu, que tout son ministère de précurseur s’en trouve désavoué, n’avoir été que mensonge et folie, Jean-Baptiste choisit de s’adresser encore à Jésus pour obtenir la solution de ses difficultés !… Quelle belle victoire a-t-il ainsi donnée à sa foi ! Et quel bel exemple nous donne-t-il de ce que doit être le combat d’une âme livrée à un doute involontaire : non pas dire, comme la plupart, que ce qui arrive ne correspond pas à ce que j’attendais, donc j’arrête de servir le Seigneur ! mais, humblement, patiemment, accepter de s’instruire auprès de Celui qui, seul dans l’histoire de l’Humanité, a osé dire : « Je suis la Vérité [6] ». Au lieu de rejeter ce que l’on ne comprend pas, la Sagesse veut que l’on attende de comprendre, à l’écoute de l’enseignement de Jésus.

L’œuvre de Dieu est trop grande, trop subtile, trop profonde et trop belle pour que nous puissions arriver à la percevoir sans accepter de passer par ce que l’on appelle « la nuit de l’esprit ». Grâce au dépouillement de toute façon humaine de comprendre, dans l’abandon amoureux et fervent à l’amour infini de Dieu, nous nous rendons aptes à recevoir la pure lumière de la Vérité que Dieu communique à l’esprit humain par le ministère de Ses anges. En acceptant la nuit où se trouvait son intelligence, sans toutefois manquer de confiance envers Jésus, saint Jean-Baptiste s’est rendu transparent à la Lumière inaccessible que Jésus est venu donner au monde.

Ce combat de la confiance envers et contre tout a été la dernière épreuve destinée à le rendre capable d’accepter la vocation au martyre. Sans la lumière que lui a apportée la réponse de Jésus, saint Jean-Baptiste aurait pu douter de sa propre mission, rater sa vocation, et sombrer dans un péché grave : le doute délibérément cultivé, qui conduit à l’aveuglement de l’esprit.

En ce temps d’Avent, en ce temps d’attente du Retour du Christ, en ce temps où beaucoup de Catholiques ont quitté l’Eglise pour rejoindre le bouddhisme, le New-Age, je ne sais quelles sectes ou simplement le matérialisme et l’hédonisme ambiants, parce que Jésus ne correspondait pas à ce qu’ils attendaient, nous sommes invités à imiter Jean-Baptiste dans sa quête de la Vérité auprès de Jésus, dans une confiance que rendra parfaite notre patience. Si, en effet, nous ne prenons pas le plus grand soin à résoudre dans la Foi toutes les problèmes métaphysiques, éthiques et théologiques qui se posent à notre esprit, lorsque l’épreuve surviendra, c’est-à-dire la séduction d’une solution apparente à ces problèmes, nous y succomberons… Aussi, si certaines personnes ne m’écoutaient pas que d’une oreille, pourrions-nous envisager sérieusement la formation d’un groupe de lecture du Catéchisme pour adultes… Car, hélas, ce qu’écrivait Pie XI n’a fait que se confirmer :

« Un trop grand nombre de personnes ne sont pour ainsi dire des catholiques que de nom. [Ils] n’ont pas le souci de perfectionner leurs connaissances religieuses, d’acquérir des convictions plus intimes et plus profondes. […] Cette religion de façade, vaine et trompeuse apparence, déplaît souverainement au divin Sauveur. […] Celui qui ne vit pas véritablement et sincèrement la foi qu’il professe ne saurait résister longtemps […] à la tempête violente qui souffle aujourd’hui ; il sera misérablement emporté par le nouveau déluge qui menace le monde, et, tout en se perdant lui-même, il fera du nom chrétien un objet de dérision [7]. »

« Heureux celui qui ne tombera pas à cause de Moi [8] ! » dit Jésus. Le danger est réel, et il a pour cause, la plupart du temps, une méconnaissance coupable de la Personne et de l’Amour de Jésus. Il nous faut réentendre Jésus dire à Jean-Baptiste : « Oui, Je suis bien Celui qui devait venir, à preuve les miracles annoncés par Isaïe dont ont été témoins les disciples que tu as envoyés s’instruire auprès de Moi. Ce sont là les signes visibles de l’œuvre invisible, essentielle, que J’accomplis dans le secret des cœurs qui M’accueillent pour leur Sauveur. Mais comprends bien, Jean-Baptiste, que la Revanche de Dieu ne saurait jamais être qu’une revanche d’Amour : Je ne suis pas venu arracher les mauvaises herbes – plus tard Je les brûlerai dans le feu qui ne s’éteint pas – mais maintenant, non seulement Je ne veux pas qu’un seul bon grain semé ne soit perdu, mais encore, Je viens arracher au démon toutes les âmes qu’il retient captives par les liens de leurs péchés. Par la puissance de Mon Sang versé, par la grâce de Mon Pardon, Je viens offrir aux âmes, avec leur Purification, la Résurrection pour la Vie éternelle ! Te rends-tu compte qu’une telle œuvre demande que chaque âme accueille librement Mon Amour rédempteur ? Aussi, de chaque âme, attendrai-Je, patiemment, jusqu’à son départ de cette terre, la réponse d’amour pour laquelle Je l’ai créée… C’est par Mes Souffrances et Ma Mort, Jean-Baptiste, que Je guérirai le monde entier de son péché, car Je veux atteindre à la source même d’où découlent tous les maux dont souffre l’homme. Tu sais que ce n’est pas en changeant simplement les structures externes de la société ou en cherchant avant tout la satisfaction des besoins matériels que l’on peut trouver la paix. Il faut commencer par se changer soi-même. Mais où puiser la force – et quelle force ! – pour accomplir une telle œuvre ? Dans Mon Amour, Jean-Baptiste. Je suis venu redonner Mon Amour perdu. Grâce à Lui tous les maux deviendront une participation à Ma Croix. Et pour celui qui M’aimera vraiment, qu’il soit avec Moi sur la Croix ou en Paradis, que lui importera ? »

Que Marie, qui a toujours été parfaitement accordée à la volonté de Dieu, nous apprenne à comprendre Sa Volonté sur nous et sur le monde, ainsi pourrons-nous recevoir et donner en tous temps la paix du Christ, car l’Amour ne rencontre pas d’obstacles !

Ainsi soit-il !

1. Is 35 4.

2. Cf. Mt 3 10.

3. Is 35 4.

4. Cf. Jc 5 7-10.

5. Cf. 1 Co 16 22.

6. Cf. Jn 14 6.

7. Pie XI, Lettre encyclique Divini Redemptoris, 19 mars 1937, n. 43 (La Documentation catholique, n. 837-838, 10 avril 1937, col. 952-953).

8. Mt 11 6 ; Lc 7 23.