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Sermon pour la Sainte Famille (année B)

(Liturgie de la Parole : Si 3 2…14 ; Ps 127 ; Col 3 12-21 ; Lc 2 22-40)


Le Christianisme est la religion de l’Incarnation, l’annonce joyeuse d’un Dieu qui vient à la rencontre de l’homme et qui se fait homme.

Voilà pourquoi il nous faut vivre « dans l’action de grâce [1] » : Dieu est avec nous !…

Si l’Église fête tout de suite après Noël la fête de la Sainte Famille, c’est parce qu’on ne peut pas rencontrer l’homme sans rencontrer la famille…

L’homme est essentiellement un être social, un être « familial ». La famille est le lieu naturel de sa venue au monde, elle est le milieu dans lequel il reçoit normalement tout ce qui lui est nécessaire pour se développer. Elle est la première école des relations sociales. Sa responsabilité est déterminante. Elle résulte de sa nature même qui consiste à être une communauté de vie et d’amour, fondée sur le mariage, et de sa mission qui est de garder, de révéler et de communiquer l’amour.

L’Église reconnait dans la famille à la fois le projet et la plus belle image ici-bas de Dieu Lui-même. Nous confessons en effet que Dieu, tout en étant un et unique, S’est révélé Trinité, ineffable mystère de communion et d’amour de trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. L’amour des époux, tout comme celui qui lie tous les membres de la famille, parents et enfants, est un reflet dans le temps de cette communion éternelle. Si l’on peut penser que la Sainte Famille a été la plus belle image de Dieu sur terre et donc comme l’archétype de nos familles, méditons un moment ce que fut sa vie.

Aujourd’hui, dans cet événement de la présentation de Jésus au Temple, Joseph et Marie reçoivent l’annonce de l’avenir messianique de Jésus, de Sa mission. Cela ne les a certainement pas empêché de se poser souvent la question : « Qu’attend de nous le Seigneur ? Quelle route a-t-Il tracé pour notre enfant ? » Des questions que se posent tous les parents croyants. Des questions qui ne trouvent de réponse que dans la prière, à l’écoute de la Parole de Dieu. « Que la Parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse [2] », demandait saint Paul avant de s’adresser aux familles…

Parfois, lorsque les événements de la vie se compliquent, il devient difficile de discerner la volonté divine. Mais une famille qui médite la Parole du Christ et qui prie est une famille qui vit de la vraie vie. Elle ne verra jamais diminuer la conscience de sa vocation fondamentale qui est d’être un grand chemin de communion. Un grand chemin de communion qui fut pour la Sainte Famille un grand chemin de contemplation. La contemplation détache de ce monde et commence ici-bas la vie du Ciel. La famille où Jésus voulut être élevé assura humblement ses besoins, mais comme doivent le faire tous ceux qui cherchent le Ciel, et qui pour cela subordonnent ce qui est humain à ce qui est divin, ce qui est visible à ce qui est invisible, ce qui est de l’action à la contemplation, ce qui est de la condition présente à la cité future.

Certes, la famille de Jésus se différencia des familles ordinaires parce qu’elle fut une famille virginale, mais surtout parce qu’elle n’eut pas à se préoccuper d’élever l’enfant pour une situation humaine. Marie et Joseph savaient qu’ils nourrissaient seulement l’Agneau du sacrifice.

Et la Messe que nous célébrons doit nous associer au sacrifice du Christ, rendu présent sur cet autel, afin que nous devenions nous-mêmes une offrande pure, une hostie sainte et agréable à Dieu. C’est pourquoi nous avons besoin de beaucoup de recueillement et de silence durant nos eucharisties. Le recueillement avec le Christ dans Son sacrifice est le plus haut acte de charité qui puisse être sur la terre. C’est alors qu’il devient possible de discerner la volonté de Dieu que saint Paul cherche à exprimer en terme de pardon, de tendresse, d’humilité, de douceur, de patience et par dessus tout d’amour.

Que la famille redécouvre sa vocation à l’amour est urgent, en raison des attaques insidieuses qu’elle subit de la part de la société hédoniste moderne. Attaques véhiculées pour une bonne part par les mass-médias qui se révèlent en substance antifamiliaux. Quand on pense à ces enfants, le nez collé à la télévision, où on appelle bien ce qui est mal et mal ce qui est bien, où les infidélités conjugales sont non seulement tolérées mais même exaltées, les divorces et l’amour libre proposés comme des modèles à imiter, sans parler de la banalisation de l’homosexualité ! Voila le nouvel évangile où s’abreuvent tant de familles ! Ces attaques ne peuvent être repoussées que par la prière, le jeûne et l’amour réciproque. Des Chrétiens s’unissent de nos jours au sein d’associations pour lutter plus efficacement. Dans ce grand combat de la culture de la vie contre la culture de la mort, « Il n’est permis à personne de rester à ne rien faire [3] », tançait Jean-Paul II.

L’amour authentique n’est ni un sentiment vague ni une passion aveugle. C’est une attitude intérieure qui engage tout l’être humain. C’est un regard posé sur l’autre, non pour s’en servir mais pour le servir. C’est la capacité de se réjouir avec qui se réjouit et de souffrir avec qui souffre. C’est un partage de tout ce que l’on possède, afin que personne ne demeure privé du nécessaire. L’amour est respect absolu du dessein de Dieu : « Heureux es-tu, toi qui adores le Seigneur, et qui marches sur sa route [4] », dit le psalmiste ; béatitude qu’il illustre par le bonheur familial : « ta femme […] comme une vigne généreuse, et tes enfants, […] comme des plants d’olivier [5] »…

L’Évangile d’aujourd’hui nous montre un épisode de la vie de la Sainte Famille particulièrement révélateur de ce que fut sa vie entière : une vie de parfaite obéissance à la Loi de Dieu jusqu’au scandale de la Croix. Et ici, je voudrais souligner ce qui est dit de Jésus : Il doit être « le signe de contradiction [6] ». Celui qui amènera « la chute » des uns et « le relèvement » des autres. Jésus est la Parole de Dieu, cette épée à deux tranchants qui fera le départage, suivant que l’on croira ou non en Lui : par le seul fait qu’Il existe, Il provoque le jugement. Devant Sa Croix, les uns Le haïront et les autres L’adoreront… « Je suis venu en ce monde pour un jugement : pour que voient ceux qui sont aveugles et que deviennent aveugles ceux qui voient [7] ». Que l’on est loin de ce Jésus gentil-gentil dont on se sert pour prêcher que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et que l’on ira tous au Paradis » !

Je voudrais terminer en empruntant à Jean-Paul II cette prière :

« Ô Dieu, de qui vient toute paternité et toute maternité, Toi, Père, qui es amour et vie, fais que sur cette terre, par Ton Fils Jésus Christ, né d’une femme, et par l’Esprit-Saint, source de charité divine, chaque famille humaine devienne un vrai sanctuaire de la vie et de l’amour pour les générations qui se renouvellent sans cesse.

« Que Ta grâce oriente les pensées et les actions des époux vers le plus grand bien de leur famille et de toutes les familles du monde.

« Que les jeunes générations trouvent dans les familles un soutien inébranlable qui les rende toujours plus humains et les fasse croître dans la vérité et dans l’amour.

« Que l’amour affermi par le sacrement de mariage, soit plus fort que toutes les faiblesses et toutes les crises que connaissent parfois nos familles.

« Enfin, nous Te demandons par l’intercession de la Sainte Famille de Nazareth, qu’en toutes les nations de la terre l’Église puisse accomplir avec fruit sa mission dans la famille et par la famille.

« Toi qui es la vie, la vérité et l’amour, dans l’unité du Fils et du Saint-Esprit.

« Amen [8]. »

1. Col 3 15.

2. Col 3 16.

3. Jean-Paul II, exhortation apostolique Christifideles laici, 30 décembre 1988, n. 3 (La Documentation catholique, n. 1978, 19 février 1989, p. 154). Les italiques sont dans le texte.

4. Ps 127 1.

5. Ps 127 3.

6. Lc 2 34.

7. Jn 9 39.

8. Jean-Paul II, Prière pour les familles à l’occasion du Jubilé des familles, 15 octobre 2000.