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Sermon pour l’Épiphanie du Seigneur

(Liturgie de la Parole : Is 60 1-6 ; Ps 71 ; Ep 3 2…6 ; Mt 2 1-12)


Les Mages, hommes savants, sages et riches, viennent aujourd’hui, à la suite des Bergers de la nuit de Noël, apporter à Jésus l’hommage de leur adoration. Ainsi se rejoignent les simples et les sages, les pauvres et les riches, le petit peuple d’Israël et les premiers des Païens dans une perspective « catholique ». C’est l’Épiphanie !

Les prophéties d’Isaïe s’accomplissent dans « le Mystère du Christ [1] » que saint Paul annonce, Salut offert à l’humanité entière. À l’humanité entière et non pas au seul peuple juif, contrairement à ce que ce dernier n’a jamais voulu comprendre. C’est pourquoi il se verra dessaisi de ses prérogatives de peuple élu et c’est l’Église qui assumera cette vocation de lumière des nations, d’Assemblée universelle, d’Église Catholique. C’est désormais sur l’Église catholique que brille la Gloire du Seigneur [2], puisqu’elle est constituée de bergers et de mages, de savants et d’ignorants, de pauvres et de riches, de juifs et de païens, qui, tous, reconnaissent dans l’humble Enfant de la crèche le Christ de Dieu, tandis que « l’obscurité recouvre la terre [et que] les ténèbres couvrent les peuples [3] »…

Les Mages reconnaissent en Jésus la triple qualité de Dieu, d’homme et de roi. Ils offrent au Dieu l’encens, à l’homme la myrrhe (la myrrhe dont on se sert pour l’embaumement des corps), et au roi, ils offrent l’or [4]. Aujourd’hui, si beaucoup ne veulent pas adorer Jésus comme Dieu tandis que d’autres ne veulent pas croire qu’Il fut vraiment homme, certains veulent bien au Jésus de leur foi offrir l’encens à Sa divinité et la myrrhe à Son humanité, mais non point l’or à Sa royauté. Ils refusent de reconnaître et de proclamer la royauté sociale et universelle de notre Seigneur Jésus Christ ! La royauté sociale de notre Seigneur Jésus-Christ qui n’est pas autre chose que l’application de la doctrine sociale de l’Église…

Hérode, pourquoi crains-tu l’avènement d’un Dieu-Roi ? Il ne ravit pas les trônes mortels, Celui qui donne le Royaume Céleste ! Mais il est vrai que si la Royauté de Jésus « n’est pas de ce monde [5] », elle doit cependant bel et bien s’exercer dans ce monde. Ne dit-on pas : « Que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite sur la terre comme au Ciel [6] » ? La Royauté de Jésus s’exerce sur les nations et les gouvernants, par leur soumission à la vérité que Lui, Jésus, est venu rétablir. Les Rois-Mages sont les premiers d’entre eux à reconnaître la Royauté du Roi des rois. Royauté sur les nations et les gouvernants par la soumission de ces derniers à la doctrine de Son Église. Jésus est venu sur terre et Il doit y régner en inspirant les lois, en sanctifiant les mœurs, en éclairant l’enseignement, en dirigeant les conseils, en réglant les actions des gouvernants comme des gouvernés. Partout où Jésus-Christ n’exerce pas ce règne, il y a désordre et décadence.

« Les nations marcheront vers Ta lumière, et les rois, vers la clarté de Ton aurore [7]. » De qui le prophète Isaïe parle-t-il ici, sinon de l’Église ? Le christ n’a-t-Il pas dit : « Je suis la Lumière du monde [8] », et à Ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde [9] » ? « Vous êtes la lumière du monde de par votre union à Moi qui suis la Lumière véritable, Lumière née de la Lumière. » Et personne n’allume une lampe pour la tenir cachée, mais on la met sur le lampadaire pour que ceux qui pénètrent voient la clarté [10]. C’est donc par l’Église, qui ne fait qu’un avec Jésus, que se manifeste, se réalise et s’organise le règne du Christ… « Les nations marcheront vers Ta lumière [11] », Église, espoir du monde et arche du Salut.

Mais si l’Église domine et doit dominer le monde, elle le domine comme Jésus-Christ. Son royaume à elle n’est pas davantage « de ce monde [12] », selon ce monde. À l’exemple de Jésus-Christ, elle ne cherche pas à se substituer aux rois de la terre, elle ne cherche pas à gouverner pratiquement et directement les nations. Mais, comme son divin Fondateur, elle a d’abord pour mission de « rendre témoignage à la vérité [13] », de la rétablir, de l’enseigner. Comme Jésus-Christ, en Lui et par Lui, elle règne par la vérité, par le magistère de sa doctrine, et, plus particulièrement, par le magistère de sa doctrine sociale. Si le monde va mal, c’est parce que trop de gens ont perdu le sens de ce qui est essentiel et de ce qui ne l’est pas, perdu le sens de ces vérités permanentes qui sont le fondement de l’ordre humain, et dont l’ensemble constitue la doctrine. Or, cette doctrine, l’Église seule continue à la proclamer infailliblement. Jusqu’à l’apostasie des États modernes, elle n’a cessé de remplir cette tutélaire mission. Et encore aujourd’hui, elle la remplit toujours, malgré les refus et les obstacles d’un laïcisme apparemment triomphant.

L’Église est directement souveraine en tout ce qui a trait directement au salut spirituel du genre humain. Elle est indirectement souveraine en tout ce qui n’a trait qu’indirectement à ce salut. Ainsi, soit directement, soit indirectement, il n’est rien qui, au moins par un certain aspect, ne tombe sous la souveraine autorité de l’Église, parce qu’il n’est rien ici-bas qui, directement ou indirectement, ne puisse, par un certain aspect ou en certaines circonstances, avoir une relation avec le salut des âmes. En effet, le salut des âmes se trouve hélas compromis par le désordre social et la misère. « De la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes [14] », enseignait Pie XII. Donc, travailler à mettre de l’ordre et de la prospérité dans les affaires du monde, c’est aider l’œuvre du Christ, et c’est la vocation propre des fidèles laïcs…

Que l’Église ait donc le droit, disons plus, le devoir de s’intéresser à l’ordre politique et de professer hautement une doctrine sociale, rien n’est plus sage, plus raisonnable, plus conforme à la mission divine qu’elle a reçue. C’est là une conséquence directe de son magistère souverain au chapitre de la morale. Où l’Église n’a-t-elle point mis son signe comme une marque de progrès sinon de perfection ? Quelle religion a jamais assumé comme la religion du Christ la charge de l’humanité et subvenu à tous ses besoins, la nourrissant, la soignant, la réconfortant, l’instruisant, l’éduquant ? Et cela par une action la plus largement humaine, vraiment universelle. Épopée de vingt siècles d’histoire dont la leçon, si nous savons l’entendre, serait : « Christianiser, c’est humaniser ; christianiser, c’est civiliser »… alors que, tout au contraire, déchristianiser, laïciser, c’est tendre à un affaissement général de la moralité publique et privée autant qu’à une prompte dépersonnalisation de l’homme.

Vouloir tirer une ligne nette de séparation entre la religion et la vie, entre le surnaturel et le naturel, entre l’Église et le monde, comme s’ils n’avaient rien de commun, comme si les droits de Dieu ne s’étendaient pas sur toute la vie quotidienne, humaine et sociale, c’est là une attitude incompatible avec la doctrine catholique, une position ouvertement antichrétienne.

À l’image de la Foi intrépide, fière, ferme et vive des Rois-Mages qui vinrent offrir au Roi des rois l’hommage de leur personne et de leurs biens, il appartient aujourd’hui aux fidèles laïcs de faire rendre à la doctrine sociale de l’Église son maximum d’efficience et son maximum de réalisations. « Il n’est permis à personne de rester à ne rien faire [15] ! », dit Jean-Paul II. Et avec Pie X, nous rappelons que :

« Dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle, où chacun se pose en docteur et en législateur, on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie […]. La civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo [16]. »

Alors « tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur [17] »… Ainsi soit-il !

1. Ep 3 4.

2. Cf. Is 60 1-2.

3. Is 60 2.

4. Cf. Mt 2 11.

5. Jn 18 36.

6. Mt 6 10.

7. Is 60 3.

8. Jn 8 12 ; 9 5.

9. Mt 5 14.

10. Cf. Lc 8 16.

11. Is 60 3.

12. Jn 18 36.

13. Jn 18 37.

14. Pie XII, radio-message La solennita, 1er juin 1941, n. 3 (La Documentation catholique, n. 969, 21 juillet 1946, col. 791).

15. Jean-Paul II, exhortation apostolique Christifideles laici, 30 décembre 1988, n. 3 (La Documentation catholique, n. 1978, 19 février 1989, p. 154). Les italiques sont dans le texte.

16. S. Pie X, Lettre Notre charge apostolique, 25 août 1910, n. 11 (Documents pontificaux de Sa Sainteté saint Pie X, t. 2, Versailles, Publications du « Courrier de Rome », 1993, p. 255).

17. Is 60 6.