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Sermon pour le Baptême du Seigneur (année C)

(Liturgie de la Parole : Is 42 1…7 ; Ps 28 ; Ac 10 34-38 ; Lc 3 15…22)


En ce premier dimanche ordinaire de l’année liturgique, nous nous retrouvons pour fêter le baptême de Jésus. Pourquoi commencer la nouvelle année liturgique en fêtant le baptême de Jésus, sinon parce que le baptême, notre baptême, est le commencement d’une nouvelle vie, la porte de la vie éternelle donnée aux hommes ? Cette fête nous rappelle aussi l’étape décisive, dans Sa manifestation au monde, que fut pour Jésus Son baptême. Certes, le Christ était sans péché ! Il n’avait donc aucunement besoin de recevoir le baptême de Jean, un « baptême de conversion en vue du pardon des péchés [1] ». Mais Jésus n’est pas de ces révolutionnaires qui repoussent tout le passé pour inaugurer un régime complètement différent. Il veut recueillir le fruit d’une longue période de maturation où l’attente du royaume messianique s’est affermie et développée. Il reconnait pleinement la valeur du messager qui Lui a préparé la route et Il montre Son appréciation de ce rôle en prenant comme point de départ de Son activité publique le baptême organisé en vue de la venue du Messie.

Cependant, tout en passant par le rite de ce baptême, Il l’élève à un niveau supérieur, et lui confère une nouvelle signification. Lorsque Jésus accueille le passé, c’est pour le transformer. Ce n’est pas l’eau qui lave Jésus de Ses péchés, c’est Jésus qui lave l’eau, la sanctifie, la rend digne d’être désormais utilisée pour donner la pureté, la sainteté, la vie que Jésus vient y déposer, au prix de Sa mort, par amour pour nous… Car le baptême du Christ est une plongée dans la mort afin d’y tuer, dans Son humanité, le péché qui règne dans l’humanité, et par Sa résurrection, créer une nouvelle humanité. Jésus a Lui-même comparé Sa mort à un baptême. Ce qui se passe au baptême du Christ atteint la dimension de la mort. La vie nouvelle ne peut être donnée à un moindre prix. Et c’est seulement ainsi que le baptême, le fait de devenir chrétien, et l’état de chrétien qui en découle, atteignent à la racine de l’interrogation humaine. Car la question essentielle posée à la vie humaine, c’est : « Pourquoi mourir ? » Si on n’y répond pas, on passe à côté de sa vie. Ce n’est qu’en parvenant à la mort que l’on parvient à la vie… Cette double réalité de mort et de vie est admirablement exprimée dans la double symbolique de l’eau, qui à la fois donne la mort par le déluge, la noyade, et qui, d’autre part, donne la vie en abreuvant et en fécondant la terre. Mort et vie sont étrangement mêlées : seul le sacrifice rend vivant, seul le renoncement à soi-même et l’abandon au mystère de la mort conduisent au pays de la vie. « Celui qui cherchera à sauver sa vie la perdra, celui qui la perdra à cause de Moi la sauvera [2]. » Le christianisme dépasse le niveau d’une administration ; il dépasse aussi le niveau de la purification et de l’embellissement, lequel ne se situe pas au fond des choses. Le christianisme a son fondement dans le sacrement de la mort : là se trouve la vraie grandeur de ce qu’il prétend être. Celui qui le ramène au niveau d’une association à laquelle on s’inscrit, celui-là n’a rien compris à l’essence du christianisme et de l’Église.

Le baptême chrétien est ainsi la Grâce donnée, à quiconque la demande avec foi, de pouvoir être associé à la mort et à la résurrection du Christ… Voila pourquoi saint Paul dit à ses frères et sœurs chrétiens : « Offrez-vous […] comme des vivants revenus de la mort [3] »… Est-ce que nous nous considérons comme « des vivants revenus de la mort » ? Est-ce que nous vivons d’une vie nouvelle ?

Le Baptême nous lave de tous nos péchés – et d’abord du péché originel qui nous privait pour l’éternité de la vision de Dieu ; le baptême fait de nous des créatures nouvelles ! Et c’est l’Esprit-Saint qui est le maître d’œuvre de cette nouvelle création. De même qu’au commencement Il tournoyait sur les eaux primordiales, nous dit la Genèse [4], de même le voici qui apparaît ici au-dessus des eaux du baptême pour présider à la recréation de l’humanité qui s’opère dans le baptême du Christ. Il apparaît sous la forme d’une colombe [5], une colombe qui jadis annonça à Noé la fin du déluge [6], et qui annonce ici que l’incessant naufrage du monde prend fin, que le salut est arrivé…

Lorsque quelqu’un reçoit le baptême chrétien, le ciel s’ouvre et le Père éternel lui dit cette même parole qu’Il dit à Jésus le jour de Son baptême : « C’est Toi Mon Fils : Moi, aujourd’hui, Je T’ai engendré [7]. » Et l’Esprit de Dieu nous est alors donné, de sorte que nous devenons enfants de Dieu, mais non plus comme toutes les créatures sont enfants de Dieu, au simple titre qu’elles ont été créées par Dieu – à ce niveau-là, avec saint François d’Assise, on peut dire par exemple : « Mon frère le soleil », ou « Ma sœur l’eau », et ainsi de toute créature, y compris les hommes. Non, dans le baptême du Christ nous devenons enfants de Dieu comme seul Jésus est enfant de Dieu… c’est-à-dire réellement « participants de la divine nature [8] »… et dès lors membres de l’Église, qui est le Corps du Christ ressuscité… Cela, aucun baptême humain ne peut l’accomplir, pas même le baptême de Jean Baptiste…

Le baptême est donc une nouvelle naissance, la naissance à la vie éternelle, à la vie de Dieu… Et de même que, dans le sein de sa mère, le fœtus se prépare à vivre dans le monde, de même il nous faut ici-bas, en attendant l’éternité, vivre comme des dieux… comme Dieu Lui-même a ici-bas vécu… c’est-à-dire « rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux, attendant la bienheureuse espérance, l’héritage de la vie éternelle, la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ [9] ».

Et c’est ce que nous promettons avant de recevoir le baptême : rejeter Satan, ses œuvres et ses séductions pour suivre Jésus-Christ. Cependant, qui garde ce grand vœu ? Qui tient fidèlement les promesses du saint baptême ? Presque tous les chrétiens ne faussent-ils pas la fidélité qu’ils ont promise à Jésus-Christ dans leur baptême ? D’où peut venir ce dérèglement universel, sinon de l’oubli où l’on vit des promesses et des engagements du baptême, et de ce que presque personne ne ratifie par soi-même le contrat d’alliance qu’il a fait avec Dieu par ses parrain et marraine ? Cela est si vrai qu’un concile jugea que la principale cause de la corruption des mœurs venait de l’oubli et de l’ignorance où l’on vivait des engagements du baptême, et il ne trouva point de meilleur moyen de remédier à un si grand mal que de porter les chrétiens à renouveler les vœux et les promesses de leur Baptême. C’est pourquoi je vous invite à fêter non seulement aujourd’hui le baptême du Christ, mais encore, le moment venu, le vôtre. Si un chrétien fête l’anniversaire de sa venue en ce monde, comment ne fêterait-il pas davantage encore sa conception à la vie éternelle ? C’est ce que nous allons pouvoir faire de toute notre volonté et de tout notre cœur, dans un instant, au moment de proclamer la foi de l’Église.

1. Lc 3 3.

2. Mt 16 25 ; Lc 9 24.

3. Rm 6 13.

4. Cf. Gn 1 2.

5. Cf. Lc 3 22.

6. Cf. Gn 8 8-12.

7. Lc 3 22.

8. 2 P 1 4.

9. Tt 2 12-13.