Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Sermon pour le Dimanche des Rameaux (année C)

(Liturgie de la Parole : Is 50 4-7 ; Ps 21 ; Ph 2 6-11 ; Lc 22 14 - 23 56)


Nous voici rassemblés au seuil de la Semaine Sainte pour célébrer l’accomplissement de la Rédemption du monde par la Mort et la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ, Lui qui, de con-dition divine, ne refusa pas de Se dépouiller de Lui-même jusqu’à en mourir sur une croix. « C’est pourquoi Dieu L’a élevé au-dessus de tout [1]. »

Cette élévation a été en quelque sorte préfigurée par Son entrée triomphale à Jérusalem qui a manifesté aux yeux de tous Son caractère messianique. Le prophète Zacharie avait en effet annoncé : « Sois sans crainte, Fille de Sion, voici ton Roi, monté sur le petit d’une ânesse [2] »… et le Roi vient ! Les foules d’Israël acclament en Jésus Celui qui, depuis trois ans, n’a cessé de dispenser au milieu d’elles les bienfaits innombrables et merveilleux de la Grâce, de répandre à profusion, par Ses paroles et Ses œuvres, la Miséricorde qui guérit et la Vérité qui libère. De même qu’à la Nativité, les anges avaient loué Dieu au plus haut des Cieux et annoncé que la Naissance de Jésus apportait la Paix aux hommes de bonne volonté [3], de même, en acclamant le Roi « doux et humble de cœur [4] », les disciples célèbrent-ils cette Paix venue du Ciel et ils en rendent gloire à Dieu.

Mais Jésus sait ce qu’il y a dans l’homme [5] et Il ne Se fait pas d’illusion sur la qualité de la reconnaissance qui Lui est témoignée… Il est tout de même frappant que la liturgie de ce jour fasse suivre immédiatement le récit de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem… du récit de la Passion !… Comme si elle voulait ne pas nous laisser goûter à la joie du triomphe humain de Jésus, mais nous garder dans la conscience que Jésus avait du sort qui L’attendait… et auquel Il Se livrait volontairement.

Aujourd’hui, Jésus est acclamé comme le Roi d’Israël, et dans moins d’une semaine Il sera condamné comme l’ennemi public numéro un… Le triomphe tournera vite court et se changera en son contraire… Et cela parce que le Royaume de Jésus est le royaume spirituel et éternel de Dieu auquel les hommes préfèrent un royaume selon leurs vues à eux, où il n’est pas question de se soumettre à une autre loi que la leur, une loi qui évolue en fonction des intérêts du moment ou de celui des puissants… Ainsi voit-on celui qui hier était innocent être aujourd’hui déclaré coupable, tandis que le condamné d’aujourd’hui peut se considérer comme le pionnier du droit de demain… Lorsque disparaît l’origine transcendante de la Loi, il ne peut plus y avoir de Droit. C’est le retour au chaos.

Seul Dieu peut donner une loi qui soit au-dessus des intérêts particuliers. Pie XI voyait « la cause intime des calamités contre lesquelles […] se débat accablé le genre humain [6] » dans le refus de la Loi naturelle telle que l’expriment les Dix Commandements. Le « débordement de maux sur l’univers [provient], disait-il, de ce que la plupart des hommes [ont] écarté Jésus-Christ et Sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique. […] Jamais ne [pourra] luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations [refuseront] de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur [7]. »

Aujourd’hui les foules confessent Jésus et L’acclament comme Seigneur et Sauveur, et demain elles Le renient et Le crucifient ! Voilà les amis sur lesquels Jésus peut compter !!!

La liturgie ne nous donne-t-elle pas ici un miroir pour notre vie de chrétien ? En fait, notre procession des rameaux symbolise-t-elle autre chose que la distance qu’il nous faut parcourir pour passer d’un amour simplement humain du Christ à l’amour vraiment spirituel dont Jésus nous a aimé et dont Il veut être aimé ?

Nous venons aujourd’hui acclamer le Christ avec les foules de Jérusalem en agitant nos rameaux (comme cela se faisait dans l’antiquité pour accueillir un souverain) et puis, demain, tout à l’heure, résisterons-nous à l’épreuve de la fidélité, ou bien cesserons-nous de L’acclamer comme notre Roi et Le condamnerons-nous à mort par notre indifférence, notre respect humain, l’absence d’une authentique vie de foi et de prière ?

Le Cardinal Ratzinger disait il y a quelques temps :

« L’apostasie [c’est-à-dire le reniement de la foi] de l’époque moderne repose sur la disparition de la constatation de la foi dans la vie des chrétiens [8]. »

Tandis que les juifs obtiennent de ne pas travailler le samedi, et les musulmans de ne pas manger du porc, les chrétiens ne sont plus capables de discerner en quoi leur vie chrétienne devrait se distinguer de celle des impies.

« Là se fait jour la grande responsabilité des chrétiens d’aujourd’hui. Ils devraient être des points de repère de la foi en tant que personnes qui savent quelque chose de Dieu ; ils devraient montrer par leur vie que la foi est vérité, et devenir des poteaux indicateurs pour les autres [9]. »

Mais hélas, Jésus est très peu connu de ceux qui se croient Ses amis !

C’est par nos actes que nous témoignons concrètement que la Foi est vérité, et que la vérité ne dépend pas de nous… Dans l’encyclique Evangelium vitæ (que chaque catholique adulte devrait connaître – et c’est certainement un péché grave, lorsqu’on a du temps pour lire et regarder à la télévision toutes sortes d’inepties et de frivolités funestes, de ne pas prendre la peine de recevoir l’enseignement de celui que Jésus a établi pour être en Son nom notre guide sur les chemins de cette terre vers son Royaume éternel), Jean-Paul II écrit :

« Les croyants, même ceux qui participent activement à la vie ecclésiale, tombent trop souvent dans une sorte de dissociation entre la foi chrétienne et ses exigences éthiques à l’égard de la vie, en arrivant ainsi au subjectivisme moral et à certains comportements inacceptables [10]. »

Le rejet multiforme de la vie de l’homme, depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, est réellement le rejet de Dieu qui S’est identifié au plus petit et au plus faible d’entre nous…

« Il faut alors nous interroger, avec beaucoup de lucidité et de courage, poursuit-il, sur la nature de la culture de la vie répandue aujourd’hui parmi les chrétiens, les familles, les groupes et les communautés de nos diocèses [11]. »

Notre Pape demande aux catholiques de s’engager à changer « les lois injustes [12] » concernant le droit à la vie. Il dénonce la « sélection silencieuse et cruelle par laquelle les plus faibles sont injustement éliminés [13] ». Nous ne pouvons accepter comme inéluctables ou comme des nécessités sociales « les lois qui légalisent l’avortement, l’euthanasie, la stérilisation et la planification des naissances par des méthodes contraires à la vie et à la dignité du mariage [14] ». L’Église doit tenter tout ce qu’elle peut dans ce sens, sans « négligences » et sans « silences coupables [15] », insiste-t-il… Il y va de la renaissance morale et du salut de notre pays.

Que cette fête des rameaux soit pour chacun l’occasion de s’interroger sur la nature de son attachement au Christ, comprenant bien que celui qui n’a pas une volonté décidée de rester honnête et fidèle sera bientôt transformé en Satan, en ennemi, en assassin de Dieu.

Prions et veillons beaucoup sur nous-mêmes. Satan prendra celui qui ne saura pas être fort. Jésus nous a choisi pour le Royaume des Cieux et non pas pour celui du monde.

Souvenons-nous-en !

Souvenons-nous-en !

1. Ph 2 9.

2. Za 9 9.

3. Cf. Lc 2 14.

4. Mt 11 29.

5. Cf. Jn 2 25.

6. Pie XI, Lettre encyclique Quas primas, 11 décembre 1925, n. 1 (La Documentation catholique, n. 320, 30 janvier 1926, col. 259).

7. Ibid.

8. Ratzinger (Joseph), Regarder le Christ. Exercices de foi, d’espérance et d’amour, traduction par Bruno Guillaume, Paris, Fayard, 1992, p. 45.

9. Ibid.

10. Jean-Paul II, Lettre encyclique Evangelium vitæ, 25 mars 1995, n. 95 (La Documentation catholique, n. 2114, 16 avril 1995, p. 399).

11. Ibid.

12. Jean-Paul II, Discours à l’Assemblée générale de l’Académie pontificale pour la Vie, 14 février 2000, n. 4 (La Documentation catholique, n. 2221, 5 mars 2000, p. 205).

13. Ibid., n. 6 (op. cit., p. 206).

14. Ibid., n. 3 (op. cit., p. 205).

15. Ibid., n. 6 (op. cit., p. 206).