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Sermon pour le cinquième Dimanche de Carême (année B)

(Liturgie de la Parole : Jr 31 31-34 ; Ps 50 ; He 5 7-9 ; Jn 12 20-33)


En ce cinquième Dimanche de Carême, les textes de la liturgie dirigent déjà notre méditation vers l’accomplissement de l’œuvre du Christ : « C’est pour cela que Je suis parvenu à cette heure-ci [1] ! » Pour quoi ? Pour souffrir et mourir, tel le grain de blé, qui, tombé en terre – comme Je le suis par Mon Incarnation – disparaît… et donne naissance à un épi plein de nouveaux grains de blé [2] : vous, les Chrétiens ! Et de même que rien ne ressemble davantage à un grain de blé qu’un autre grain de blé, de même devez-vous être semblables à Moi, comme Je le suis Moi-même du Père qui M’a envoyé… Je viens réaliser, annoncée par le prophète Jérémie, la Nouvelle Alliance, qui, par Ma Mort et Ma Résurrection, effacera les péchés et donnera aux âmes qui M’aimeront une nouvelle vie, la Mienne, Vie divine et éternelle.

Si le péché est le mépris et le refus du Bien éternel se donnant à nous – seul véritable mal duquel découlent tous les autres maux –, le péché ne pouvait être réparé par aucun homme, capable jamais d’offrir un acte d’amour à la mesure de l’infinie malice qu’il implique… C’est pourquoi il a fallu que ce soit Dieu Lui-même qui vienne en la Personne du Christ offrir au nom de l’Humanité par Lui assumée la réparation d’une totale soumission à la Volonté divine :

« Il a appris l’obéissance par les souffrances de Sa Passion ; et, ainsi conduit à Sa perfection [dans Son Humanité s’entend], Il est devenu pour ceux qui Lui obéissent la cause du salut éternel [3] ».

Comprenons bien que le mystère de la Rédemption du monde – qui est l’essentiel du christianisme comme de tout le plan divin de la Création [4] –, ne tire pas son efficacité des souffrances que Notre Seigneur a endurées, mais de la sainteté infinie avec laquelle Il les a souffertes et offertes. Seul aux yeux de Dieu a de valeur ce qui est offert par amour. De la souffrance, Jésus en avait, en réalité, une horreur que nous ne pouvons pas imaginer, jusqu’à en suer à Gethsémani du Sang [5] ! À la pensée que Son heure est venue, Il commence par dire : « Mon âme est troublée. Dirai-Je : Père, délivre-Moi de cette heure [6] ? » Sa première réaction est de fuir. Mais Il Se reprend à la pensée que la Justice Lui demande d’endosser jusqu’au bout ce que Son attachement à l’humanité Lui impose. Son Sang versé Lui permettra de laver dans le Pardon l’humanité de son péché et de la désaltérer à la Source de l’Innocence et de la Vie éternelle. Mais quelles souffrances pour l’Homme-Dieu !

La perfection de Sa nature humaine entraînait pour Lui la perfection de Sa sensibilité… Lui donnant de souffrir en proportion !… Ensuite, étant Dieu, Il voyait la Bonté infinie dont le péché est le mépris, et cet infini mépris Le faisait infiniment souffrir. Réparer le péché impliquait pour Lui d’assumer ce mépris infini… Il voyait tous les péchés à réparer, depuis le premier jusqu’au dernier, les mortels comme les véniels, avec leurs circonstances et toute leur malice.

Pensons aussi que tout ce qui est fait au plus petit d’entre les Siens, c’est à Lui que cela est fait [7]. Sa Science infuse et Son Amour Lui font éprouver comme Siens toutes les peines et les infirmités de Ses membres au cours de l’histoire…

Enfin, la pensée de la mort, qui n’est pas la libération de l’âme comme l’imaginent les gnostiques, mais la destruction de l’unité du corps et l’âme, Lui infligeait une effroyable répugnance en proportion de l’Amour qui Lui fit créer l’être et la vie… Si nous aimions davantage l’être et la vie, nous aurions nous-mêmes davantage horreur de la mort. Mais que Dieu le Fils, Lui qui est la Vie [8] et le Créateur de la vie, devienne un cadavre, ne pouvait que Lui infliger la pire horreur. Nous ne comprendrons jamais vraiment ce qu’est notre péché sinon en contemplant le Crucifié… Le péché n’est pas l’infraction à quelque règlement de douane céleste, mais un déicide !…

Cette mort, Il l’a cependant assumée, par amour pour nous… afin de nous en délivrer par Sa Résurrection, et devenir ainsi la Cause du salut éternel de tous ceux qui Le suivent dans cette obéissance à la Volonté divine jusqu’à la mort. Contrairement à ce que certains ont compris, la Croix n’est pas une punition que le Père aurait imposé à Son Fils à notre place, mais le refus que le monde oppose à l’Amour de Dieu, et que Jésus va souffrir jusqu’à la transformer en son contraire ! La sainteté infinie de cet acte d’amour par lequel le Christ a souffert la Passion et la Mort a donné à Dieu infiniment plus de gloire que le péché Lui en avait refusé, de sorte que non seulement le péché en a été réparé, mais encore noyé et détruit à tout jamais. La Croix devient, grâce à Jésus, l’instrument et le signe de l’Amour plus fort que le mal ! L’histoire du monde, c’est finalement le mystère de l’amour plus fort que la haine, la manifestation et la glorification de la Miséricorde divine.

La Miséricorde est certes l’exaltation de Dieu qui va jusqu’à Se donner Lui-même, par amour, à une misère pire que le néant en raison de l’infinie malice de son péché, mais encore la destruction totale et définitive de celui-ci par l’infinie sainteté de ce Don. L’ordre du monde dans lequel nous sommes n’est pas, comme trop de personnes le supposent, un ordre d’innocence et de justice, mais de péché et de miséricorde. Comme dit saint Paul : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde [9] ». On ne peut rien comprendre à la parabole du fils prodigue [10], à celle des ouvriers de la dernière heure [11], à l’histoire du bon larron [12], de la femme adultère [13], et à tout l’Évangile, si on ne comprend pas que tout est don gratuit, pur amour, au delà de tout ce que nous pouvons comprendre. Non que la Justice soit négligée, puisque le péché est justement réparé dans l’infinie sainteté de la Croix de Jésus-Christ, mais, précisément, il n’y a de justice que dans la Croix de Jésus-Christ, par laquelle le monde est jugé : en condamnant Jésus-Christ, le monde se condamne lui-même ! Le monde est déjà jugé [14], et celui qui le tyrannise, « le prince de ce monde [15] », comme l’appelle Jésus, est vaincu, puisque son pouvoir, qu’est le péché, est détruit… « Je ne Me rappellerai plus leurs péchés [16] », avait annoncé Dieu par le prophète Jérémie… Tandis que désormais Satan n’a donc plus d’autre pouvoir que celui que les hommes veulent bien lui reconnaître, pour ceux qui vivent dans la Communion à la Croix du Christ, plus rien ne les sépare de Dieu !… Nous sommes réconciliés avec Dieu, et pouvons véritablement jubiler… pourvu cependant que ce soit toujours dans la Communion à la Croix de Jésus… ainsi que le psaume le demande : « Rends-moi la joie d’être sauvé », ajoutant aussitôt : « Que l’esprit généreux me soutienne [17] ».

« Une fois élevé de terre, J’attirerai à Moi tous les hommes [18] ». Certains comprennent cette phrase comme si Jésus, une fois dans le Ciel, devait y attirer tous les hommes. Mais l’Évangéliste ajoute : « Jésus signifiait par là de quel genre de mort Il allait mourir [19] ». Avant l’élévation dans le Ciel, il est donc question de l’élévation de la Croix par laquelle chacun est ou sauvé, s’il s’unit par une communion d’amour à Jésus qui passe de ce monde au Père, ou damné, s’il refuse le témoignage de l’Amour plus fort que le péché.

Dans la Nouvelle Alliance scellée dans le Sang du Christ, la puissance du Sacrifice Rédempteur rendue présente dans les sacrements transforme et recrée intérieurement les esprits et les cœurs en inscrivant au plus profond d’eux-mêmes la Loi du Seigneur, en sorte que le Christianisme est la religion définitive établie pour l’éternité et qu’il n’appartient à personne de venir nous annoncer une nouvelle religion ou nous dire : « Apprends à connaître le Seigneur » ! Qu’on se le dise !

Qu’à la prière de Marie, le Seigneur nous donne la joie d’être sauvés [20], que Son Esprit nous soutienne dans la générosité à vaincre nos péchés [21], que nous puissions alors enseigner les chemins du Seigneur à une foule d’égarés qui reviendront ainsi vers Lui !

Ainsi soit-il !

1. Jn 12 27.

2. Cf. Jn 12 24.

3. He 5 8-9.

4. Cf. Rm 16 25.

5. Cf. Lc 22 44.

6. Jn 12 27.

7. Cf. Mt 25 40.

8. Cf. Jn 14 6.

9. Rm 11 32.

10. Cf. Lc 15 11-32.

11. Cf. Mt 20 1-16.

12. Cf. Lc 23 39-43.

13. Cf. Jn 8 1-11.

14. Cf. Jn 12 31.

15. Ibid.

16. Jr 31 34.

17. Ps 50 14.

18. Jn 12 32.

19. Jn 12 33.

20. Cf. Ps 50 14.

21. Ibid.