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Sermon pour le premier Dimanche de Carême (année C)

(Liturgie de la Parole : Dt 26 4-10 ; Ps 90 ; Rm 10 8-13 ; Lc 4 1-13)


Si nous cherchons le dénominateur commun à ces quatre textes bibliques que nous venons d’entendre, nous pouvons certainement dire qu’il s’agit de la relation du croyant à la Tradition. « Tradition » signifie « transmission », transmission du passé au présent et du présent au futur. La tradition est ce qui relie et unifie le temps, et le transforme en « histoire ». L’homme peut alors habiter le temps, trouver sa place dans l’Histoire.

Ainsi, dans la première lecture, voyons-nous l’obligation divine qui est faite au croyant juif de faire mémoire de l’Histoire Sainte, et pas seulement mentalement, mais au cours d’un rite, de réciter à haute voix cette histoire, pour confesser la permanence et l’actualité de cette Histoire Sainte dans le présent de sa vie :

« Mon père était un Araméen vagabond […] et voici maintenant que j’apporte les prémices des produits du sol que Tu m’as donné, Seigneur [1]. »

La vie présente trouve alors son sens par rapport à ce passé, par rapport à cette histoire, et devient, à son tour, capable de préparer l’avenir… Là où la mémoire est une responsabilité, l’avenir est une mission. Et si la tradition suppose une communauté qu’elle contribue à façonner, l’homme s’humanise ou se déshumanise selon les traditions qu’il reçoit et transmet.

Le psaume chante le bonheur de celui qui, parce qu’il connaît Dieu, peut L’appeler et par là être par Dieu secouru. « Je le défends car il connaît Mon nom [2] », dit le Seigneur. Celui qui repose à l’ombre du Puissant [3] dit au Seigneur : « Mon refuge, mon rempart, mon Dieu dont je suis sûr [4] ! » Il dit, il professe sa foi, il la célèbre, notamment au cours d’un rite, d’une tradition, qui lui transmet cette connaissance de Dieu qu’il s’agit pour lui de dire, de confesser, de faire sienne…

Saint Paul distingue la foi crue et la foi confessée. Comme pour dire que si la Foi est en elle-même justice et source de salut, elle ne saurait s’entendre autrement que professée, transmise :

« Celui qui croit du fond de son cœur devient juste ; celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut. Si tu crois dans ton cœur que Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts et si tu l’affirmes de ta bouche, alors tu seras sauvé [5]. »

Autrement dit : il ne suffit pas de croire, il faut encore annoncer la Foi !… Ne voilà-t-il pas une parole qui tombe à pic à un moment où notre paroisse se prépare à partir en mission ?

L’Évangile, enfin, nous montre Jésus faisant référence à l’Écriture – Parole transmise de la part du Dieu vivant, pour se sauver des pièges de Satan…

La vie de Jésus, et tout spécialement cet épisode des tentations, nous révèle que la vie de l’homme ici-bas est une épreuve. Une épreuve au cours de laquelle Dieu demande à l’homme d’accepter ou non de se recevoir librement de Dieu, d’être ce que Dieu veut qu’il soit. C’est une épreuve où l’homme doit finalement accepter d’être, et d’être libre… Car l’homme est créé libre : il peut en effet dire oui ou non à ce que Dieu lui propose d’être. C’est en disant oui à Dieu, en demeurant donc dans cette relation qui l’unit à Dieu, qu’il demeure dans cette liberté, et devient libre… L’épreuve se change en tentation lorsque le diable fait croire à l’homme qu’il n’est pas libre puisqu’il dépend de Dieu… que la liberté consiste à s’affirmer soi-même indépendamment de Dieu. Mais il s’agit alors d’un faux dieu dont on veut se couper… mais que pourtant l’on imite…, car le seul vrai Dieu que nous révèle la Tradition judéo-chrétienne n’est pas un être comme les autres dont on pourrait se passer : Il est Celui qui donne à tous la vie, le mouvement et l’être [6] ; autrement dit : on ne peut vivre qu’en se recevant continuellement de Lui. Jésus n’a répondu au diable et n’a jamais rien fait qu’en référence à Son Père : Il est vraiment Fils. Hors de cette volonté divine, Il n’existe pas. Pas plus que les pierres ne sont du pain… Lorsque l’homme succombe à la tentation, il refuse la communion avec Dieu, dans laquelle Dieu lui donne la vie, pour se préférer lui-même sans Dieu ; alors, n’adorant plus Dieu, mais le diable, l’homme se jette du haut du Temple pour venir s’écraser sur des pierres qui ne sont pas du pain !

Le monde moderne se vante d’avoir été possible grâce au rejet de la tradition judéo-chrétienne qui réglait jusqu’alors la société. Pour le monde moderne, l’homme ne peut être libre que s’il ne dépend de personne. Puisque la tradition relie l’homme à une histoire, et donc à d’autres hommes, il faut la renier, l’oublier, afin que l’homme soit libre de tout conditionnement et puisse se construire lui-même, dans une totale liberté… Avec la Renaissance, et surtout la Réforme, on a vu l’homme affirmer pour la première fois son indépendance, en sorte qu’il n’a plus besoin de Tradition ni d’Église parce qu’il entre directement en relation avec Dieu, non plus que de morale car il obéit à sa seule conscience ; avec le Nouvel Âge, le New Age, qui poursuit le mouvement de libération de l’humanité, l’homme est un être divin… qui forme un tout avec le monde. Son indépendance vis-à-vis de Dieu et de la Tradition judéo-chrétienne s’est transformée en une confusion de son être avec celui du monde… Alors on défend les bébés phoques tandis qu’on est indifférent au meurtre des enfants non encore nés. Comme le dit très justement le proverbe : « Celui qui veut faire l’ange fait la bête [7] ». Sans le vis-à-vis avec Dieu qui est le Tout-Autre, et auquel me relie la Tradition, je ne puis pas devenir, face à Lui, une personne, et je ne puis que retourner au chaos, au néant. Le New Age, comme son nom l’indique, annonce un « Nouvel Âge », correspondant à la sortie de notre terre de la constellation stellaire du Poisson pour entrer dans celle du Verseau. À cette nouvelle étape de l’histoire de notre monde correspondrait une nouvelle religion, le New Age, qui doit remplacer la religion de la précédente étape : le Christianisme. On ne peut entrer dans le Nouvel Âge sans quitter l’ancien… sans rejeter non seulement le Christianisme mais aussi toutes les valeurs qui ont façonné ce monde désormais ancien et dépassé. Et si l’homme du Nouvel Âge prétend se sauver, c’est par ses seules forces, en recourant à des pratiques diverses, psychologiques et magiques. C’est pourquoi on le voit disposer avec une parfaite liberté de la vie et de la mort, et effacer les différences entre l’homme et la femme. Il travaille au rêve de se produire lui-même techniquement pour ne plus dépendre de rien d’autre que de sa propre volonté et puissance. Il ne devra rien à personne. Il sera ce qu’il veut être. Il sera libre ! La belle tentation dans laquelle l’humanité est tombée ! « Dis que ces pierres soient du pain [8] ! » Mais si ces pierres sont ce que je veux qu’elles soient, elles ne sont donc rien en elles-mêmes… elles n’existent pas… et moi non plus… Par ce marché de dupes, l’homme est rejeté hors de la vérité et de la réalité, il perd sa vie et son âme.

Le New Age n’est pas une institution, une organisation, mais un esprit, une nouvelle conscience, « le fer de lance d’un projet sans précédent de colonisation mentale généralisée [9] ». Il diffuse par contagion un savoir ésotérique qui rend vaine la foi en Jésus. La conception linéaire du temps est rejetée au profit d’une conception cyclique, où il n’y a donc plus de place pour une histoire du salut. « Avec le Nouvel Âge et ses réseaux, nous entrons dans une guerre totale sans précédent, où dominent les armes psychologiques et où toutes les ressources de la politique, du droit, des sciences bio-médicales, des disciplines les plus diverses sont concentrées sur la même cible : la destruction de l’“ancien paradigme”. Du point de vue chrétien, c’est le plus grand danger qui menace l’Église depuis la crise arienne [10] », qui niait la divinité du Christ, au IVe siècle…

Jésus n’a pas joué à Dieu, bien qu’Il Le fût. Il S’est comporté comme un homme doit se comporter. Il n’a pas cru devoir S’autodéterminer Lui-même hors de la vérité de Sa nature humaine et de celle du monde créé, S’émanciper de l’humanité et de la condition humaine. Par le recours constant à l’Écriture Sainte, à cette tradition qui nous fait connaître Qui est Dieu et quelle est Sa volonté, Jésus nous montre que l’homme ne peut exister qu’en se recevant lui-même constamment de Dieu comme de son Père.

1. Dt 26 5.10.

2. Ps 90 14.

3. Cf. Ps 90 1.

4. Ps 90 2.

5. Rm 10 9-10.

6. Cf. Ac 17 28.

7. Pascal (Blaise), Pensées, n. 358.

8. Lc 4 3.

9. Schooyans (Michel), L’Évangile face au Désordre mondial, Paris, Fayard, 1997, p. 93.

10. Ibid., pp. 93-94.