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Sermon pour le troisième Dimanche de Carême (année C)

(Liturgie de la Parole : Ex 3 1…15 ; Ps 102 ; 1 Co 10 1…12 ; Lc 13 1-9)


« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière [1]. »

Jésus répète cette phrase. Il insiste, pour nous la bien faire entrer dans la tête. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. » « De la même manière… » Qu’est-ce à dire : « De la même manière » ? Eh bien ! d’une manière inattendue, imprévue, et donc : non préparée… telle la mort de ces Galiléens surpris et massacrés alors qu’ils s’acquittaient de leur devoir religieux, ou celle de ceux qui furent écrasés par la tour à l’ombre de laquelle ils s’étaient tranquillement assis. Voila le malheur que Jésus voudrait nous éviter : mourir sans y être prêt.

Autrefois, et il n’y a pas si longtemps, les Chrétiens demandaient dans leur prières : « D’une mort imprévue, Seigneur, délivrez-nous ». Aujourd’hui, la plupart des Chrétiens, comme le reste des hommes, souhaitent une mort subite, inconsciente. Que surtout ils ne se voient pas partir ! Et en cela, ils ne sont plus Chrétiens puisqu’ils ne meurent pas comme le Christ veut que nous mourrions : d’une vie offerte, d’une mort volontaire, attendue, préparée, et pour les meilleurs : aimée et désirée. C’est ainsi que l’on n’appelle quasiment plus jamais le prêtre au chevet des agonisants. Au cas où ça lui fasse peur ! Pensez donc, il pourrait croire que c’est la fin. Comme s’il ne devait jamais mourir ! Comme s’il n’avait pas besoin de se préparer à paraître devant Dieu ! Et pour maintenir jusqu’au bout l’aveuglement et l’illusion la plus grossière, on préfère mourir sans le secours des sacrements ! « Si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de la même manière ! » D’une mort imprévue… non préparée…

Et pourquoi Jésus redoute-t-Il tant que nous mourrions d’une mort imprévue ? Parce que la mort scelle d’un sceau éternel ce que nous serons devenus lorsqu’elle surviendra. « Ceux qui auront fait le bien iront alors à la vie éternelle, ceux qui auront fait le mal à l’horreur éternelle, à la damnation [2]. » Voila pourquoi Jésus invite Ses interlocuteurs – et nous par la même occasion –, à « se convertir »… à se tourner vers… Dieu, à l’instar de Moïse changeant de direction pour contempler ce buisson qui brûlait sans se consumer [3], image de ce Dieu qui Se donne à l’homme non pour le détruire mais pour le transformer en ce qu’Il est Lui-même : Feu, feu de l’Amour qui dévore celui qui aime tout en le faisant vivre… Se convertir, donc, se tourner vers Dieu tant qu’il est encore temps, tant que Dieu, à l’exemple du propriétaire du figuier stérile, patiente encore, espérant le changement fructueux qui lui fera renoncer à l’extermination [4].

Saint Paul tient le même discours aux Chrétiens de Corinthe en leur rappelant l’exemple des Hébreux qui, bien que baptisés dans la Mer Rouge, nourris et désaltérés à ce rocher qui les accompagnait et qui était déjà le Christ, n’ont cependant pas pu entrer dans la Terre Promise, en raison de leur inconduite, qui les en a rendus indignes. Il ne suffit donc pas d’avoir été baptisé, de venir à la Messe et de communier pour entrer en Paradis : il faut encore demeurer fidèle à l’amour de Dieu en évitant tout péché. Cette leçon était vraie pour les Hébreux « dont la plupart n’ont fait que déplaire à Dieu… et ils ont été exterminés [5] », et elle vraie aujourd’hui encore et jusqu’à la fin des temps car, nous dit saint Paul, « ces événements étaient destinés à nous servir d’exemple [6] ».

« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière [7]. »

« Seigneur, d’une mort imprévue, délivrez-nous ! »

Mais comment en être délivré ? En pensant souvent à l’heure de notre mort, et à ce qui devra la suivre… Celui qui pense souvent à l’heure de sa mort devient sage. Il se met à mépriser la frivolité et à apprécier le sérieux profond de sa liberté. Seul celui qui vit chaque jour avec sa mort connaît la merveille unique et sans prix qu’est sa vie, et il cherche à la sauver…

Or Jésus nous a appris que « celui qui cherchera à sauver sa vie la perdra… mais que celui qui la perdra à cause de Jésus la sauvera [8] ». Autrement dit, il nous faut mourir à cause du Christ. C’est en contemplant la façon dont le Christ est mort que nous apprendrons à mourir. Et en contemplant la façon dont le Christ est mort, nous apprenons trois choses sur ce que doit être notre mort pour qu’elle soit une belle mort, une mort digne du Christ.

La première, c’est l’acceptation de la mort. Le Christ l’a même voulue, désirée, sachant que par elle Il allait tuer en Sa chair le moyen du péché, et par Son Sang innocent injustement versé, laver de leurs péchés les âmes qui s’y laveraient et désaltéreraient. Or, par notre baptême, nous sommes devenus membres du Christ, et lorsque le Christ offrait Sa mort sur le Golgotha, Il offrait toutes nos morts et chacune d’elles dans la singularité de ses circonstances particulières… C’est pourquoi il revient à chaque Chrétien de « compléter dans sa chair ce qui manque à la Passion du Christ [9] », sachant que sa mort n’arrive pas par hasard, mais à sa place, telle qu’elle est, dans le Grand Œuvre du Christ qu’est la Rédemption du monde… N’avons-nous pas une dette infinie d’amour et de reconnaissance vis-à-vis de notre Sauveur, en sorte que nous regardions comme un honneur immense et une joie imméritée de pouvoir nous associer à sa Mort rédemptrice ?

La deuxième caractéristique d’une mort chrétienne est sa générosité. Le Christ a transformé la mort ; Il en a fait le témoignage suprême de l’amour. « Il n’y a pas de plus grand amour, disait Jésus, que de donner sa vie pour ceux que l’on aime [10]. » Ainsi, à la suite du Christ, nous sommes appelés à faire de notre mort l’offrande, par amour, de notre vie. Mais il est clair que pour que ce sacrifice puisse être offert généreusement et sans réserve, comme la perfection de l’Amour l’exige en cette circonstance ultime, il faut s’y être préparé, jour après jour, par le renoncement à tout ce qui nous est cher. Les mortifications du Carême et de la vie n’ont pas d’autre but que de nous apprendre un peu à mourir.

Une mort chrétienne doit enfin être une mort illuminée d’une très grande joie. Jésus a dit à Ses disciples : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâques avec vous [11] ». Il savait que par Sa Mort Il allait donner la vie et la joie au monde et retrouver Son Père qu’Il aimait au point de S’offrir librement en sacrifice pour Sa Gloire. Depuis lors, la mort dans le Christ est devenue l’entrée en Paradis. C’est pourquoi elle est devenue, pour un vrai Chrétien, non seulement « un gain [12] », mais le plus beau jour de la vie ! Le jour où, enfin ! je verrai Dieu… Au lieu de m’avancer inexorablement vers ce qui mettra fin et pour toujours à ma petite existence terrestre, je m’avance vers le jour du bonheur sans fin qui va commencer et pour lequel j’ai été créé ! Les perspectives sont inversées : je quitte l’angoisse de la fin et des épreuves pour la joie des commencements et des accomplissements !

Mais que les morts joyeuses sont rares ! Au lieu de s’élancer vers le Christ qui nous tend Ses Mains percées pour nous accueillir, on se plaint qu’il faille déjà partir, on voudrait retarder le rendez-vous des noces éternelles, on ne craint pas d’offenser Celui qui brûle d’un amour éternel pour nous et qui est allé jusqu’à S’offrir en sacrifice pour nous arracher à la mort ; finalement, on s’y résout, mais à contrecœur ! Alors que l’allégresse serait à ce moment la plus grande preuve d’amour…

Bref, on n’improvise pas sa mort, et il nous faut la préparer, si nous ne voulons pas périr pour toujours. C’est pourquoi le Christ, dans Sa paternelle et divine prévoyance, nous a laissé cette merveilleuse invention qu’est la Messe.

Chaque Messe est là, en effet, pour nous apprendre, à chaque fois un peu mieux, à offrir notre vie « par Lui, avec Lui et en Lui, à Dieu le Père Tout-Puissant dans l’unité du Saint-Esprit ». Seulement ainsi pouvons-nous offrir à Dieu « tout honneur et toute gloire »… Ainsi soit-il.

1. Lc 13 3.5.

2. Jn 5 29.

3. Cf. Ex 3 3.

4. Cf. Lc 13 6-9.

5. 1 Co 10 5.10.

6. 1 Co 10 11.

7. Lc 13 3.5.

8. Cf. Mt 16 25 ;Lc 9 24.

9. Col 1 24.

10. Jn 15 13.

11. Lc 22 15.

12. Ph 1 21.