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Sermon pour le Mercredi des Cendres

(Liturgie de la Parole : Jl 2 12-18 ; Ps 50 ; 2 Co 5 20 – 6 2 ; Mt 6 1…18)


Le Mercredi des Cendres que nous célébrons aujourd’hui inaugure le temps liturgique de la Pénitence devant nous préparer à fêter saintement le Mystère Pascal. La cendre symbolise à la fois le péché et son fruit qui en est la mort. Après son premier péché, le péché originel, Dieu dit à Adam : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière [1] ». Se recouvrir de cendre signifie reconnaître son péché et le regretter. C’est le sens de l’imposition des cendres que nous nous apprêtons à recevoir. Poser cet acte libre de reconnaissance de sa fragilité et de son péché, c’est se situer en vérité, faire ce qui est en son pouvoir pour rentrer en grâce avec Dieu. C’est entendre l’appel à nous réconcilier avec Dieu.

Le temps du Carême est ce temps pendant lequel nous voulons revenir à Dieu, débarrassés de toutes les illusions et mensonges qui nous empêchent de jouir de l’Amour de Dieu et d’être véritablement heureux dans le temps et l’éternité. Pour cela Jésus nous invite à agir dans le secret, loin du regard des hommes, comme Lui-même S’était retiré au désert. Pour nous réconcilier avec Dieu, il nous faut accepter le dépouillement et la nudité du désert.

Par notre Carême nous voulons suivre spirituellement Jésus jeûnant et priant durant quarante jours au désert. Nous voulons faire nôtre ce temps par lequel Jésus S’est préparé à sa Mission, y puiser comme Lui et avec Lui l’énergie spirituelle dont nous avons besoin pour déjouer les pièges du diable dont la racine maîtresse est l’orgueil. L’orgueil nous pousse en effet à méconnaître nos insuffisances, à ignorer nos fautes, à mettre notre confiance en nos bonnes œuvres, en nous-même. Le désert, par le dépouillement et la nudité qu’il impose, nous libère de la séduction des apparences, de la tyrannie de la vanité, du pouvoir du « père du mensonge [2] ». Il nous conduit à une intense vie intérieure, à la recherche de la vérité, à la contemplation du Mystère de Dieu. Le désert, par sa nudité, nous révèle notre foncière indigence, notre radicale pauvreté. Il nous conduit à nous retrouver nous-même face à l’essentiel, et surtout il nous permet de trouver dans notre pauvreté notre richesse intérieure… Il nous ouvre à une prière d’autant plus ardente et à un abandon d’autant plus parfait que Dieu seul nous reste. Heureux ceux qui sauront jeûner de tout ce qui les distrait de la conscience de leur pauvreté, l’immensité des richesses divines est à eux ! Seuls ceux qui présenteront avec humilité leur pauvreté à Dieu pourront bénéficier des richesses d’une vie supérieure !

Le Carême est l’occasion que Dieu nous donne d’accueillir l’opulence et la richesse de la vie spirituelle. Si nous voulons que Dieu crée en nous un cœur nouveau, un cœur pur, capable de goûter la joie parfaite qu’Il est Lui-même, il nous faut accepter de déchirer notre vieux cœur, celui qui nous fait aimer ce qui n’est pas aimable, ou mal aimer ce qui l’est. C’est dans ce sens que Jésus disait : « S’aimer soi-même, c’est se perdre, haïr sa vie en ce monde, c’est la conserver pour la vie éternelle [3] ». Le déchirement du cœur vise à une transformation de la vie intérieure, intime, personnelle, secrète. C’est pourquoi l’Évangile appelle à vivre et à agir avec pour seuls témoins le regard de Dieu et celui de sa conscience. Sinon l’homme vit hors de lui-même, hors de la vérité de son être. Il se rate lui-même !

Est-il encore possible à l’homme de la civilisation technique, audio-visuelle, anthropocentrique, d’accéder à son intériorité, de demeurer en présence de Dieu dans le secret de son cœur ? Comment pourra-t-il trouver le chemin de son cœur, désirer déchirer le voile qui lui dérobe la présence de Dieu, et par ce salutaire déchirement connaître la vérité et trouver grâce auprès de Dieu ? Saint Paul nous invite au déchirement du cœur et à nous laisser réconcilier avec Dieu, en nous présentant Celui qui n’a pas connu le péché et que Dieu a pour nous identifié au péché des hommes, de sorte que semblables à Lui, nous partagions Sa gloire ! Comment devant Jésus crucifié ne pas avoir le cœur déchiré ?! Comment ne pas avoir le cœur déchiré devant l’Amour qui souffre volontairement, afin d’expier toutes les tortures que nos manques d’amour Lui infligent ? Comment ne pas avoir le cœur déchiré de voir que la mort de Celui qui nous aime et que nous aimons est nécessaire à notre salut ?

Que ce temps de pénitence soit pour chacun d’entre nous l’occasion d’entrer plus profondément dans le Mystère de Mort et de Résurrection qui sera le couronnement du Carême. Par le jeûne, la prière et le partage, nous manifesterons concrètement notre désir de mener une vie nouvelle dont Dieu soit l’unique richesse et gloire. Alors nous sera donnée la joie d’être sauvés, l’Esprit généreux nous soutiendra et notre bouche chantera sans fin les louanges du Seigneur [4] !

1. Gn 3 19.

2. Jn 8 44.

3. Cf. Jn 12 25.

4. Cf. Ps 50 14, 17.