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Sermon pour le septième Dimanche de Pâques (année B)

(Liturgie de la Parole : Ac 1 15…26 ; Ps 102 ; 1 Jn 4 11-16 ; Jn 17 11-19)


Depuis l’Ascension de Jésus au Ciel jusqu’à la fête de la Pentecôte, les Apôtres, leurs compagnons et la Mère de Jésus, se sont retirés à l’écart de l’agitation du monde pour attendre, dans la prière et le recueillement, la venue du Saint-Esprit promise jadis par Dieu et confirmée pour imminente par Jésus. La liturgie, qui a pour vocation d’actualiser pour nous les Mystères divins, nous situe aujourd’hui dans ce temps d’attente du Saint-Esprit ; aussi nous revient-il certainement d’affermir la ferveur de notre désir de la venue du Saint-Esprit en notre vie. Mais, précisément, qui est le Saint-Esprit dont nous demandons la venue ?

Dans son Credo, l’Église proclame qu’Il « est Seigneur et qu’Il donne la vie ». Ainsi, le Saint-Esprit est Celui qui communique aux hommes la Vie, c’est à dire le Christ Lui-même. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie [1] », disait Jésus, et saint Paul remarque que « sans l’Esprit-Saint, personne ne peut dire “Jésus est Le Seigneur [2]” ». S’il est vrai que sans le Christ nul ne peut accéder au Père, et que sans l’Esprit-Saint nul ne peut accéder au Christ, connaître le Saint-Esprit n’est donc pas facultatif pour la vie chrétienne !…

Jésus disait à Nicodème :

« Il vous faut naître d’en-Haut. Le vent souffle où il veut, tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit [3]. »

En comparant l’Esprit-Saint au vent, Jésus enseigne que la Troisième Personne de la Trinité est en elle-même un élan, un souffle, qui entraîne, mais vers où ? Aucune intelligence humaine ne peut apporter la moindre réponse, puisque nous sommes ici au sein de l’intériorité divine, inaccessible à la raison humaine. Seule la Révélation ouvre le champ de cette connaissance. En tout cas, si l’Esprit-Saint est un souffle, un élan venant de Dieu – puisque c’est Dieu qui L’envoie –, alors nous comprenons qu’Il ne peut que conduire à Dieu, comme l’amour conduit vers l’être aimé, parce que Dieu ne peut pas ne pas S’aimer Lui-même… De même que le vent a la force de tout entraîner sur son passage, de même l’Esprit de Dieu a la force de nous arracher à nous-même pour nous introduire dans la Communion Trinitaire en nous donnant de si bien aimer le Christ – de l’Amour même dont Dieu L’aime – que nous ne fassions plus qu’un avec Lui !… « Quand Il viendra, Lui, l’Esprit de Vérité, Il vous conduira dans la vérité toute entière [4] », a annoncé Jésus. Alors, oui, la joie du Christ peut être la nôtre !

Cet élan, ce souffle qui vient de Dieu et conduit à Dieu, est ce double mouvement – telle la respiration de notre souffle, l’inspiration et l’expiration – qui unit en une même vie et un même amour le Père et le Fils. Le Père donne la vie au Fils, qui en retour aime le Père jusqu’au don de Sa vie… Tous deux sont entraînés l’Un vers l’Autre par un même et unique élan d’amour qui, pour donner Dieu à Dieu, ne peut être Lui-même que Dieu, leur commun Esprit, leur commun Amour. Le Saint-Esprit est avec le Père et le Fils un seul et même Dieu, une seule substance divine, une seule éternité, une seule toute-puissance, une seule Volonté, une seule perfection, et ne Se distingue d’Eux que par Sa relation à Eux, que parce qu’Il procède d’Eux comme la réalité de leur amour. En Dieu tout est Un là où n’intervient pas la réciprocité des relations [5].

Il n’est pas difficile de réfuter ceux qui nous accusent de trahir la Foi en confessant que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Il suffit pour cela de montrer que si le Père et le Fils ont tout en commun hormis leurs relations réciproques de paternité et de filiation, alors Ils sont nécessairement un seul et même Principe d’où procède le Saint-Esprit. En effet, si l’Un était Principe du Saint-Esprit à l’exclusion de l’Autre, il y aurait entre Eux une autre différence que celle de leurs relations réciproques… et cela nierait leur absolue unité.

Jean-Paul II écrit dans son encyclique sur l’Esprit-Saint – que chacun d’entre vous a certainement déjà lue ou va bientôt lire – que, si « dans Sa vie intime, Dieu “est amour”, un amour essentiel, commun aux trois Personnes divines », l’Esprit-Saint est cependant, Lui, « l’amour personnel en tant qu’Esprit du Père et du Fils », en sorte que par l’Esprit-Saint, « Dieu “existe” sous le mode du don [6] ». L’Esprit-Saint est l’expression personnelle du Don de Soi qu’est l’Amour ; c’est pourquoi le Pape L’appelle la Personne-Amour, la Personne-Don. Il est Le Don de Dieu par Lequel Dieu Se communique, non seulement dans l’union du Père et du Fils, mais encore, par grâce, en vertu de l’Incarnation du Fils, à nous aussi !!! En recevant le Saint-Esprit, nous sommes introduits dans l’éternelle Communion d’Amour qui unit le Père et le Fils ! Nous recevons alors l’Esprit de famille sans Lequel nous ne saurions être véritablement « enfants de Dieu ». « Nous reconnaissons que nous demeurons en Lui, et Lui en nous, à ce qu’Il nous donne part à Son Esprit [7] », écrit saint Jean…

Avec Marie, avec les Apôtres, avec tous les Saints, supplions Notre Seigneur de nous envoyer Son Esprit, qui, parce qu’Il est une Personne, ne peut pas être possédé comme une chose. Il est libre. Il va et Il vient, « mais tu ne sais ni d’où Il vient ni où Il va [8] ». C’est pourquoi il nous faut sans cesse Le désirer, Le demander, L’appeler. Qu’Il vienne nous enrichir de Ses sept dons [9], afin que par eux nous devenions réceptifs et dociles pour nous laisser conduire intérieurement. Que notre manière humaine d’agir, si lente et laborieuse, incapable de conduire notre vie chrétienne à son plein essor et à la vision de Dieu, laisse en nous la place à une manière toute divine d’agir, celle que le Christ et les Saints ont expérimentée dans leur humanité. « Les dons disposent l’homme à opérer promptement en étant mû par l’inspiration divine [10] », enseigne saint Thomas d’Aquin. Ainsi donc :

« Ô Jésus, qui avant de monter au Ciel, avez promis à Vos Apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit, pour les instruire, les consoler et les fortifier, daignez faire descendre en nous aussi ce divin Témoin.

« Venez en nous, Esprit de la crainte du Seigneur ; faites que nous redoutions par-dessus tout de contrister notre Père céleste et que nous fuyons les appâts trompeurs des plaisirs des sens.

« Venez en nous, Esprit de piété ; remplissez nos cœurs de la tendresse la plus filiale pour Dieu et de la mansuétude la plus parfaite à l’égard de nos frères.

« Venez en nous, Esprit de science ; éclairez-nous sur la vanité des choses de ce monde ; faites que, voyant en elles des images des perfections divines, nous nous en servions pour élever nos cœurs vers Celui qui les a créées pour notre service.

« Venez en nous, Esprit de force ; donnez-nous le courage de supporter avec patience les souffrances et les épreuves de la vie, et faites-nous surmonter généreusement tous les obstacles qui s’opposeraient à l’accomplissement de nos devoirs.

« Venez en nous, Esprit de conseil ; accordez-nous la grâce de discerner, dans les occasions difficiles, ce que nous devons faire pour accomplir la volonté de Dieu, et ce que nous devons dire pour diriger prudemment ceux dont nous sommes les guides.

« Venez en nous, Esprit d’intelligence ; que Votre divine lumière nous fasse pénétrer les vérités et les mystères de la religion, et qu’elle rende notre foi si vive qu’elle soit l’inspiratrice de tous nos sentiments et de tous nos actes.

« Venez en nous, Esprit de sagesse ; faites que nous goûtions la suavité des choses divines à tel point que notre cœur les aime uniquement et qu’il puise dans cet amour une paix inaltérable.

« Gloire au Père qui nous a créés, au Fils qui nous a rachetés, au Saint-Esprit qui nous sanctifie. Amen. [11] »

1. Jn 14 6.

2. 1 Co 12 3.

3. Jn 3 7-8.

4. Jn 16 13.

5. Cf. Concile de Florence, Décret pour les jacobites (DS 1330).

6. Jean-Paul II, Lettre encyclique Dominum et vivificantem, 18 mai 1986, n. 10 (La Documentation catholique, n. 1920, 15 juin 1986, p. 586).

7. 1 Jn 4 13.

8. Jn 3 8.

9. Cf. Is 11 2.

10. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia-IIæ, q. 68, a. 1, resp.

11. Prière traditionnelle pour demander les Dons du Saint-Esprit.