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Sermon pour le troisième Dimanche de Pâques (année C)

(Liturgie de la Parole : Ac 5 27…41 ; Ps 29 ; Ap 5 11-14 ; Jn 21 1-19)


Tous les textes de ce dimanche, chacun à sa manière, célèbrent la Résurrection de Jésus.

La première lecture nous montre Pierre et les Apôtres tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations et fouettés pour avoir annoncé la Résurrection de Jésus :

« Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en Le pendant au bois du supplice. C’est Lui que Dieu, par Sa puissance, a élevé en faisant de Lui le Chef, le Sauveur [1]. »

Le livre de l’Apocalypse nous montre toutes les créatures, chacune selon sa condition, « au ciel, sur terre, sous terre et sur mer », reconnaître et confesser la victoire de l’Agneau immolé pour le salut du monde et désormais vivant pour les siècles des siècles : « À Lui bénédiction, honneur, gloire et domination pour les siècles des siècles [2] ».

Le psalmiste, lui aussi, chante la Résurrection :

« Seigneur, Tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse. Avec le soir viennent les larmes, mais au matin, les cris de joie ! Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie [3] ! »

Tandis que l’Évangile nous révèle la joie émerveillée, la communion sans paroles des disciples dont aucun n’osait demander à Celui Qui les avait précédés sur l’autre rive : « Qui es-Tu [4] ? », tant ils savaient maintenant, après d’autres apparitions, que Jésus était ressuscité. La tranquille certitude qui habite leur cœur, comme la mission que reçoit Pierre, sont toutes deux ordonnées à la célébration, à la proclamation de la victoire de Jésus ressuscité.

Dans l’Évangile, la proclamation de la victoire de Jésus sur la mort apparaît d’abord dans la pêche miraculeuse. Cette pêche miraculeuse rappelle en effet, par delà la mort de Jésus, la première pêche miraculeuse [5] et témoigne de l’identité du Jésus d’avant la Passion et de Celui qui apparaît maintenant ! Car il n’y a que Lui pour faire un miracle pareil ! Aussi, Jean, une nouvelle fois le premier, comprend que : « C’est le Seigneur [6] ! » Lors de la première pêche, Jésus était dans la barque, les filets menaçaient de se rompre et les barques de couler [7] ; image de l’Église récoltant toutes sortes de gens, bons et mauvais, au point que ses filets menacent de se rompre par les schismes qui la déchirent, et de couler sous le poids du tout-venant. C’était la pêche de la miséricorde. Lors de cette deuxième pêche, Jésus n’est plus dans la barque, mais Il l’a précédée sur l’autre rive… celle de l’éternité… C’est alors l’annonce de la pêche du Jugement Dernier, où le Juge placera « les brebis à Sa droite et les boucs à Sa gauche [8] » ; aussi il n’est question de ne jeter les filets qu’à droite de la barque [9], pour ne recueillir que les Élus… Autant d’indications qui témoignent de l’identité de ce Jésus de Nazareth, par delà la mort…

De plus, Pierre, qui avait dit à Jésus lors de la première pêche miraculeuse : « Éloigne-Toi de moi car je suis un homme pécheur [10] », et où il s’était entendu répondre : « Désormais ce sont des hommes que tu prendras [11] », va se voir confirmé dans cette même vocation… Mais, avant cela, aussi vrai que Jésus prêchait la conversion comme préalable au pardon des péchés, ainsi désire-t-Il voir Pierre réparer son triple péché de reniement [12]. Il ne Lui suffit pas que Pierre ait pleuré son péché [13] : puisque Pierre a renié publiquement, Jésus désire que Pierre répare publiquement par une triple profession d’amour la triple négation de l’Amour [14]. Alors, et alors seulement, Pierre recouvrera-t-il, avec l’assurance du pardon que Jésus lui donnera en le confirmant dans sa mission de pasteur universel de l’Église, la pureté et la paix du cœur.

Il y a là une règle pour la vie chrétienne : celui qui renierait la foi publiquement, par exemple devant l’Assemblée chrétienne, en rejetant ne serait-ce qu’un seul dogme ou un seul enseignement normatif de la morale de l’Église, se doit d’exprimer devant la Communauté son repentir, avant que de pouvoir prétendre être admis de nouveau à la Communion Christique. C’est la condition pour être en pleine communion avec le Christ et avec Son Église. Une telle démarche demande beaucoup d’humilité et de courage, mais surtout beaucoup d’amour ; aussi importe-t-il d’aider tout frère qui s’est égaré à retrouver le chemin du Christ, comme Pierre a su le faire. S’il en allait autrement, preuve serait donnée de la fausseté de la relation à Jésus, qui demande réparation. Il appartient, bien sûr, aux Pasteurs de l’Église de demander et d’organiser une telle réparation. Mais qui a, comme Pierre, assez d’amour véritable pour s’humilier devant la communauté de ses fautes publiques ? Mais surtout, qui aujourd’hui a encore le courage de ne pas rester indifférent au péché, d’en dénoncer l’incompatibilité avec l’exercice de la vie chrétienne, à l’exemple du Maître ressuscité, et d’en demander réparation ?

Parce que Pierre reçoit la mission de pasteur universel, il devait lui-même emprunter le premier le chemin d’humble repentance et de confession qui conduit à la Communion avec le Bon Pasteur. C’est pourquoi il devait aussi posséder un amour supérieur à celui de tous les autres : « Pierre, M’aimes-tu plus que ceux-ci [15] ? » Puisque la personne de Pierre et son amour personnel sont concernés de façon si singulière, on ne peut soutenir que Pierre – et aujourd’hui son successeur : le Pape – ne serait que le représentant des Apôtres. Si son autorité n’est pas différente de celle des Apôtres, elle a pour caractéristique d’être l’autorité suprême. Les paroles « Pais Mes agneaux [16] », « Pais Mes brebis [17] » énoncent une mission, et le pouvoir pour l’exercer. Ce pouvoir découle de l’identité de la mission de Pierre avec celle du Bon Pasteur. « Pais Mes agneaux, pais Mes brebis » : Jésus continuera à conduire Ses fidèles par la charge confiée à Pierre. De même que Simon avait été nommé « Pierre » parce qu’il était destiné à assumer le rôle de pierre de fondation qui appartenait en propre à Jésus [18], il reçoit maintenant la qualité de pasteur universel, propre à son Maître. De plus, l’assimilation de la mission de Simon à celle de Jésus est confirmée par celle de son martyre : « Lorsque tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te mènera où tu ne voudrais pas [19] ». Désormais toute la vie de Pierre sera conduite par Jésus, et cette vie, comme la Sienne, débouchera dans le témoignage suprême de l’Amour. « Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis [20] », avait dit Jésus. Pierre, comme le Bon Pasteur, donnera sa vie pour ses brebis.

L’autorité de Pierre, de ses successeurs, et plus généralement de tous les pasteurs de l’Église, découle donc, non pas d’une simple désignation par la Communauté, mais bien de leur ordination qui configure leur être même à celui du Bon Pasteur. L’ordination grave dans l’âme de celui qui est ordonné le « caractère », l’image du Bon Pasteur, comme un projet de vie et d’activité qui l’habilite à mener une activité pastorale au nom du Christ. Son être tout entier est assimilé, et pour toujours, à celui du Christ Pasteur. Sans cela, l’Église ne serait pas conduite au nom d’un autre, le Christ, mais elle se conduirait elle-même. Grâce au sacrement de l’ordre, qui rend présent le Christ Pasteur, l’Église est conduite par le Christ qui paît Lui-même Ses agneaux et Ses brebis. Les pasteurs de l’Église, parce qu’ils sont consacrés à Dieu, sont les témoins et les dispensateurs d’une vie autre que la vie terrestre. C’est ce que répond Pierre à celui qui n’est plus que le grand prêtre d’un sacerdoce périmé : « Nous sommes les témoins de tout cela avec l’Esprit-Saint que Dieu a donné à ceux qui Lui obéissent [21] ».

Puissions-nous nous-mêmes « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes [22] », et devenir dignes en souffrant quelque chose pour le Nom de Jésus, de chanter dans l’éternité la Gloire de Dieu et de l’Agneau, immolé et ressuscité pour notre salut !

1. Ac 5 30-31.

2. Ap 5 13.

3. Ps 29 4, 6, 12.

4. Jn 21 12.

5. Cf. Lc 5 1-11.

6. Jn 21 7.

7. Cf. Lc 5 1-11.

8. Mt 25 33.

9. Cf. Jn 21 6.

10. Lc 5 8.

11. Lc 5 10.

12. Cf. Mt 26 69-75 ; Mc 14 66-72 ; Lc 22 55-62 ; Jn 18 15-18, 25-27.

13. Cf. Mt 26 75 ; Mc 14 72 ; Lc 22 62.

14. Cf. Jn 21 15-17.

15. Jn 21 15.

16. Ibid.

17. Cf. Jn 21 16-17.

18. Cf. Mt 16 13-20.

19. Jn 21 18.

20. Jn 10 11.

21. Ac 5 32.

22. Ac 5 29.