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Sermon pour le cinquième Dimanche de Pâques (année C)

(Liturgie de la Parole : Ac 14 21-27 ; Ps 144 ; Ap 21 1-5 ; Jn 13 31…35)


Nous pouvons certainement reconnaître l’unité des lectures de ce cinquième dimanche de Pâques en ce qu’elles forment comme une ligne droite, une direction, qui de la terre s’élève jusqu’au Ciel. La trajectoire prend son appui et reçoit son impulsion du commandement de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés [1] ». Elle passe ensuite « par bien des épreuves [2] », qu’elle ne dépasse que moyennant la persévérance dans la Foi. Enfin elle atteint son terme dans la contemplation bienheureuse de la Jérusalem nouvelle qui descend d’auprès de Dieu et où Dieu demeure, règne éternel où il n’y a plus de pleurs, de cris, de tristesse ni de mort, car l’ancien monde s’en est allé et un monde nouveau est apparu, apparu dans la Résurrection de Jésus-Christ [3].

Nul doute que le commandement de Jésus de nous aimer les uns les autres comme Il nous a aimés ait pour but de nous introduire dans cette nouvelle Création que Dieu a préparé de toute éternité pour ceux qui L’aiment. Ce commandement est nouveau en ce sens qu’il donne comme modèle de son accomplissement… Jésus Lui-même ! « Comme JE vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres [4] ». Ce « comme Je vous ai aimés » marque toute la différence d’avec le commandement désormais ancien qui disait : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même [5] ». Ici, il s’agit d’aimer autrui non plus comme soi-même mais comme Jésus nous a aimés ! L’Amour auquel Jésus nous appelle est donc autre chose que l’amour humain… C’est pourquoi Jésus le dit « nouveau ». Et il l’est sous trois aspects :

  1. Si Dieu n’avait pas envoyé Son Fils et ne L’avait pas livré sur la Croix, nous n’aurions jamais pu savoir jusqu’où allait Son Amour pour nous et, en conséquence, jusqu’où il nous fallait aller pour, nous mêmes, aimer « comme Il nous a aimés ». Cet Amour est nouveau parce qu’il est total, il va jusqu’au don total de soi.
  2. L’Amour de Jésus est ensuite nouveau parce qu’il est universel. Jésus nous a montré qu’Il aimait chaque être humain, quel qu’il soit, quels que soient sa race, son sexe, sa religion, sa culture, fut-il même Son ennemi et Son bourreau…
  3. L’Amour de Jésus est enfin nouveau en ce sens qu’il est unique, et divin. Il est unique – Jésus donne un seul commandement : nous aimer comme Il nous a aimés. Cet amour de Jésus accomplit donc les dix commandements, et il accomplit aussi le double commandement d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même. Et cela, parce qu’il a pour sujet l’unique et divine Personne de Jésus-Christ, à la fois Dieu et Homme.

Un tel amour est au dessus de nos capacités naturelles. C’est pourquoi Jésus fait immédiatement précéder le commandement qu’Il nous adresse par l’énoncé de la relation d’amour qui unit le Père et le Fils. Relation qui glorifie le Père en vertu de l’Amour que le Fils Lui manifeste, tandis que le Fils est Lui-même glorifié en vertu de ce même Amour qu’Il reçoit incessamment du Père et par Lequel Il aime en retour le Père. Jésus nous demande de nous aimer comme Il nous a aimés, parce que Lui-même nous a aimés comme le Père L’a aimé. C’est donc à partir de Sa relation avec le Père que Jésus fait découler le commandement nouveau de l’Amour, parce que c’est à partir de notre relation à Dieu que nous pourrons, nous aussi, aimer vraiment, comme Jésus nous a aimés. Seul le Saint-Esprit, qui est l’Amour même en Dieu et Dieu Lui-même, l’Amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, seul l’Amour de Dieu infusé en nous par la grâce du Baptême et pleinement rendu actif par la Confirmation, seul le Saint-Esprit peut nous permettre d’aimer comme Jésus nous a aimés, comme Dieu aime. Le Saint-Esprit est ce double mouvement de don et d’accueil, flux et reflux qui rythme le souffle de la vie éternelle et qui constitue la nature même de l’Amour… Parce que nous avons été créés pour participer à la vie éternelle de Dieu, pour habiter, comme le dit saint Jean, la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel et où Dieu habite [6], l’Amour auquel Jésus nous appelle a pour fondement la béatitude divine que nous sommes appelés à partager et dont la grâce donnée par les sacrements nous communique les prémices. C’est donc le Saint-Esprit, Béatitude de l’Amour éternel, qui, nous introduisant dans la Cité sainte où Dieu demeure avec les hommes, nous donne de ne pouvoir aimer la Béatitude de la Cité sainte sans aimer en même temps ses habitants…

On ne peut en effet aimer comme frères tous les fils de Dieu, nés de l’eau et de l’Esprit [7], sans aimer d’abord Dieu comme Père. La charité est fraternelle parce qu’elle est d’abord filiale. Ce n’est pas pour rien que de la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » – calquée sur des valeurs issues du Christianisme –, on ne parle jamais de la « Fraternité »… Cela rappellerait trop à ce monde qui veut l’oublier la nécessaire existence de Dieu… Et pourtant, si Dieu n’est pas le Père de tous les hommes, d’où ceux-ci tireront-ils leur unité ? Ils deviennent tous des étrangers les uns pour les autres. Et qu’appelleront-ils « Amour », sinon la recherche de leurs seuls intérêts ?! C’est pourquoi l’on préfère parler de « solidarité », terme qui n’implique rien d’autre qu’une relation momentanée d’intérêt commun entre individus par ailleurs absolument indépendants les uns des autres. L’amour auquel nous appelle le Christ n’est pas, comme on se l’imagine hélas si souvent, une simple attitude naturelle d’amitié, de solidarité ou d’humanisme, mais participation déjà actuelle à la Béatitude céleste, communion dans la vie divine, communion qui se nomme : charité. La Charité, qui est essentiellement l’amour de l’homme pour Dieu, nous fait donc aimer Dieu en notre prochain. Elle nous fait donner à notre prochain ce qui sert la vie divine en lui, et écarter ce qui le détourne de cette vie de Dieu qui est son vrai bien. C’est dans l’exercice de ce choix que se rencontrent inévitablement les épreuves dont parle saint Paul et desquelles il faut sortir vainqueur par la Foi pour entrer dans le Royaume de Dieu [8].

La Charité, qui nous fait aimer Jésus-Christ vivant en chacun de nos frères, ne supprime pas forcément tel sentiment naturel d’antipathie, de répulsion ou de dégoût, mais elle nous fait aimer surnaturellement, de l’amour même de Dieu, et servir jusqu’au don total de nous-mêmes, chacun de nos frères comme Jésus-Christ Lui-même. C’est d’ailleurs pourquoi Jésus-Christ S’identifiera, au Jour du Jugement, au plus petit d’entre nous [9]. La loi du Christianisme est de traiter chacun comme Jésus-Christ Lui-même parce qu’Il est réellement vivant en chacun de Ses membres. La vie de Dieu qui est Don total d’Elle-même nous conduit à être totalement donnés aux autres sans aucun retour sur soi (c’est pourquoi – et cela est propre au Catholicisme – il n’y a pas d’institution du divorce dans l’Église), totalement dévoués et consacrés aux autres, totalement au service des autres. La simple justice naturelle ne peut absolument pas suffire au chrétien : c’est le don total de soi qui est exigé pour vivre d’une vie divine dans laquelle tout est don. L’amour de Dieu ne se voit pas extérieurement et le signe auquel on reconnaîtra que l’amour de Dieu est vivant en nous et véritable est la manière dont nous agissons vis-à-vis du prochain et traitons Dieu vivant en lui :

« Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes Mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres [10]. »

1. Jn 13 34.

2. Ac 14 22.

3. Cf. Ap 21 1-5.

4. Jn 13 34.

5. Lv 19 18.

6. Cf. Ap 21 2.

7. Cf. Jn 3 5.

8. Cf. Ac 14 22.

9. Cf. Mt 25 31-46.

10. Jn 13 35.