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Sermon pour le deuxième Dimanche de Pâques (année A)

(Liturgie de la Parole : Ac 2 42-47 ; Ps 117 ; 1 P 1 3-9 ; Jn 20 19-31)


Le premier dimanche qui suit Pâques, l’Esprit-Saint et l’Église souhaitent nous donner de revivre l’expérience que firent les Apôtres le soir du premier jour de la semaine après la mort de Jésus… tant il est vrai que si dans la foi et la vie de l’Église le dimanche est le jour de la Résurrection, il n’est pas seulement le souvenir d’un événement passé, mais la célébration de la présence vivante du Ressuscité au milieu des siens… Le dimanche est pour les chrétiens le premier de tous les jours, la première de toutes les fêtes, le jour du Seigneur. Jean-Paul II a publié il y a dix ans une lettre apostolique qui avait justement pour titre Le jour du Seigneur, par laquelle il nous exhortait avec insistance à redécouvrir le dimanche, à en comprendre la valeur irremplaçable dans la vie chrétienne [1]. Il s’inquiétait de voir diminuer dans la conscience de nombreux fidèles non seulement le sens de l’aspect central de l’Eucharistie, mais aussi celui du devoir de rendre grâce au Seigneur, en Le priant avec les autres au sein de la Communauté ecclésiale. Les textes sacrés de la Liturgie du deuxième Dimanche de Pâques nous invitent opportunément à recevoir cet enseignement.

Le fait que Jésus soit ressuscité le dimanche et qu’Il ait attendu le dimanche suivant pour se manifester à nouveau, a toujours été compris comme l’expression de la volonté expresse de Dieu de distinguer le dimanche parmi tous les autres jours de la semaine.

Pourquoi distinguer un jour parmi d’autres ? Parce que ce jour-là, il s’est passé quelque chose qui change tout ! La Résurrection du Christ a en effet été pour la Création l’accomplissement absolu, celui dont on ne saurait jamais rien trouver de meilleur, et elle a été en même temps le début de la Nouvelle Création, issue du cœur transpercé du Christ [2], à l’instar d’Ève qui fut tirée du côté d’Adam endormi [3]… Par la Résurrection du Christ, un nouveau fondement qui accomplit le temps et l’ouvre à l’éternité a été donné au monde. Célébrer le jour du Seigneur, faire mémoire de Sa Résurrection, c’est, par un exercice d’équilibre chaque dimanche réajusté, se situer sur « l’axe porteur de l’histoire auquel se rattache le mystère des origines et celui de la destinée finale du monde [4] » ; c’est vivre au centre du mystère du temps où demeure pour toujours le Christ ressuscité ; c’est vivre déjà dans la lumière du jour sans couchant de l’éternité… Alléluia !

Ou nous vivons déjà de la vie du Christ ressuscité ou nous n’en vivons pas ! Mais si nous en vivons, nous ne pouvons pas ne pas être là où le Christ Se rend présent, dans la réalité de Son Corps qu’est devenue l’Assemblée de Ses disciples, pour y recevoir Sa Paix et Son Esprit. « Là où deux ou trois sont réunis en Mon Nom, Je suis là au milieu d’eux [5] ». Nous ne pouvons pas ne pas faire ce qu’Il nous a demandé de faire en mémoire de Lui : « Vous êtes Mes amis si vous faites ce que Je vous commande [6] ». Le fait de nous réunir le dimanche au Nom du Seigneur manifeste la réalité de notre nouvelle condition de créatures sauvées et vivantes désormais en Jésus mort et ressuscité. Nous n’existons plus désormais qu’en nous recevant continuellement de cette source qu’est le Sacrifice éternel du Christ ressuscité rendu présent sur l’autel… Depuis les premiers siècles de l’Église, de nombreux et courageux chrétiens ont préféré le martyre plutôt que de manquer la Messe dominicale. Cette obligation ne leur semblait certainement ni arbitraire, ni tyrannique, mais plutôt correspondant à une nécessité vitale, comme celle de devoir manger pour vivre, ou d’aimer pour être heureux… Et il est toujours vrai que manquer délibérément la Messe dominicale est un péché mortel, parce que c’est se retrancher du Temps de Dieu, cesser de boire à la source du Salut, refuser la Communion vivifiante et sanctifiante du Ressuscité présent dans la Communauté des disciples rassemblée en Son Nom.

La vie du Christ ressuscité ne nous a pas été donnée dans le baptême seulement à titre individuel, mais en tant que membre du corps du Christ qu’est l’Église. C’est donc seulement en vivant non plus pour soi mais pour l’Église que l’on vit de la Vie du Christ ressuscité. Si nous vivons de la Vie du Christ ressuscité, nous n’existons plus désormais que par l’Église, dans l’Église et pour l’Église. C’est ce qu’avaient profondément compris les premiers chrétiens et c’est ce qu’ils s’employaient à vivre de tout leur cœur, ainsi que le rapporte la première lecture : « Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun [7] ». Ils n’étaient qu’un seul cœur, fidèles à écouter l’enseignement de l’Église, à vivre la communion fraternelle, à célébrer l’Eucharistie, à prier chaque jour ensemble. Au point que l’on disait d’eux : « Voyez comme ils s’aiment ! » et ainsi le Seigneur pouvait chaque jour faire « entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut [8] »… Est-ce que l’on peut dire la même chose aujourd’hui en nous regardant vivre ? Comment s’étonner que les paroisses vieillissantes disparaissent les unes après les autres ? Si nous ne savons pas reconnaître et aimer Jésus présent dans la communauté rassemblée en Son Nom, comment donner envie à quelqu’un de venir L’y rejoindre ?

Il y a quelques années, je rencontrai une jeune femme en relation avec des témoins de Jéhovah. Elle me raconta quel accueil elle avait reçu lorsqu’elle était entrée dans leur « Salle du Royaume », comment chacun était venu la saluer, comment, à la fin de leur culte, on s’était enquis de ce dont elle pouvait avoir besoin. On venait la voir chez elle, lui apportant aide, amitié et réconfort. Quelle différence constatait-elle lorsqu’il lui arrivait de venir à la Messe dominicale ! Elle remarquait alors l’indifférence mutuelle, la froideur et la tristesse des visages, loin, très loin de l’allégresse, de la simplicité et de la charité qui caractérisaient la première communauté chrétienne ! À qui saint Pierre s’adresse-t-il lorsqu’il dit : « Vous tressaillez d’une joie inexprimable qui vous transfigure [9] » ?

La joie est une caractéristique de la vie chrétienne, et tout particulièrement doit-elle nous irradier au jour du Seigneur où nous percevons l’écho de la joie des Apôtres à la vue du Ressuscité.

Une autre caractéristique du Jour du Seigneur est qu’il est un jour de repos, de cessation du travail. S’il est vrai que toute la vie de l’homme doit être vécue comme louange et action de grâce à Dieu, l’homme a cependant besoin de temps de prière explicite. Comment confesser la transcendance et la seigneurie de Dieu sur le monde sinon en Lui consacrant du temps ? « N’ayez pas peur de donner votre temps au Christ, [afin] qu’Il puisse l’éclairer et l’orienter [10] ». Le Seigneur nous a donné six jours pour travailler à cette vie qui passe, et Il S’est réservé le septième afin qu’au moins un jour par semaine l’homme relève la tête de sa besogne et regarde vers le Ciel, qu’il pense à son éternité qui approche, et qu’il la prépare dans la détente du corps et de l’esprit, par le silence et la réflexion, les joies de la vie familiale et les œuvres de charité, la prière personnelle et le culte public. Le jour du Seigneur est un jour de protestation contre les servitudes du travail et le culte de l’argent. Ainsi le Jour du Seigneur devient aussi le « jour de l’homme ». J’ai connu un boulanger-pâtissier du Loir-et-Cher qui avait décidé de fermer sa boutique le dimanche – alors que c’était le jour de la semaine où il gagnait le plus ! – afin de montrer concrètement qu’il faisait confiance à Dieu et pouvoir dire avec le psalmiste :

« Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; Il est pour moi le salut. Ouvrez-moi les portes de justice : j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur [11]. »

Celui-là avait compris que sa foi était plus précieuse que l’or !

« Puissent [tous les disciples du Seigneur], en se renouvelant constamment dans le mémorial hebdomadaire de la Pâques, être des annonciateurs toujours plus crédibles de l’Évangile qui sauve, et des bâtisseurs dynamiques de la civilisation de l’amour [12] ! »

1. Jean-Paul II, Lettre apostolique Dies Domini, 31 mai 1998 (La Documentation catholique, n. 2186, 19 juillet 1998, pp. 658-682).

2. Cf. Jn 19 34.

3. Cf. Gn 2 21-22.

4. Jean-Paul II, op. cit., n. 2 (loc. cit., p. 658).

5. Mt 18 20.

6. Jn 15 14.

7. Ac 2 44.

8. Ac 2 47.

9. 1 P 1 8.

10. Jean-Paul II, op. cit., n. 7 (loc. cit., p. 660).

11. Ps 117 14, 19.

12. Jean-Paul II, op. cit., n. 87 (loc. cit., pp. 680-681).