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Sermon pour le troisième Dimanche de Pâques (année A)

(Liturgie de la Parole : Ac 2 14…28 ; Ps 15 ; 1 P 1 17-21 ; Lc 24 13-35)


Lorsque nous entendons ce célèbre récit des pèlerins d’Emmaüs [1], deux questions ne manquent certainement pas, dans un premier temps, de se poser à nous : Comment se fait-il que ces deux disciples n’aient pas reconnu leur Maître – alors qu’ils Le connaissaient pourtant bien, comme le montre le portrait qu’ils ont tracé de Lui au mystérieux et apparemment ignorant Inconnu ; et ensuite : Comment se fait-il qu’ils L’aient reconnu seulement lorsqu’Il rompit le pain ?

Pour répondre à la première question, il faut commencer par bien comprendre que le Christ n’est pas ressuscité à la vie de ce monde… comme ce fut le cas pour le jeune homme de Naïn [2], ou pour Lazare [3], mais qu’Il est entré avec Son Humanité dans une nouvelle vie, celle de Dieu, qui demeure invisible pour nous… C’est pourquoi le Christ ne pouvait pas être vu : Son Corps était invisible… Jésus n’appartient plus au monde de la perception sensible, mais à Dieu. Désormais ne peuvent Le voir que ceux à qui Il veut bien Se révéler…

Ensuite, il faut remarquer que si les disciples ne reconnurent pas le Christ, c’est non seulement parce que Le Christ était devenu invisible, mais encore parce qu’ils en étaient devenus incapables, accablés de tristesse et de désespérance comme ils l’étaient : « Et nous qui espérions qu’Il serait le libérateur d’Israël [4] ! »… S’ils ne Le voient pas, c’est aussi parce qu’ils ne L’espèrent pas… N’est-il pas vrai que nous ne voyons pas tous la même chose lorsque nous regardons une même chose ? Devant une rivière, certains admirerons sa limpidité, d’autres sa fraîcheur, certains chercheront si elle est poissonneuse et d’autres navigable, d’autres y verrons le moyen de se laver, d’autres de boire et d’autres de se noyer… C’est dire que nous ne voyons la réalité qu’à travers la pureté de notre cœur… « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu [5] ». Et c’est pourquoi Jésus S’emploie à embraser le cœur de Ses disciples, à y ranimer la foi, l’espérance et la charité, disparues à la suite du scandale de la Mort de leur Maître, de sorte qu’ils devinssent capables de Le voir, non plus selon leur désespérance, c’est-à-dire mort, mais selon l’enseignement des Écritures, c’est-à-dire Vivant !

Si Jésus se sert des Écritures Saintes pour amener le cœur de Ses disciples à croire à Sa Présence ressuscitée auprès d’eux, comme saint Pierre le fait le jour de la Pentecôte pour amener ses auditeurs à cette même foi, c’est parce que les Saintes Écritures révèlent le sens de l’histoire et la finalité du monde… appelés à s’accomplir précisément dans la Résurrection du Christ ! Sans cette Révélation, il est impossible de reconnaître le Christ. C’est pourquoi saint Jérôme disait qu’ignorer les Écritures c’est ignorer le Christ [6]… Jésus expliqua dans toute l’Écriture ce qui Le concernait, comme saint Pierre s’appuie sur le psaume 16 pour montrer, avec l’autorité absolue de la Parole de Dieu, que tout se passe comme Dieu l’avait annoncé. Ressuscité le troisième jour, le Corps au tombeau de Jésus de Nazareth n’a pas eu le temps de connaître la corruption – qui pour les Juifs ne commençait que le troisième jour : s’Il accomplit ainsi les Écritures, c’est donc qu’Il est le Christ !

Maintenant, pourquoi L’ont-ils reconnu seulement lorsque Jésus prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna ?

Parce que c’était là un geste que Jésus avait déjà fait, que ce soit lors des multiplications de pains ou, tout spécialement, à la Cène. Qu’a fait Jésus à la Cène ? Il a anticipé Sa Mort, en donnant Son Corps et Son Sang… Il a fait de Sa Mort l’offrande volontaire de Sa Vie. Par Sa solidarité jusque dans la mort, Il a libéré tous ceux qui mènent, à la suite de leurs pères, une vie sans but. Le Christ a transformé la mort. Il en a fait l’acte d’amour le plus sublime qui soit, car « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime [7] ». Ainsi, parce que la mort a été transformée par le Christ en « don de soi », elle n’a pas été pour Lui Sa fin et la destruction de toute relation, mais au contraire l’accomplissement parfait de Son amour !… À la Cène, Jésus annonce que Son Amour est plus fort que la mort puisqu’Il Se sert de la mort elle-même pour Se donner et ainsi Se révéler… Or, il n’y a pas de don sans espoir d’accueil… La Cène portait donc l’espérance de la vie reçue après la mort, de la Résurrection, en ceux qui accueilleraient ce Don – et d’abord en Dieu qui est la Source et la Fin de tout amour authentique. À partir de l’Eucharistie à laquelle ils assistaient, les disciples d’Emmaüs purent se rappeler la Cène, et comprendre que si celle-ci anticipait la Croix, le drame du Calvaire n’était donc pas absurde, mais entrait dans une logique, qui leur permettait de reconnaître dans la Présence de leur mystérieux Compagnon de route, l’accomplissement de la secrète espérance dont la Cène était porteuse…

Mais sitôt qu’ils Le reconnurent, Il disparut. Il disparut parce que désormais ils n’avaient plus besoin de Le voir pour croire à Sa Résurrection.

La Résurrection a signifié que Dieu garde le pouvoir dans l’histoire, qu’Il ne l’a pas abdiqué en faveur de la loi universelle de la mort, qu’Il n’est pas lié à cette loi et qu’elle ne fait pas partie de Sa Création. Il est Dieu dès avant la création du monde, à l’origine de tout ce qui existe comme à son terme. Il Se nomme « Le Premier et le Dernier, l’Alpha et l’Oméga, la Vie et la Résurrection ». Sa puissance embrasse toute la Création. Il peut donc l’arracher à la mort et l’introduire au delà de toute précarité dans l’éternité de Sa Présence. Dieu confirme ainsi la bonté originelle de Sa Création. Croire à la Résurrection du Christ implique – à la différence des croyances orientales pour qui elles ne sont qu’illusions – de reconnaître la dignité de l’humanité et de la création, et fonde notre responsabilité à leur égard… Comment pourrions-nous mieux exercer cette responsabilité, sinon en étant remplis de zèle, à l’instar des disciples d’Emmaüs, pour annoncer la Bonne Nouvelle de la Résurrection en Jésus-Christ ?

Pour conclure, remarquons que Jésus utilise toujours dans la Messe la même pédagogie qu’Il employa avec les pèlerins d’Emmaüs : Il ne nous convie à Sa table qu’après avoir parcouru les Saintes Écritures, de sorte que, le cœur brûlant d’amour pour Dieu, nous puissions reconnaître Sa Présence réelle, liée à l’éternité de Son Amour, que Son Sacrifice exprime et par lequel seul on passe de ce monde au Père. L’Eucharistie est ce grand « moyen », ce miracle, que Jésus nous a donné pour passer de la Mort à la Vie éternelle. « Si vous ne mangez pas Ma Chair et si vous ne buvez pas Mon Sang, vous n’aurez pas la Vie en vous [8] »… La Résurrection est le commencement d’un présent qui ne finit plus, et l’Eucharistie la forme permanente de son apparition. Participer à l’Eucharistie, c’est se libérer de la vie sans but, c’est reconnaître que les vraies richesses ne sont pas dans l’or et l’argent, car ils seront détruits avec le reste du monde, mais que les vraies richesses sont dans le Sang précieux du Christ, choisi dès avant la création du monde et manifesté à cause de nous, en ces temps qui sont les derniers.

1. Cf. Lc 24 13-35.

2. Cf. Lc 6 11-17.

3. Cf. Jn 11 1-44.

4. Lc 24 21.

5. Mt 5 8.

6. S. Jérôme, Commentariorum in Isaiam libri XVIII, Prol. (PL 24, 17) : « Ignoratio enim Scripturarum ignoratio Christi est. »

7. Jn 15 13.

8. Cf. Jn 6 53.