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Sermon pour le sixième Dimanche de Pâques (année A)

(Liturgie de la Parole : Ac 8 5…17 ; Ps 65 ; 1 P 3 15-18 ; Jn 14 15-21)


« Si vous M’aimez, vous resterez fidèles à Mes commandements [1] ».

Jésus insiste : « Celui qui a reçu Mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui M’aime [2] ». Pour Lui, pas question de se dire « croyant mais non-pratiquant »… « Celui qui a reçu Mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui M’aime [3] ». Pour Jésus, il y a un lien nécessaire, de cause à effet, entre l’Amour et l’accomplissement des commandements. Obéir aux commandements, ce n’est pas renoncer à sa liberté, comme certains osent le dire, mais au contraire, lui donner la possibilité de s’exprimer ! Devant la Volonté de Dieu, signifiée par Ses commandements, chacun se détermine lui-même, use du don formidable qu’est sa liberté, et, quel que soit le choix effectué, d’acceptation ou de refus de faire sienne cette volonté, l’amour seul en est la clé d’interprétation : « Si vous M’aimez, vous resterez fidèles à Mes commandements [4] ». Tout, finalement, se résume et se joue dans ce choix qui doit révéler ou non notre désir d’aimer Dieu. « Au soir de votre vie, vous serez examinés sur l’amour », disait saint Jean de la Croix [5].

« Si vous M’aimez [6] »… L’amour de Jésus-Christ est la source, la condition – comme aussi le terme – d’où découle le comportement du chrétien. La mise en œuvre de la volonté de Dieu exprimée par les commandements divins est la réponse effective d’un amour qui ne se paye pas de mots ou de bonnes intentions. La vie morale n’est, fondamentalement, rien d’autre que la réponse incarnée à l’Amour de Dieu. « Si vous M’aimez [7] »…

Mais comment le cœur qui aime vraiment Jésus ne se rendrait-il pas vite compte que la réponse d’amour qu’il donne n’est pas à la hauteur de Celui qu’il reçoit ? C’est pourquoi sitôt après avoir énoncé le principe de la morale chrétienne, Jésus promet la venue du Saint-Esprit. Seul le Saint-Esprit, qui est l’Amour de Dieu en Personne, Dieu Lui-même, peut nous permettre d’aimer vraiment Jésus, qui est Dieu.

Jésus Le présente comme un autre « Paraclet [8] », mot grec qui se traduit par Défenseur, Consolateur, Avocat, Témoin. « Un autre Paraclet [9] », parce que Lui-même, Jésus, a été le Défenseur, le Consolateur, l’Avocat et le Témoin qu’ont d’abord connu les Apôtres. Seuls à ceux qui auront déjà accueilli le Témoignage de Jésus, une fois Celui-ci parti, le Saint-Esprit sera envoyé, pour continuer en eux et par eux l’Œuvre du Christ, qui est la glorification du Père éternel par la Rédemption de l’humanité. Les Apôtres s’étaient progressivement élevés, au contact de Jésus, jusqu’à accueillir en eux le témoignage de l’Esprit leur découvrant, au pas de leur liberté, la Divinité du Christ, de sorte qu’ils en étaient venus à reconnaître le Seigneur, le Christ, comme le seul saint. Si donc le monde ne peut pas recevoir le Saint-Esprit, c’est parce qu’il refuse de reconnaître, malgré les miracles, la Sagesse, la Sainteté, les prophéties et l’attestation des Saints, le témoignage de l’Esprit concernant la Divinité de Jésus. En n’accueillant pas la vraie personnalité du Christ, le monde ne peut pas non plus accueillir Son Esprit.

De même que Jésus n’est pas l’Esprit, ni l’Esprit Jésus, bien qu’Ils soient Un, de même il y a deux sacrements, le baptême et la confirmation, distincts, et cependant inséparables, pour constituer l’unique initiation chrétienne, dont l’Eucharistie est le couronnement. Le baptême nous donne la Vie du Christ, la confirmation celle de l’Esprit. C’est la même, mais la Vie est un échange où l’on se reçoit pour se donner en retour, à l’image de l’Esprit-Saint qui est l’Amour du Père pour le Fils et l’Amour du Fils pour le Père. L’Esprit est certes donné au baptême, puisque sans Lui on ne peut accueillir Jésus, mais à la confirmation Il est donné pour nous entraîner, dans la logique du Don par laquelle le Christ a offert sa Vie, à nous offrir nous-mêmes, en réponse d’amour à l’Amour… Le don de la Vie nouvelle conféré au baptême est offert à ma liberté ; mais comment serais-je digne de ce don si l’Esprit du Christ ne vient pas Lui-même m’apprendre à me donner en retour dans le Sacrifice du Christ ? L’homme voudrait, hélas, que la vie lui soit donnée sans qu’il ait à se donner lui-même…

Dans la première lecture [10], les Samaritains, bien qu’ils aient accueilli la Parole de Dieu et se soient faits baptiser au Nom de Jésus, n’avaient cependant pas encore reçu le Saint-Esprit… Ils Le reçurent par l’imposition des mains des Apôtres Pierre et Jean. Ainsi, contrairement à ce que croient les « orthodoxes », le Don du Saint-Esprit par l’imposition des mains des Apôtres est distinct du baptême. Le Saint-Esprit, sans Lequel il n’est pas possible d’aimer Jésus, est donné par le sacrement de la confirmation. Il s’ensuit que « les fidèles sont tenus par l’obligation de recevoir ce sacrement [11] ». Y manquer revient à pécher gravement contre l’Amour de Dieu. La réception de ce sacrement, nécessaire pour mener une vie chrétienne cohérente, est requise de tout baptisé désirant assumer une vocation particulière dans l’Église, que ce soit pour se marier, rentrer dans les ordres, ou simplement assumer les obligations de parrain de baptême.

L’amour du Christ est la source d’où découle l’accomplissement des commandements : « Si vous M’aimez, vous resterez fidèles à Mes commandements [12] ». L’amour du Christ en est aussi le terme : « Celui qui M’aime sera aimé de Mon Père, et Moi aussi Je l’aimerai [13] ». Tout se tient. La fin correspond à l’origine. Et de même que le Mystère de Dieu Se révèle de la foi à la foi, de même celui qui aime Jésus trouve dans le seul fait de L’aimer sa récompense. L’Amour est à Lui seul sa raison d’être. Les commandements de Dieu que Jésus est venu non pas abolir mais accomplir [14], balisent pour l’homme le chemin qui, venant de Dieu, conduit à Dieu. Jésus est venu ouvrir ce chemin barré depuis le paradis perdu. Pour cela, Il a dû commencer par rétablir la hiérarchie qui les ordonne en rappelant qu’ils tendent tous à l’amour de Dieu et du prochain. Il en a exprimé la réalité en Se donnant Lui-même comme l’accomplissement vivant de la Loi : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés [15] ». C’est parce que la règle de conduite des chrétiens est désormais la perfection, à l’imitation du Christ et dans l’obéissance à ses commandements – « Soyez parfaits comme votre Père est parfait [16] » –, qu’il ne nous est plus possible de tolérer des imperfections acceptées dans l’Ancien Testament, comme le remariage, ou même simplement des désirs contraires à la charité. Cet idéal de perfection est bien sûr impossible à l’homme laissé à ses seules forces, c’est pourquoi Jésus nous donne part à Son Esprit. L’Esprit répand en nos cœurs la charité qui nous fait aimer du même amour dont le Christ aime ! Le Christ ne Se contente pas de nous dire ce qu’il faut faire, mais Il nous donne encore la force de le faire. De là cette joie qu’Il nous donne !

Si la présence du Christ aux hommes de tous les temps se réalise dans Son Corps qui est l’Église, c’est donc dans l’obéissance à l’Église que s’accomplit concrètement l’obéissance au Christ. « Qui vous écoute, M’écoute [17] », disait Jésus à Ses disciples. D’où la sollicitude pastorale de saint Pierre, veillant non seulement sur la foi de ses frères en leur rappelant la vérité du Christ : « Le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes : Lui, le Juste, Il est mort pour les coupables afin de nous introduire devant Dieu [18] », mais encore veille-t-il sur leur rectitude morale : « Ayez une conscience droite… Il vaut la peine de souffrir pour faire le bien [19] »…

Que Marie, parfaite disciple du Seigneur, daigne obtenir aux chrétiens de redécouvrir l’amour de Jésus et la nouveauté de l’Esprit, et nous libérer ainsi de la séduction de l’homme contemporain qui ne veut obéir qu’à lui-même !

1. Jn 14 15.

2. Jn 14 21.

3. Ibid.

4. Ibid.

5. Avis et maximes sur la vie spirituelle, n. 56 (Œuvres spirituelles, traduction du R. P. Grégoire de Saint-Joseph, Paris, Seuil, 1947, pp. 1186-1187).

6. Jn 14 15.

7. Ibid.

8. Jn 14 16.

9. Ibid.

10. Ac 8 5…17.

11. Code de Droit canonique, can. 890. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 1306.

12. Jn 14 15.

13. Jn 14 21.

14. Cf. Mt 5 17.

15. Jn 13 34.

16. Mt 5 48.

17. Lc 10 16.

18. 1 P 3 18.

19. 1 P 3 16-17.