Logo Regnat
Best viewed with God
Gratuité évangélique
Jésus
Viewable With Any Browser Campaign
CSS valide
Valid XHTML 1.0 Transitional

Sermon pour le deuxième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : 1 S 3 3…19 ; Ps 39 ; 1 Co 6 13…20 ; Jn 1 35-42)


En ces commencements du Temps Ordinaire de l’Église, les textes de sa liturgie évoquent le thème de « la vocation ». L’appel, la « vocation » (de vocare : appeler) est si bien au fondement de l’Église, que « Église » signifie « Appelée ». Tout homme est appelé par Dieu à Le connaître, L’aimer et Le servir, et par là obtenir la Vie éternelle, dans Son Église. Et si cependant « beaucoup sont appelés, mais peu élus [1] » – ainsi que Jésus l’a annoncé – cela tient, bien sûr, au mystère de la liberté individuelle, mais encore certainement à la responsabilité des médiations par lesquelles se fait entendre ou discerner l’appel de Dieu… C’est en effet le prêtre Élie qui enseigne au jeune Samuel à reconnaître l’appel de Dieu… Et c’est encore lui qui entendra de la bouche de Samuel la condamnation que Dieu porte contre lui et sa maison parce que, justement, mauvais éducateur, il n’avait pas corrigé ses fils qui devenaient impies. Si donc le nombre des vocations dans notre Église ne cesse dramatiquement de décroître, ne serait-ce pas parce que les jeunes générations ne rencontrent plus dans leur famille, leur école ou même leur paroisse d’authentiques serviteurs de Dieu ?

Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur et la Parole de Dieu ne lui avait pas encore été révélée… et pourtant il vivait au service de Dieu dans le Temple ! Autrement dit : on peut faire partie de l’Église et ne pas connaître Dieu… Saint Paul le constatait déjà : « Il en est parmi vous qui ignorent tout de Dieu [2] »… et le Catéchisme parle de ceux qui se perdent parce qu’ils restent bien dans l’Église « de corps » mais non pas « de cœur [3] » !

Car c’est par le cœur que l’on rencontre Dieu. Qu’est-ce qui a poussé André et Jean à suivre l’Agneau de Dieu, sinon leur amour pour Dieu tel que Jean-Baptiste le leur avait enseigné ? L’amour est la seule chose que Jésus demande. À ceux qui Le suivaient, Il demande : « Que cherchez-vous [4] ? », pour bien leur faire entendre qu’il est vain de Le suivre s’ils sont sans désir. Il est impossible en effet de recevoir jamais l’enseignement du Maître sans Lui faire confiance au point de jouer sa vie sur sa Parole, puisque c’est précisément la Vie qui est l’objet de son enseignement. Et la vie est le fruit de l’amour. Et l’amour est don de soi.

En se retournant face à ceux qui Le suivaient, Jésus préfigure et inaugure l’éternel face à face qui sera le rassasiement de l’amour des appelés ayant répondu à leur vocation. En demeurant auprès de Jésus ce jour-là, les deux disciples inaugurèrent pour leur part cette béatitude qu’est la communion de vie avec le Christ et dont Il nous fera le doux commandement : « Demeurez en Mon Amour [5] ». Il s’agit là de l’appel à vivre la vie mystique. « Mystique » vient de « mystère », comme est mystérieuse l’action de l’Esprit-Saint, de l’Amour divin, dans une âme. Jésus le disait à Nicodème : « L’Esprit souffle où Il veut, et tu entends sa voix mais tu ne sais ni d’où Il vient ni où Il va, ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit [6] ».

Ce qu’il y a de sûr, c’est que cette vie mystique – à laquelle tout chrétien est appelé et sans laquelle personne ne verra le Seigneur – est normalement précédée par une vie ascétique, ici représentée par le service fidèle, humble et zélé de Samuel qui se lève jusqu’à trois fois pour recevoir dans l’obéissance la connaissance de la vérité, de même qu’André et Jean ne suivent Jésus qu’après avoir vécu à l’école du grand Ascète et reçu son témoignage au sujet de l’Agneau de Dieu. Quelle erreur donc d’imaginer la vie mystique réservée à une élite, alors que la condition consiste toute entière, à l’exemple par excellence du Baptiste, en une mort à soi-même, un anéantissement, une humilité pour laquelle personne ne rencontre jamais d’autre obstacle que lui-même… Quelqu’un a pu écrire : « Si les dons de Dieu ne peuvent pas agir en nous, c’est le plus souvent parce que nous ne sommes pas assez humbles ». Dieu donne cette vie mystique à qui Il veut et quand Il veut, mais il appartient à chacun de s’y disposer par l’exercice des vertus « car, par le fait que l’homme se dirige bien au regard de sa propre raison il est disposé à bien se diriger dans ses rapports avec Dieu », enseigne saint Thomas d’Aquin [7]. Dieu prodigue les dons du Saint-Esprit pour conduire l’âme au delà des limites atteintes par les seules vertus, dans la vie proprement surnaturelle de la grâce où, habité par le même Esprit que le Christ, le chrétien peut dire : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi [8] ». Celui qui s’unit au Seigneur n’est plus qu’un seul esprit avec Lui.

C’est en vertu de cette union, de cette communion, de cette identification avec le Christ, que saint Paul rappelle aux Corinthiens qu’ils ne peuvent plus vivre comme le font les gens du monde qui n’ont pas reçu l’Esprit-Saint, et ne connaissent donc pas Dieu – car « nul ne peut reconnaître que Jésus est Dieu, sinon par l’Esprit-Saint [9] ». Et pour ce faire, saint Paul évoque un domaine aussi significatif, sensible et vital que celui de la sexualité :

« Votre corps est le temple de l’Esprit-Saint que vous avez reçu de Dieu, vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, mais au Christ qui vous a achetés très cher [10] ! »

En conséquence : conduisez-vous comme le Christ, et n’ayez pas une conduite qui Lui fasse honte ! « Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ ? […] Fuyez l’impureté [11] ! » L’injonction de saint Paul n’est-elle pas, hélas, toujours d’actualité ?

Aujourd’hui, dans la société redevenue païenne, la sexualité a été séparée de l’amour. Elle est devenue un bien de consommation, une conquête de la civilisation des loisirs dont tout le monde doit pouvoir jouir, au point qu’avec l’orchestration planifiée de l’État, il est devenu démocratiquement accessible jusque dans les collèges ?! Si le corps humain devient un objet qui donne du plaisir, la personne est ravalée au rang de chose, car il n’y a pas ici-bas de personne sans corps. En vertu de ce principe selon lequel une personne humaine est à la fois corps et âme, esprit incarné ou corps spiritualisé, les personnes qui déshonorent leur corps perdent aussi leur âme. C’est ainsi que Marie à Fatima a pu dire que le péché de la chair est celui qui amène le plus d’âmes en enfer. Le règne de la Bête – comme l’Apocalypse l’annonçait [12] – reconquiert son empire sur l’Humanité, et sa progression se mesure à celle de l’impureté.

Le Christ a été chaste et les chrétiens qui ne le sont pas que de nom, célibataires ou mariés, vivent eux aussi chastement. La chasteté est l’« énergie spirituelle qui libère l’amour de l’égoïsme et de l’agressivité [13] ». En effet elle n’est rien d’autre que l’exercice de la liberté qui cesse d’être centrée sur soi et la satisfaction de son désir de plaisir, pour s’ouvrir à Dieu et aux autres dans la reconnaissance et le respect de leur dignité. Si aimer c’est se donner – et non pas se prêter –, alors l’amour suppose la maîtrise de soi, car pour pouvoir se donner, il faut d’abord se posséder… Celui qui n’est pas maître de lui-même, qui ne peut pas faire autrement que comme il fait, est l’esclave de ses instincts, de ses passions, de ses sentiments et n’est donc pas libre pour se pouvoir se donner. La chasteté développe les capacités d’oubli de soi, de compassion, de tendresse, de générosité, et par dessus tout l’esprit de sacrifice sans lequel aucun amour ne tient. L’amour est chaste ou il n’est pas.

Et puisque nous avions commencé cette méditation sur le thème de la vocation, terminons là en demandant à la Mère de l’Église d’obtenir aux familles de conserver en leur sein un climat positif d’amour, de vertu et de respect des dons de Dieu, en particulier du don de la vie. Que les enfants soient graduellement aidés à comprendre et à apprécier la valeur de la sexualité et de la chasteté, à découvrir leur propre vocation au mariage ou à la virginité consacrée pour le Royaume des Cieux, dans le respect de leurs dispositions et des dons de l’Esprit qui leurs sont propres.

Que chacun puisse dire : « Seigneur, voici, je viens ». Ainsi-soit-il !

1. Mt 22 14.

2. 1 Co 15 34.

3. Catéchisme de l’Église catholique, n. 837.

4. Jn 1 38.

5. Jn 15 9.

6. Jn 3 8.

7. Somme Théologique, Ia-IIæ, q. 68, a. 8, ad 2.

8. Ga 2 20.

9. 1 Co 12 3.

10. 1 Co 6 19-20.

11. 1 Co 6 15.18.

12. Ap 12 3.

13. Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio, 22 novembre 1981, n. 33 (La Documentation catholique, n. 1821, 3 janvier 1982, p. 16).