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Sermon pour le troisième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : Jon 3 1-10 ; Ps 24 ; 1 Co 7 29-31 ; Mc 1 14-20)


Jésus proclamait la Bonne Nouvelle de Dieu en disant : « Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle [1]. » C’est avec ces quelques mots seulement que saint Marc résume la prédication de Jésus… occasion pour nous, en les approfondissant, d’avoir une vue globale de Son enseignement…

« Les temps sont accomplis »… Qu’est-ce à dire, « Les temps sont accomplis » ? Et d’abord, qu’est ce que « le temps » ? Le temps est cette catégorie propre à notre condition de créatures en devenir. C’est ainsi que le temps passe, parce que nous devenons. Nous devenons parce que nous n’étions pas et que nous sommes appelés à être. Le temps est donc une tension entre l’être et le néant, entre le commencement et la fin, la vie et la mort. Étant une tension, il a une nature duelle, composée d’un passé et d’un futur. Ce double aspect se trouve encore dans l’expérience que nous faisons d’un « temps cosmique », qui règle les cycles de la nature, et d’un « temps historique », qui inscrit la suite des événements. Le temps n’est ni le dieu Chronos qui dévore les créatures aussitôt nées dans le cycle des répétitions sans avenir, et il n’est pas non plus, comme le pense l’islam, sans signification face à Dieu, puisqu’il atteste notre libre réponse au don et au défi de l’Amour. Si Jésus annonce que les temps sont accomplis, cela signifie que le temps a enfin atteint ce pourquoi il a été créé, que la mort qui l’enfermait dans le non-sens et la terreur est vaincue. Les temps sont accomplis parce qu’ils débouchent désormais directement, en Jésus-Christ mort et ressuscité, dans l’éternité où leur accomplissement est total et parfait, à jamais. Cela, Jésus peut l’annoncer parce qu’Il est Lui-même Dieu fait chair assumant l’Histoire humaine et lui communiquant de ce fait une plénitude et une gloire insoupçonnables. Le temps est ainsi devenu une « dimension de Dieu ». Il est devenu éternel !

« Le Règne de Dieu » est donc bien « tout proche », puisque Jésus-Christ est là, que l’on peut Le voir, Le toucher, L’entendre, Le manger même ! Le Règne de Dieu entré dans le temps par l’Incarnation du Verbe endosse la nature duelle du temps en ce qu’il est « déjà là » et « pas encore là »… Il est déjà là en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme, ouvrant par Sa Mort et Sa Résurrection le passage du temps à l’éternité, et il n’est cependant pas encore là, en ce qu’il reste à l’humanité d’aujourd’hui et de demain à faire ce passage, en Jésus-Christ, de la mort à la Vie. D’où le mot suivant :

« Convertissez-vous ! » C’est-à-dire : « Imitez les gens de Ninive qui, aussitôt qu’ils crurent en Dieu, se détournèrent de leur conduite mauvaise les conduisant à la mort éternelle, et tournez-vous vers Dieu, qui, par l’annonce de la Bonne Nouvelle, vous ouvre le chemin du Salut, vous arrachant à l’empire des ténèbres pour vous introduire dans Son Royaume de Lumière ». La conversion est, elle aussi, constituée d’un double mouvement : du rejet de Satan, qui est l’auteur du péché et de ce qui y conduit, d’une part, et d’autre part du choix de Dieu, notre seul Bien, dans l’accomplissement de Sa volonté. La conversion est la preuve que la Parole de Dieu est prise au sérieux et que l’âme vit désormais d’une vie nouvelle, donnée par la Foi dans le baptême, et gardée aussi longtemps que la fidélité aux promesses qui l’ont accompagné. La conversion est le chemin de la Foi.

« Croyez à la Bonne Nouvelle » : Jésus est le Seigneur du temps et de l’Histoire ; en Lui, le mal et la mort sont à jamais anéantis, et toute réalité humaine sauvée pour l’éternité. Les Ninivites échappèrent au châtiment mérité parce qu’à la prédication de Jonas – figure du Christ – ils crurent en Dieu, et, en conséquence, aussitôt, changèrent leur façon de vivre. La Foi doit s’engager à déployer dans l’Histoire la puissance de Salut apportée par le Christ. La Foi se manifeste et se développe dans les actes, ou bien elle n’est qu’une coquille vide. La tension entre le « déjà là » et le « pas encore là » de la venue du Royaume est l’espace propre à l’exercice et au dynamisme de la Foi, à qui il appartient de relier ces deux termes pour être une et vraie. Cette tension nous empêche de succomber à une double tentation : celle de nous croire déjà arrivés, et celle de désespérer d’arriver, ce qui dans un cas comme dans l’autre nous conduirait à l’inactivité et à la stérilité.

Ainsi, paradoxalement, et contrairement à ce que Marx et ses adeptes ont osé affirmer, l’espérance dans le Règne de Dieu ne nous démobilise pas de nos tâches temporelles, puisque, précisément, c’est par le moyen de leur accomplissement que nous travaillons, à l’imitation du Christ, à le faire advenir, à lui donner corps en notre temps. Parce que le Verbe S’est fait Chair [2], alors le corps humain est sacré, et tout ce qui est humain. L’Humanité ne pouvait pas recevoir une dignité plus grande que celle de devenir Dieu dans le sein de la Vierge Marie ! Dès lors, par quelle force plus grande que l’amour des chrétiens l’Humanité pourrait-elle être servie ? Peut-on sincèrement demander : « Que Ton Règne vienne, que Ta Volonté soit faite sur la terre comme au Ciel [3] », et ne pas faire tout son possible pour qu’il en soit ainsi ? Malheur aux tartuffes, malheur à ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » et ne font pas ce que Jésus commande [4] !

Croire à la Bonne Nouvelle de l’Évangile est donc la meilleure façon d’assumer ses responsabilités temporelles, et même la seule façon de les accomplir à la perfection, car seul l’Esprit du Christ peut nous donner d’aimer comme le Christ a aimé. Et si saint Paul demande « que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux comme s’ils n’étaient pas heureux, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas [5] », ce n’est évidemment pas par mépris pour les réalités temporelles – puisque le Verbe S’est fait Chair [6] ! –, ou pour inviter à la fausseté en faisant « comme si », mais pour encourager à garder la distance, la tension propre à la vie de Foi entre les réalités de ce monde qui passe [7], et celles du Royaume des Cieux. Il nous rappelle qu’en Dieu seul est notre fin, que Lui seul donne à notre vie un accomplissement total, parfait et éternel, et que nous ne devons pas faire d’une créature, quelle qu’elle soit, un absolu. Dieu seul est absolu. Ainsi, l’amour que nous portons à Dieu nous libère de l’esclavage des créatures. Et en ce sens, vivre, c’est apprendre à mourir.

L’homme a naturellement peur de la mort. Il est le seul être à vivre avec la pensée qu’il va mourir, et cette idée détruit en lui le bonheur. Car nul ne veut être heureux pour un quart d’heure, six mois ou dix ans, mais pour toujours. Or, rien ici-bas ne dure toujours ; alors, l’homme est tenté d’oublier sa mort en donnant aux créatures une valeur absolue, de faire « comme si » elles étaient Dieu…

Mais le Royaume de Dieu est au-dedans de nous, dit le Seigneur [8] ; aussi apprenons tant qu’il est temps à nous détacher des choses extérieures et à rechercher les choses spirituelles ; nous pourrons alors goûter combien le Royaume de Dieu est paix et joie dans l’Esprit-Saint. Apprenons maintenant à mourir au monde, afin de commencer à vivre avec Jésus-Christ. Apprenons maintenant à nous détacher de tout afin d’être libres pour aller à Lui. Quoi de plus libre que celui qui ne désire rien sur la terre ? Vivons sur la terre comme des voyageurs et des étrangers que les affaires du monde ne retiennent pas, de sorte qu’à l’heure de notre mort, notre esprit mérite d’aller à Dieu. Ainsi soit-il !

1. Mc 1 15.

2. Cf. Jn 1 14.

3. Mt 6 10.

4. Cf. Mt 7 21 ; Lc 6 46.

5. 1 Co 7 29-31.

6. Jn 1 14.

7. Cf. 1 Co 7 31.

8. Cf. Lc 17 21.