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Sermon pour le quatrième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : Dt 18 15-20 ; Ps 94 ; 1 Co 7 32-35 ; Mc 1 21-28)


À la différence des scribes, le Christ n’est pas seulement un commentateur des Écritures. Sa Parole présente une efficacité extraordinaire. Comme Dieu, « Il parle, et cela est [1] »… Nous reconnaissons en Lui le Verbe, la Parole, par Qui Dieu Se connaît et Se dit… par Qui tout a été fait et tout subsiste. En effet, pour révéler Dieu comme le Christ l’a fait, pour dire Qui est Dieu, il faut être Soi-même Dieu… Étant Dieu, la Parole du Christ est efficace, par Elle-même.

« Qu’est ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais, et ils obéissent [2]. »

Les contemporains de Jésus ont tout de suite remarqué la correspondance entre l’enseignement du Christ et Ses miracles, comme deux moyens de révélation s’appuyant l’un sur l’autre. D’une part, la parole rappelle que la valeur du miracle n’est pas dans sa forme mais dans son contenu. Ce contenu, c’est la Rédemption, la victoire du Christ sur Satan, manifestée par la libération du pouvoir du mal, le pardon des péchés et la guérison des maladies. D’autre part, le miracle rappelle que cette parole de Salut n’est pas une simple parole, vide et vaine, mais la parole de Celui pour qui dire, c’est faire. Lorsque le Christ annonce le Salut, Il l’accomplit par le fait même… Quand Jésus ouvre la bouche, aussitôt le démon tapi dans le cœur de l’homme est découvert et doit sortir. Alors l’homme retrouve son intégrité et l’harmonie de sa nature originelle foncièrement bonne.

Et puisque Jésus est ressuscité, qu’Il est bien Dieu, aujourd’hui comme au temps de Sa vie terrestre, la puissance de Sa Parole demeure la même… Cette Parole continue à être proclamée par l’Église, qui est Son Corps répandu et communiqué, et par la Bible, qui possède un très grand pouvoir pour convertir les cœurs qui la lisent, lecture on ne peut plus recommandée. Elle est encore efficace à travers l’enseignement et la vie des Saints qui L’ont assimilée. Mais surtout dans les sacrements de l’Église, qui sont les actes mêmes de Jésus ressuscité par lesquels Il continue à délivrer les croyants de leur péchés – c’est-à-dire de leurs liens contractés avec Satan –, et à leur donner miséricordieusement Sa Vie éternelle de communion et d’amour avec Dieu. Le vrai malheur est de ne pas croire à la Parole de Dieu, de ne pas reconnaître en Jésus Dieu qui Se révèle et par le fait même sauve de l’ignorance de Dieu, ignorance, ténèbres aussi épaisses que la rage et le malheur des damnés. Que de fois ne disons-nous pas, comme le peuple juif : « Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, […] je ne veux pas mourir [3] ! » Tant il est vrai que la Parole de Dieu nous appelle à mourir, à nous donner nous-mêmes en retour à l’Amour qui nous a tout donné et qui par dessus le marché vient Se donner Lui-même dans cette Eucharistie…

« Aimer c’est tout donner et se donner soi-même [4] », chantait la petite Thérèse. D’où l’absolu et comme la folie des exigences que saint Paul reconnaît à l’amour humain illuminé par l’Amour du Seigneur Jésus [5]. Il est question alors de plaire non seulement à son conjoint, mais d’abord et toujours à Dieu. Dieu, premier servi ! Et saint Paul ne reconnaît pas moins aux fidèles mariés qu’à ceux qui se consacrent tout entiers à Dieu le devoir de chercher à Lui plaire. Pour les époux, chercher le bonheur de leur conjoint est leur façon propre de plaire au Christ et à Dieu qui les a donnés l’un à l’autre pour être ici-bas par l’union de leur amour l’image féconde de Son éternelle Trinité. Ainsi, plus ils s’aiment, plus ils se rapprochent de leur divin Modèle. Leur amour conjugal sanctifié dans le sacrement de mariage devient leur vocation à la sainteté et le chemin de leur perfection mutuelle. La relation entre le commandement d’aimer son prochain et celui d’aimer Dieu s’accomplit d’une façon unique et merveilleuse lorsqu’il s’agit de ce prochain le plus proche qu’est la chair de sa chair. Reste que, dans le quotidien, le souci de plaire à son mari ou à sa femme n’est pas toujours simple. Cet objectif peut devenir accaparant, et ne pas rester toujours innocent ou purement désintéressé : autant de motifs de division d’avec l’Amour absolument pur et simple de Dieu…

Mais qu’il s’agisse de la vocation au mariage ou au célibat, tous les croyants, sans distinction, sont appelés par Dieu à être saints. « Vous serez saints parce que Je suis saint [6] », dit le Seigneur ; ce que Jésus rappelle et commande à tous Ses disciples : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait [7]. »

Le mariage n’est pas l’effet du hasard ou un produit de l’évolution de forces naturelles inconscientes ; c’est une sage institution du Créateur pour réaliser dans l’humanité Son dessein d’amour :

« Par le moyen de la donation personnelle réciproque, qui leur est propre et exclusive, les époux tendent à la communion de leurs êtres en vue d’un mutuel perfectionnement personnel pour collaborer avec Dieu à la génération et à l’éducation de nouvelles vies [8]. »

Pour les baptisés, le mariage revêt de plus la dignité de signe sacramentel de la grâce, en tant qu’il représente l’union du Christ et de l’Église…

Alors que certains sont tentés d’opposer mariage et célibat consacré pour le Royaume des Cieux, il est beau de remarquer comment tous deux sont complémentaires. Le mariage reçoit du célibat consacré la confirmation de sa dignité, car, que des êtres humains choisissent le célibat, et du même coup l’amour conjugal n’apparait plus comme l’unique destin possible des hommes et des femmes… Si la virginité est une possibilité pour l’amour humain de s’épanouir, alors le mariage en est une autre, et ainsi le mariage se révèle comme un vrai choix, une vraie vocation, et non plus comme l’expression obligée d’un comportement instinctif…

Inversement, le mariage donne tout son prix à la virginité consacrée, car là où la sexualité humaine n’est pas considérée comme un grand don du Créateur, le fait d’y renoncer pour le Créateur perd son sens… Dans le célibat consacré, l’homme est en attente, même dans son corps, des noces eschatologiques du Christ avec l’Église. Il anticipe ainsi dans sa chair le monde nouveau de la résurrection à venir, et atteste que le Royaume de Dieu est déjà là… Son cœur est rendu libre pour aimer déjà comme on aime dans le Ciel. D’ailleurs, « célibataire » vient du latin cælum, ciel, et habitare, habiter : le célibataire, c’est « celui qui habite le Ciel », et qui, en conséquence, se doit donc d’aimer avec un amour céleste… En investissant le Ciel, la virginité consacrée témoigne qu’il vaut plus que toute autre valeur, si grande soit-elle, puisqu’il est l’unique valeur définitive. C’est en raison du lien tout à fait singulier entre le célibat consacré et le Royaume de Dieu que l’Église a toujours défendu sa supériorité par rapport au mariage.

L’Église, où est tenue en si haute estime la personne humaine, la grandeur de sa dignité comme la sainteté de sa vocation, ne peut être que marginalisée par la civilisation contemporaine de la production et de la jouissance dans laquelle les personnes sont utilisées comme on utilise des choses ! C’est pourquoi, dans la perspective de la venue de « la civilisation de l’amour », tant attendue et préparée par Jean-Paul II, le Conseil pontifical pour la Famille demande que les parents, se référant à l’enseignement de l’Église, et avec son appui, revendiquent ce qui relève de leur tâche propre et inaliénable d’éducateurs de leurs enfants, et, s’associant là où cela est nécessaire, développent une action éducatrice inspirée par les vraies valeurs de la personne et de l’amour chrétien, prenant une position claire qui renverse le relativisme et l’utilitarisme « éthique ». Que l’éducation des enfants corresponde aux exigences objectives de l’amour vrai, les parents en sont les premiers responsables.

Que la sainte Famille de Nazareth, qui sut conjuguer la vocation à la virginité consacrée et la vocation conjugale, veille sur chaque foyer, sur chaque âme consacrée, pour que, ensemble, nous comprenions toujours mieux ce que sont réellement le don des personnes dans le mariage, l’amour responsable au service de la paternité et de la maternité, l’authentique grandeur de la procréation et de l’éducation, comme l’imitation de Jésus et la volonté de se donner entièrement à Dieu. Amen.

1. Ps 32 9.

2. Mc 1 27.

3. Dt 18 16.

4. Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face, « Pourquoi je t’aime, ô Marie », Poésies, 54, 22 (Œuvres complètes, Paris, Cerf/DDB, 1992, p. 755).

5. Cf. 1 Co 7 32-35.

6. Lv 19 2.

7. Mt 5 48.

8. Paul VI, Lettre encyclique Humanæ vitæ, 25 juillet 1968, n. 8 (La Documentation catholique, n. 1523, 1er septembre 1968, col. 1445).