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Sermon pour le cinquième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : Jb 7 1…7 ; Ps 146 ; 1 Co 9 16…23 ; Mc 1 29-39)


« La vie de l’homme sur la terre est une corvée. […] Je n’y ai gagné que du néant. […] Ma vie n’est qu’un souffle, mes yeux ne verront plus le bonheur [1]. »

Tel est le constat lucide que fait Job de la condition humaine. Malheurs, souffrances, et pour finir la mort éternelle (« mes yeux ne verront plus le bonheur [2] »), voilà les tristes conséquences du péché originel. Et parce que Job ignore le dogme du péché originel, comme la Révélation du Dieu-Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, il ne peut comprendre sa misère… Sans le dogme du péché originel, il est en effet impossible de jamais comprendre la misère du monde dans laquelle naît et meurt l’humanité. C’est cette humanité malade, ici figurée par la belle-mère alitée de Simon [3], sans force et en proie à une fièvre mortelle, que Jésus est venu prendre par la main pour la faire lever, la ressusciter, lui donner la vraie vie, la Sienne, qui est une vie de communion, d’amour, et donc de service. Voilà la Bonne Nouvelle qu’à la suite de Jésus, de saint Paul et de tous les Saints, l’Église a mission de proclamer en chassant les esprits mauvais.

Saint Paul ne se glorifie ni d’évangéliser, ni de le faire sans rechercher aucun avantage matériel, ni même d’être tout spécialement mandaté par Dieu pour cela. Il ne met sa gloire ni en lui-même ni en ses mérites, mais dans le seul Évangile qu’il annonce. Sa gloire est seulement d’y avoir sa part, et c’est dans ce but qu’il évangélise, tant « évangéliser » et « être sauvé » sont pour lui indissolublement liés… Le malheur serait que, manquant d’évangéliser, il manque son propre salut… « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile [4] ! » Il écrit dans l’épitre aux Romains :

« Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur en croyant que Dieu L’a ressuscité, alors tu seras sauvé. Car la foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut [5] »…

Considérons la nécessité qui s’impose à nous de proclamer la Bonne Nouvelle. Nous sommes membres de l’Église et donc solidaires de sa mission, laquelle est d’évangéliser. La suite des siècles n’a pas d’autre sens que de permettre au Christ de Se donner, de Se communiquer à tous les hommes pour constituer dans sa plénitude finale l’Église triomphante, « car c’est pour cela [qu’Il est] sorti [6] » ! Sorti d’où ? Sorti du village, d’accord, mais d’abord et fondamentalement du Sein du Père éternel, et venu dans le monde pour proclamer la Bonne Nouvelle. De même, à Sa suite et en communion avec Lui, l’Église, envoyée par le Christ, existe pour évangéliser, pour proclamer la Bonne Nouvelle. C’est là sa « grâce et [sa] vocation propre […], son identité la plus profonde [7] », enseignait Paul VI. Nous ne pouvons donc pas faire partie de l’Église, espérer la vie éternelle, et ne pas évangéliser ! Nous ne pouvons pas prétendre bénéficier de la Miséricorde divine et ne pas partager gratuitement la Charité du Christ qui veut le salut de tous ! « Car c’est pour cela [qu’Il est] sorti [8] » ! On ne peut pas connaître une bonne nouvelle valable pour tout le monde et se taire ! Peut-on imaginer un patriote apprenant la capitulation des armées ennemies ne pas courir, fou de joie, l’annoncer à ses concitoyens prisonniers de la terreur ? Si l’on croit vraiment que le Christ a apporté le salut éternel à l’humanité et la libération de tous ses maux, peut-on ne pas l’annoncer ? Non. L’évangélisation est « un problème de foi, elle est précisément la mesure de notre foi en Jésus-Christ et en son amour pour nous [9] ». Donc, si un chrétien n’évangélise pas, c’est qu’il ne croit pas et ne vit pas vraiment de la Vie de Jésus-Christ.

Aujourd’hui, pour évangéliser, il faut se garder de prêter l’oreille à la voix de l’ennemi qui, sous couvert de pieuses attentions, de la vertu de tolérance et d’un soi-disant respect de la conscience d’autrui, nous empêcherait d’annoncer « à temps et à contretemps [10] » la Bonne Nouvelle ! J’ai connu des religieuses (pourtant d’une congrégation missionnaire !) me disant qu’il ne fallait pas parler de Dieu dans la paroisse où j’arrivais et où elles étaient établies ! Inutile de vous dire que, conséquence logique de leur auto-stérilisation, elles n’avaient plus de vocations depuis longtemps ! Comment s’étonner qu’avec de tels « apôtres » l’Église se vide et n’attire plus les jeunes ?! « Malheur à moi si je n’évangélisais pas [11] ! » Loin de violer la liberté d’autrui, c’est un hommage à cette liberté que de lui offrir le choix de l’Évangile :

« Et pourquoi seuls le mensonge et l’erreur, la dégradation et la pornographie, auraient-ils le droit d’être proposés et souvent, hélas, imposés par la propagande destructrice des mass media, par la tolérance des législations, par la peur des bons et la hardiesse des méchants [12] ? »

Proposer le Christ et Son Royaume, plus qu’un droit, est un devoir pour qui l’a reçu. Et c’est aussi un droit des hommes que de pouvoir entendre la Bonne Nouvelle de leur salut payé par Dieu au prix de Son sang ! En ce domaine plus que n’importe où ailleurs se vérifiera la Parole du Christ qui dit : « À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on prendra même ce qu’il a [13]. »

Si le témoignage de notre vie est d’une importance primordiale pour annoncer la Charité de Dieu sauveur – saint Paul se faisait « tout à tous [14] » et le Christ multipliait les œuvres de charité en guérissant les malades qu’on Lui amenait –, cela demeure cependant toujours insuffisant. Paul VI disait encore :

« Il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth Fils de Dieu ne sont pas annoncés [15]. »

Car le Salut ne s’adresse pas à des êtres qui ne seraient que des ventres ou des corps, mais à des êtres doués de conscience, appelés à répondre librement et personnellement à Dieu par la Foi.

Et c’est parce que la liberté est appelée à s’exercer en plénitude face au choix du Salut éternel accepté ou refusé que saint Paul n’imagine pas que tous, hélas, seront sauvés… Non, certes, qu’il veuille restreindre ce nombre, puisqu’il se fait « tout à tous [16] », mais parce que, comme nous pouvons encore le constater aujourd’hui d’une façon réaliste, il est tout simplement évident que tous n’entendent pas la Bonne Nouvelle et ne peuvent en conséquence y croire… Combien cette terrible considération doit aiguiser la conscience de notre responsabilité !… « Malheur à moi si je n’évangélisais pas [17] ! »… La dramatique maxime christique qui prophétise que « beaucoup sont appelés mais peu élus [18] » se retrouve ici dans les propos de saint Paul qui commence par vouloir « en gagner le plus grand nombre possible [19] » pour finir par désirer en sauver à tout prix seulement « quelques-uns [20] »… Si saint Paul espère, malgré tous ses efforts, en sauver au moins seulement quelques-uns, pouvons-nous, nous, dormir tranquilles ? Que nous dit notre conscience ? Que nous luttons pour entrer par la porte petite et étroite et y conduire beaucoup qui cherchent à entrer et ne le peuvent [21], ou bien que nous sommes indifférents au salut de notre prochain auquel est pourtant lié le nôtre ?… « Malheur à moi si je n’évangélise pas [22] ! » Nous devons être des conquérants pour le Règne de Jésus-Christ ! « Le Royaume des Cieux souffre violence et ce sont des violents qui s’en emparent [23] » !

Il me serait évidemment plus facile de vous dire : « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, on ira tous au Paradis » ; mais si je vous dis : « Tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour bénéficier, moi aussi, du salut  », vous et moi, nous savons ce qui nous reste à faire. Nous voici maintenant réunis pour prier, pour demander la Grâce, parce que seule la Grâce divine sauve et sanctifie les âmes, et non pas nos simples moyens humains, si habiles et nombreux soient-ils. La Source de la Grâce est uniquement dans la Croix, seule capable de vaincre le monde, dans le Sacrifice de Notre Seigneur, rendu présent pour nous à chaque Messe, afin que nous venions y puiser sans cesse le salut, pour nous et nos frères. C’est là, sur la Croix, et à chaque eucharistie, que nous pouvons nous purifier et être transformés en Jésus-Christ. Alors, unis à Son Sacrifice rédempteur, nous serons capables de dignement demander et recevoir la Gloire de Dieu pour le salut du monde. Ainsi soit-il !

1. Jb 7 1, 3, 7.

2. Jb 7 7.

3. Cf. Mc 1 29-31.

4. 1 Co 9 16.

5. Rm 10 9-10.

6. Mc 1 38.

7. Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, 8 décembre 1975, n. 14 (La Documentation catholique, n. 1689, 4 janvier 1976, p. 3).

8. Mc 1 38.

9. Jean-Paul II, Lettre encyclique Redemptoris missio, 7 décembre 1990, n. 11 (La Documentation catholique, n. 2022, 17 février 1991, p. 157).

10. 2 Tm 4 2.

11. 1 Co 9 16.

12. Paul VI, op. cit., n. 80 (loc. cit., p. 20).

13. Mt 25 29.

14. 1 Co 9 22.

15. Paul VI, op. cit., n. 22 (loc. cit., p. 5).

16. 1 Co 9 22.

17. 1 Co 9 16.

18. Mt 22 14.

19. 1 Co 9 19.

20. 1 Co 9 22.

21. Cf. Mt 7 13-14 ; Lc 13 24.

22. 1 Co 9 16.

23. Mt 11 12.

24. 1 Co 9 23.