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Sermon pour le sixième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : Lv 13 1…46 ; Ps 31 ; 1 Co 10 31 – 11 1 ; Mc 1 40-45)


« “Impur ! Impur !”, [criera le lépreux]. Tant qu’il gardera cette plaie, il sera impur. C’est pourquoi il habitera à l’écart, sa demeure sera hors du camp [1]. »

Telle est la condition sociale des lépreux en Israël au temps de Jésus, condition établie par Moïse, père de la nation juive, au Nom du Seigneur. Jésus, au Nom du Seigneur, guérit le lépreux, et c’est alors Lui, nous dit l’Évangile, à qui il devient impossible « d’entrer ouvertement dans une ville. Il était obligé d’éviter les lieux habités [2] ». Comme si en guérissant le lépreux, Jésus était devenu Lui-même lépreux !… Comme si l’ordre du monde réclamait que soit nécessairement réparti de part et d’autre d’une infrangible ligne de démarcation ce qui est pur et ce qui est impur sans qu’il soit jamais possible d’éliminer l’impureté et d’arriver à l’unité d’un monde réconcilié… En un temps comme le nôtre où l’homme a renié toute dépendance à un ordre transcendant (« Ni Dieu, ni maître »), ne sommes-nous pas heureux d’être délivrés de cette malédiction d’une division séparant en « purs » et « impurs » des êtres fondamentalement égaux ? Le P.A.C.S. lui-même, en supprimant au niveau institutionnel la reconnaissance de la différence sexuelle, n’est-il pas une formidable avancée de la libération de l’Humanité ?

La problématique que je viens de soulever est celle du sens à donner à ce que nous vivons. L’homme, parce qu’il est une créature douée de raison, ne peut pas se résigner à vivre en « insensé »… Il lui faut donner une raison, un sens à ce qu’il fait, sinon pourquoi le ferait-il plutôt qu’autre chose ? S’il était indifférent de faire ceci ou son contraire, où seraient alors la liberté, et la dignité de l’homme ? L’histoire des religions atteste que depuis l’origine et de façon universelle l’humanité a séparé l’univers en deux : sacré et profane. Car, qui dit « sens » dit « direction, chemin à suivre » et donc division. Division, car si le chemin réunit le départ et l’arrivée, le sujet et son but, il est aussi frontière et loi. Frontière entre ce qui conduit ou non au but visé :

« Tu peux manger de tous les arbres du Jardin, mais ne mange pas de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal, sinon, tu mourras [3]. »

Respecter la séparation, la différence, est pour l’homme la condition de sa survie. Dans le livre de la Genèse, Adam est chargé par Dieu de donner un nom à chaque créature, de les distinguer les unes des autres, de reconnaître ainsi la limite qui les constitue [4]. Le sens libère du chaos et de la confusion en ordonnant toutes choses selon la Règle de l’Ordre divin. Cette règle trouve sa justification et son fondement dans l’absolue différence, la transcendance de Dieu par rapport à tout ce qui n’est pas Lui – et notamment Sa Création, au grand dam du New-Age et de tous les panthéismes. Lui, Dieu est saint, et parce qu’Il appelle l’homme à la sainteté, but de Sa création, il est demandé à l’homme de faire la différence entre ce qui est saint et n’importe quoi, entre ce qui est pur et ce qui est impur. Dieu est saint, et il faut être pur pour s’approcher de Lui.

Or voici que Jésus, le Saint, non seulement Se laisse approcher par ce lépreux pourtant voué par la Loi à rester à l’écart, mais encore Lui-même franchit la limite sacrée pour le toucher ! Geste qui serait tout simplement impie si la guérison qui s’ensuit ne venait bouleverser ce jugement !… Mais le geste du Christ ne peut pas échapper au statut ambivalent de tout ce qui est étranger, extraordinaire, et qui de ce fait suscite aussi bien l’intérêt que la crainte, la vénération que le rejet. C’est pourquoi Jésus – qui par Ses miracles montre qu’Il n’est pas de ce monde – attire autant qu’Il est exclu : de partout les foules venaient à Lui, tandis que Lui-même était obligé d’éviter les lieux habités [5]. Le caractère extraordinaire de Ses actes motive le souci du Christ d’interdire toute publicité à Son sujet, ne voulant pas provoquer Son rejet dans l’univers impur, tabou, qui Lui interdirait de poursuivre normalement Son ministère parmi les hommes… D’où encore Sa recommandation au lépreux guéri de bien s’acquitter de ce que la Loi prescrivait pour son cas [6], afin que par cette soumission à la Loi, témoignage soit donné du caractère « normal » de Son œuvre. Rappelons-nous que Jésus a dit de Lui-même qu’Il était « doux et humble de cœur [7] », et qu’en conséquence Il a horreur de la gloire qui vient des hommes. Non qu’Il ne la mérite pas, mais parce que cette vénération est fausse, pervertie par le péché. « Ce qui est élevé aux yeux des hommes est objet de dégout aux yeux de Dieu [8] », disait-Il… Il n’a que faire de la dévotion de foules intéressées par Son pouvoir thaumaturgique. Il n’a que faire de la fascination mécanique d’hommes conditionnés par la publicité. Jésus n’est pas venu nous captiver par les manifestations de Sa Toute-Puissance, mais nous libérer par la contemplation de Son Amour. En Se cachant, Il attire dans l’intimité de Son Cœur ceux qui reconnaissent dans Son Effacement, Son Humilité, la présence d’un Amour véritable, d’un amour qui respecte leur liberté. Un amour dont l’attention aux plus petits, aux plus pauvres, au dernier, manifeste la grandeur et la noblesse. Telle est la raison du secret que Jésus réclame au sujet de Ses miracles au début de son ministère [9].

Mais cela ne L’empêchera pas d’être finalement, et vite, rejeté, tant la Révélation de l’Amour de Dieu, pourtant préparée par toute l’Histoire Sainte d’Israël, introduit l’homme dans un univers si différent du sien qu’une rupture radicale lui est demandée et que la plupart des hommes, enfermés dans les limites de ce monde, s’y refuseront, ne voulant pas d’autre Dieu que celui de ce monde. Pourtant, en transgressant la Loi pour apporter la guérison au lépreux – figure de l’Humanité rongée par la véritable lèpre qu’est le péché –, Jésus annonçait que la Loi était enfin arrivée à son terme, que la nécessaire division entre purs et impurs était désormais détruite et que donc il n’y avait plus qu’une seule chose à faire, c’était de se réjouir, de jubiler, puisque le Seigneur était là, Lui qui est la fin de la Loi, Dieu, la Sainteté et la Salut de l’homme, Lui « l’Alpha et l’Oméga [10] », qui dans l’unité de Sa divine Personne comble toute division ! Eh bien non, Il Lui faudra assumer jusqu’au bout le sort des impurs qu’Il est miséricordieusement venu arracher à l’éternelle séparation d’avec Dieu, en sorte que désormais, Le rejeter sera se condamner à la seule séparation absolue, éternelle !

La meilleure façon de rendre gloire à Dieu, comme saint Paul nous y invite [11], c’est de reconnaître Ses dons, à commencer par Celui de Son Fils par Qui le Salut et la Vie éternelle nous sont donnés ! Encore une fois, nous rendrons gloire à Dieu pas seulement en ne transgressant jamais Sa Loi, mais en sachant et en voulant ce que veut la Loi. Se perdent aussi bien ceux qui méprisent la Loi de Dieu et ses dix commandements que ceux qui la respectent sans savoir pourquoi.

La « civilisation de l’Amour », manifestation visible du Royaume des Cieux que le Christ est venu ici-bas fonder, trouve son inspiration non dans la recherche de notre intérêt personnel, provisoire et toujours équivoque – puisque précisément l’amour est don de soi –, mais dans la Bonne Nouvelle que désormais, en Jésus-Christ, tout homme, si lépreux soit-il, est aimé. La cause de tous les maux présents n’est nullement là où les responsables de la société la cherchent, elle est uniquement dans le manque d’amour de Dieu et de charité fraternelle. C’est dans la contemplation de l’Amour du Christ que nous puiserons la joie et la force de nous convertir pour aimer à notre tour.

Que la Mère de Dieu et de l’Église nous apprenne à contempler l’Amour de son Fils, de sorte que transfigurés par cette contemplation, nous puissions aider les hommes de ce temps à voir le monde nouveau bâti par la Sagesse et l’Amour éternels ! Que tous les chrétiens, connaissant et vivant de l’Amour de son Fils, s’appliquent, en toutes circonstances et par tout ce qu’ils font, à réformer, discrètement et en profondeur, les structures et les institutions pour qu’elles soient vraiment au service du bien commun, de la dignité et de la sainteté de l’homme, de son vrai bien qui est la Vie éternelle et la Gloire de Dieu ! Ainsi soit-il !

1. Lv 13 45-46.

2. Mc 1 45.

3. Gn 2 16-17.

4. Cf. Gn 2 19-20.

5. Cf. Mc 1 45.

6. Cf. Mc 1 44.

7. Mt 11 29.

8. Lc 16 15.

9. Cf. Mc 1 44.

10. Ap 1 8.

11. Cf. 1 Co 10 31.