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Sermon pour le septième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : Is 43 18…25 ; Ps 40 ; 2 Co 1 18-22 ; Mc 2 1-12)


Dieu, dans Son adorable bonté, a tout créé à partir de rien, librement, par amour, et, sommet de Son Œuvre, Il a créé l’homme à Son image [1], c’est-à-dire capable d’aimer. Or celui-ci, abusé par le Diable, au lieu de rendre amour pour Amour à Dieu, à qui il doit tout, s’est opposé à Lui comme à un rival, allant jusqu’à la rupture avec Lui. Ce refus constitue une catastrophe d’une effroyable gravité, dont tous les malheurs visibles et invisibles jusqu’à la fin des temps sont la conséquence… Qu’advient-il d’un ruisseau dont la source se tarit ? Il s’affaiblit jusqu’à disparaître. Ainsi de l’humanité ayant rejeté la communion avec Dieu. Mais la Bonne Nouvelle, c’est que l’Amour de Dieu, Lui, est resté fidèle, et préfère porter sur Lui nos péchés et nos révoltes pour les anéantir dans Son Pardon, plutôt que de Se résigner à notre perdition ! « Par tes péchés tu M’as traité comme un esclave […]. Mais Moi, oui, Moi Je pardonne tes révoltes, à cause de Moi-même [2] », c’est-à-dire non à cause de ce que tu peux dire ou faire, mais à cause de Jésus-Christ. Par l’Incarnation, la Mort et la Résurrection du Verbe, une route nouvelle a été tracée dans le désert de la condition humaine, et des fleuves ont jailli dans les lieux arides depuis que l’Esprit du Seigneur a été répandu dans les esprits sans foi et les cœurs sans amour, depuis que la Vie du Seigneur a été communiquée aux âmes et aux corps.

Comme le dit saint Jean, Jésus est venu « pour ôter les péchés [et] détruire les œuvres du Diable [3] », créant ainsi un monde nouveau. C’est ce que nous voyons dans l’Évangile d’aujourd’hui : Jésus affirme détenir le pouvoir de pardonner les péchés, et Il en donne pour preuves visibles non seulement le fait que, comme Dieu, Il lise dans les cœurs, mais aussi le pouvoir qu’Il a de détruire cette autre œuvre du Diable qu’est la maladie. C’est par le pardon et la guérison que le Seigneur recrée l’homme, corps et âme. Mais, comme le comprennent fort bien les spécialistes de la religion de l’époque, Jésus, ce faisant, s’attribue une prérogative spécifiquement divine… car « qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul [4] ? » Jésus cependant revendique ouvertement cette singulière dignité en Se nommant « le Fils de l’homme [5] », titre qui, dans le livre du prophète Daniel, désigne un personnage transcendant, céleste, recevant la royauté universelle dans les derniers temps [6]

Jésus apporte au monde et réalise la Bonne Nouvelle du pardon des péchés… et comme il s’agit là d’une réalité spirituelle, invisible aux yeux de chair, Il accomplit un miracle attestant visiblement la réalité invisible. Le principe des sacrements qu’Il a institués est le même : ce sont les signes visibles de la Grâce invisible. Malheureusement, si dans l’Évangile « tous étaient stupéfaits et rendaient gloire à Dieu, en disant : “Nous n’avons jamais rien vu de pareil [7]” », il s’en faut qu’aujourd’hui tous les chrétiens s’émerveillent du miracle de la rémission des péchés, donnée encore par Jésus dans le sacrement du Pardon confié à Son Église !

Il ne faut pas chercher ailleurs que dans l’abandon par les chrétiens de la pratique de la confession fréquente la raison de la paralysie dont souffre l’Église et qui l’empêche de rayonner la Vie du Christ ! Jésus est venu « pour ôter les péchés [8] », dit saint Jean ? Eh bien ! on préfère se les garder ! On dit croire à Son Amour, mais on ne veut pas qu’Il nous lave dans Son Sang ! On prétend servir le Seigneur, mais on ne veut pas qu’Il accomplisse Sa mission ! On veut bien aller au Ciel avec Lui, mais on ne veut pas se laisser recréer pour la vie éternelle ! Jusque à quand le Seigneur nous supportera-t-Il ?

Et la cause de cette désaffection du sacrement du Pardon, où la trouver, sinon dans le péché de ce siècle qui est la perte du sens du péché ? Cette perte sonne elle-même la perte de l’homme, car Jésus n’est pas venu pour les justes et les biens-portants, mais pour les malades et les pécheurs [9]… Dire « j’ai péché », c’est reconnaître la relation filiale qui m’unit à Dieu, c’est confesser Son infinie bonté avec l’espérance en Sa miséricorde. La perte du sens du péché est ainsi corrélative à la perte du sens de Dieu. À son tour, la perte du sens de Dieu entraîne la perte du sens de l’homme, qui ne sait plus alors qui il est, d’où il vient ni où il va. Nous avons perdu le sens du péché parce que nous avons oublié la Parole du Christ nous invitant à veiller sans cesse pour éviter le danger de « perdre notre âme », et cela, alors que nous sommes dans une société que le Prince de ce monde a conduite à refuser officiellement Dieu et à échanger le culte public qui Lui est dû par ceux de l’argent et de la consommation, du plaisir et de soi-même, qui fait croire que l’homme n’est pas responsable de ses actes parce qu’il est conditionné par son hérédité, sa culture ou les circonstances. Personne n’est responsable, ou alors on ne sait pas qui ! L’homme peut dormir tranquille : le péché n’existe pas ! Pécher, ce n’est seulement nier Dieu, c’est aussi vivre comme s’Il n’existait pas ! Le sens du péché est ainsi comme l’instrument de mesure de la conscience de l’homme.

Ce n’est donc pas sans raisons que « tout le cheminement jubilaire […] a pour point de départ [le] sacrement de la Réconciliation [10] » ; c’est là en effet que commence la rencontre transformante qui nous ouvre à la joie et au don de l’indulgence. Notre rencontre avec Dieu ne portera bien sûr son fruit de réconciliation et de salut que si notre confession n’est pas à la fois « oui et non [11] », mais sincère, entière, une avec le « oui » du Christ à toute la volonté du Père.

C’est ce « Oui » total au Père qui a fait la Rédemption. « Jésus n’a jamais été que “oui [12]” », nous dit saint Paul. « Oui » au Père qui L’engendre de toute éternité en tout semblable à Lui, et « Oui » encore par Son Incarnation au projet du Salut de l’Humanité. Jésus est l’accomplissement parfait de la Volonté de Dieu, la réalisation des divines Promesses. À tel point que le livre de l’Apocalypse L’appelle « l’Amen, le Témoin fidèle [13] ». Faut-il rappeler que « amen » signifie « oui » en hébreu ? Aussi, il serait souhaitable que durant la liturgie l’on entende prononcer les « amen » – surtout celui par lequel nous offrons le sacrifice du Christ par Lui, avec Lui et en Lui – avec davantage de conviction et non pas comme si l’on disait à la fois « oui et non [14] » ! Car il nous faut faire nôtre le « Oui » par lequel s’écoule la tendresse infinie du Père pour Son Fils et par lequel Lui est offert en retour l’adoration de la Sainte Humanité du Verbe fait Chair. Il nous faut entrer dans le Oui de l’Âme du Christ pour y recevoir et donner sans fin à Dieu et aux hommes l’amour que nous serons alors devenus en Lui… « Demeurez en Mon Amour [15] » demandait Jésus… Faire sien le Oui de Jésus n’est pas compliqué, il suffit de renoncer à sa propre volonté si facilement égarée, et croire que c’est vrai, que c’est possible, que Jésus-Christ est le Fils Unique de Dieu et qu’Il Se donne réellement à nous avec Son Corps, Son Sang, Son Âme et Sa Divinité. Il suffit de revenir sans cesse à l’essentiel, à l’Unique Nécessaire [16], à la Source par laquelle le Christ Se reçoit et Se donne, Lui qui a dit « Je suis la Porte [17] » pour que nous entrions par notre « oui » dans la vie bienheureuse de l’Amour éternel… Il ne s’agit pas d’arriver là après de longs et pénibles efforts, mais de partir de là pour vivre désormais une vie toujours nouvelle, celle que le Christ nous a méritée par Son « Oui »… Demeurons continuellement dans le silence du Oui de l’Âme du Christ et nous boirons à la source véritable de l’unité, de la Vérité et de l’Amour.

Que la Vierge Marie qui, par son Fiat [18], est devenue la Mère de Dieu, soit plus que jamais aussi notre Mère pour nous apprendre à dire « Oui » à Dieu !

Amen !

1. Cf. Gn 1 26-27.

2. Is 43 24-25.

3. 1 Jn 3 5, 8.

4. Mc 2 7.

5. Mc 2 10.

6. Cf. Dn 7 13.

7. Mc 2 12.

8. 1 Jn 3 5.

9. Cf. Mc 2 17 ; Lc 5 31-32.

10. Pénitencerie apostolique, Décret sur les dispositions pour l’obtention de l’indulgence du Jubilé de l’an 2000, 29 novembre 1998 (La Documentation catholique, n. 2194, 20 décembre 1998, p. 1058).

11. 2 Co 1 19.

12. Ibid.

13. Ap 3 14.

14. 2 Co 1 19.

15. Jn 15 9.

16. Cf. Lc 10 42.

17. Jn 10 7, 9.

18. Lc 1 38.