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Sermon pour le huitième Dimanche du Temps ordinaire (année B)

(Liturgie de la Parole : Os 2 16…22 ; Ps 102 ; 2 Co 3 1-6 ; Mc 2 18-22)


Le thème de « l’Alliance [1] » évoqué par saint Paul est certainement le dénominateur commun de toutes les lectures de cette Messe. L’Alliance dont parle saint Paul s’origine dans l’acte même de la Création. En effet, pourrait-on imaginer Dieu ne pas S’engager à mener à bonne fin ce qu’Il entreprend ? La Création toute entière peut s’appuyer sur l’engagement du Créateur à son égard. L’Alliance est d’abord dans la paternité. Elle s’exprime dans la fidélité au projet de conduire ce qui d’abord n’était rien à une relation d’égalité avec son Principe, à l’image et ressemblance [2] de l’Amour du Père pour le Fils. Mais si une alliance est une union contractée par engagement mutuel, lorsque l’un des contractants est Dieu, elle ne saurait être un pacte entre égaux… Aussi, c’est petit à petit, d’alliances rompues en alliances rétablies, tout au long de l’Histoire Sainte d’Israël, que la vraie nature du rapport de Dieu à Sa Création va apparaître dans l’image de l’amour conjugal où les deux ne font plus qu’un [3] !

Notre adorable Jésus, en S’attribuant dans l’Évangile d’aujourd’hui le titre d’« Époux [4] » S’identifie clairement au Seigneur d’Osée toujours amoureux d’Israël à qui L’unit une alliance sans cesse renouvelée pour aboutir à la Présence humaine du Verbe fait Chair [5]. Grâce au Corps humain de Dieu l’Alliance nouvelle et éternelle va être scellée une fois pour toutes dans le Sang versé de Celui qui nous a aimés jusqu’à en mourir… C’est pourquoi ne peuvent que jeûner et jeûner éternellement ceux qui ne reconnaissent pas en Jésus l’accomplissement du mystère de leur être appelé à l’Amour ! Et si les chrétiens doivent cependant continuer à jeûner dans l’attente que s’accomplisse dans l’éternité ce qui s’est déjà accompli dans le temps, ce n’est pas qu’il leur manquerait quelque chose – puisque Tout désormais est à eux –, mais c’est à cause de leurs propres manques à l’Amour…

Et ils n’ont pas fini de jeûner, tant s’accomplit cette terrible parole de Jésus annonçant que l’amour sur terre irait en se refroidissant [6] ! Que de mariages trompés, brisés, refusés ! Que l’Amour est méconnu, défiguré, exploité, tué !

Écoutons comment le Seigneur entend S’y prendre, Lui, pour conduire aux Noces éternelles l’Élue de Son Cœur, car si Dieu Se sert de l’image du mariage pour nous révéler Son Amour, où le mariage trouvera-t-il meilleure image de ce qu’il doit être ?

Il commence donc par la conduire au désert [7], parce qu’une affaire aussi sérieuse que le mariage ne peut être décidée que dans la réflexion et la prière, à l’écoute de la Volonté de Dieu. Ensuite, Il lui apporte « la justice et le droit [8] ». « La justice », perdue lors du péché originel, nous est redonnée dans la Résurrection du Christ, après que Son Sang nous ait lavés de ce péché originel, nous redonnant la force de dominer la concupiscence. « Le droit », parce que tout amour ici-bas n’est pas de soi légitime et juste, mais doit, pour être vrai, respecter le bien de l’être aimé comme celui de la communauté humaine dont il fait partie. Une fois ces valeurs posées qui rendent possible la fondation de l’Alliance, vient son édification par l’amour et la tendresse. Par l’amour, qui est le don de soi, en sorte que dans l’amour chacun devient l’autre… et que chacun ne vit que par l’autre. L’Alliance est l’acte de naissance de cet être nouveau que chacun devient par le don de l’autre, don qui doit être irrévocable et total pour que chacun vive… Par la tendresse, qui donne à l’amour le repos et le bonheur de la maturité, dans la reconnaissance du mystère d’intériorité et de liberté qui fonde l’inviolabilité et la dignité de la personne. Enfin, la fidélité, qui est la plus grande preuve de l’amour et son couronnement.

L’homme, créé à l’image de Dieu [9], est fait pour aimer, et son amour sera le reflet de l’Amour divin ; mieux, par le sacrement, il devient l’incarnation de cet Amour divin… Dieu aime le premier [10] ? De même, dans un couple, celui qui aime fait le premier pas. Dieu nous aime gratuitement ? De même, celui qui aime ne cherche pas son intérêt propre, mais le bien de celui qu’il aime. Dieu est fidèle ? De même, dans un couple, l’amour est définitif parce qu’il est le don de la personne elle-même. Dieu nous laisse libres ? De même, dans un couple, l’amour n’impose rien. Dieu aime jusqu’à la folie de la Croix [11] ? De même, des époux vivant leur amour dans la grâce du sacrement de mariage sont introduits dans le Mystère de la Croix du Christ…

Ce que vivent les époux dans l’Église est l’image de ce que chacun est appelé à vivre avec Dieu… C’est pourquoi le sacrement de mariage est si grand [12] ! Aussi, les époux, comme tous les chrétiens, reçoivent-ils une nouvelle capacité, qui les rend capables d’être les ministres d’une Alliance nouvelle. L’Esprit-Saint, Lui qui en Dieu est précisément « la Personne-Don », fort de l’échange des consentements scellé dans l’alliance sacramentelle, nous lie à tous les mouvements et à toutes les aspirations de l’Amour substantiel qu’Il est Lui-même, de sorte que nous aimons de l’Amour-même dont Dieu S’aime ! Non plus selon les prescriptions et les commandements d’un code qui nous resterait extérieur, et lettre morte, mais selon la Vie même de Dieu qui est liberté infinie !

Pour autant, le contenu juridique du contrat matrimonial n’est pas dévalué, mais vivifié, car s’il est vrai que le seul respect de la loi sans l’amour est impossible et conduit à la mort, inversement, l’amour sans la forme définie par la loi est sans consistance…

Cette nouvelle Alliance, parce que nouvelle, demande à être vécue en des formes nouvelles. Ce qui explique aussi bien les exigences de l’amour conjugal chrétien que celles de toute la vie morale des fidèles. Jésus apporte au monde un amour et une vie si nouveaux qu’il n’est pas possible de les recevoir sans devenir soi-même nouveau. La nouveauté dans laquelle nous introduit l’Amour du Christ est celle-là même de Dieu, qui est éternellement le même, en sorte que Sa nouveauté est d’aujourd’hui comme de toujours et pour toujours ! Elle n’est pas comme la nouveauté de ce monde qui s’use aussi vite que le monde passe ! Les outres qui hier étaient souples sont aujourd’hui durcies et incapables de recevoir le vin tout bouillonnant de vie divine sans éclater [13]… Ainsi des âmes qui ne reconnaissent pas dans l’Amour du Christ la Nouveauté absolue les appelant à renaître, la Grâce, la chance unique de leur salut et de leur bonheur éternel… Il ne s’agit pas seulement de changer ses manière d’agir, mais de se changer soi-même, de devenir soi-même nouveau. « À vin nouveau, outres neuves [14] ». « Il s’agit d’être une créature nouvelle [15] », s’exclamait saint Paul, faisant écho au désir de toute âme désireuse de répondre à l’Appel divin à l’Amour, tel Lao Tseu qui avait déjà remarqué qu’à leur naissance, les plantes et les arbres sont tendres et flexibles, mais que morts, ils sont rigides et durs. Solidité et rigidité, en déduisait-il, sont les compagnes de la mort ; tandis que souplesse et faiblesse sont les compagnes de la vie. Ainsi, c’est sous le signe de la faiblesse, de la souplesse, de la douceur malléable et de la confiance, qu’est placée notre entrée aux Noces éternelles :

« Si vous ne redevenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux [16] »…

1. 2 Co 3 6.

2. Cf. Gn 1 26.

3. Cf. Gn 2 24.

4. Mc 2 19-20.

5. Cf. Jn 1 14.

6. Cf. Mt 24 12.

7. Cf. Os 2 16.

8. Os 2 21.

9. Cf. Gn 1 26-27.

10. Cf. 1 Jn 4 19.

11. Cf. 1 Co 1 18.

12. Cf. Ep 5 32.

13. Cf. Mc 2 22.

14. Ibid.

15. Ga 6 15.

16. Mt 18 3.